En ce moment, sur les écrans, X-men Origins : Wolverine. On y découvre l’histoire du plus charismatique des X-Men, Logan alias Wolverine (Serval, pour les vieux qui lisaient Strange). Plus exactement, c’est l’histoire revue par Colombia Picture (et avec l’imprimatur de Marvel, tout de même), puisqu’elle se centre sur les déméles de Logan avec le programe Weapon X en ajoutant quelques éléments et en en supprimant d’autres. Mais c’est là la licence du cinéma. L’histoire de Wolverine est en fait beaucoup plus complexe et a été peu à peu précisée depuis les premiers coups de crayons ou il apparaît sous les traits d’un adolescent combattant Hulk (Incredible Hulk #180, 1974)

 

L’histoire de Wolverine

James Howlett naît à la fin du 19ième siècle de John et Elisabeth Howlett, un couple de riches planteurs. Il semble semble les Howlett aient traversé quelques difficultés et que James soit le fruit d’une liaison entre Elisabeth Howlett et un employé de la plantation, Thomas Logan. Adolescent, James Howlett assiste au meurtre de son père par Thomas Logan. La scène provoque un accès de rage, premier d’une longue série. Il tue Thomas Logan avec ses griffes rétractiles et blesse au passage son fils "Dog" dont il semble qu’il deviendra Sabretooth. Ainsi, au moment même ou il découvre ses pouvoirs, James Howlett tue son père de naissance.

James Howlett prend la fuite et perd la mémoire. Il adopte le nom de Logan. Il tue accidentellement sa compagne au cours d’un combat avec Dog qui commence à ressembler à Sabretooth. A l’issue du combat, il perd à nouveau la mémoire.

Dans un autre accès de rage, il massacre une ville entière parce que sa compagne a été tuée par Sabretooth. Il s’engage dans l’armée. Une nouvelle romance finit à nouveau dans un bain de sang après que sa compagne ait été tuée. Toujours militaire, on le retrouve en Russie où il est espion, aux cotés des partisans durant la guerre civile espagnole et aux cotés des troupes américaines durant la seconde guerre mondiale.

Après la seconde guerre mondiale, il fait ses classes auprès d’un maître Ninja et tombe amoureux de Mariko Yashida, fille d’un yakuza, Shingen Harada. Il tuera ce dernier  mais devra tuer aussi Mariko pour abréger ses souffrances après qu’elle ait été empoisonnée sur les ordre du chef d’une faction rivale, Matsu’o Tsurayaba. A chaque anniversaire de la mort de Mariko, Logan harcelera Tsurayaba jusqu’a ce que ce dernier soit tué par … Sabretooth

Pendant son séjour au Japon, Logan conçoit un fils mais ne le sait pas. Sa mère est assassinée par Winter SoldierW alors qu’elle était sur le point d’accoucher. L’enfant est sauvé par un inconnu et confié à un couple qui le prénomme Akihiro. Il sera surnommé Daken à cause de ses origines métisses. Il tue un enfant de son âge et fait disparaître son frère à sa naissance. Il tue également sa mère, en se servant pour la première fois de ses griffes. Son père adoptif se suicide

Ignorant qu’il a un fils, Logan décide de travailler pour la CIA

La CIA lui implante des faux souvenirs à la fois pour éviter la répétions des amours tragiques (et les bains de sangs qui vont avec) mais aussi pour le contrôler plus facilement. Peine perdue. Logan finit par quitter la CIA et se tourne vers les services secrets du Canada.

Il est capturé par le Programe Weapon X qui lui implante son squelette en adamantium, un métal plus résistant que tout ce qui existe au monde. L’opération est une réussite mais Logan massacre à nouveau tout le monde et disparaît dans la foret canadienne. Il est découvert par James Hudson, qui pense a lui un moment pour diriger un groupe de super héros canadiens. Logan travaille un moment pour le Departement H mais abandonne le Canada pour le professeur Xavier lorsque celui-ci le sollicite. En fait, il préfère s’ éloigner de Heather Hudson dont il est secrètement amoureux.

Dans des histoires alternatives, le squelette d’adamatium a été arraché de son corps, puis re-greffé, il a retrouvé tous ses souvenirs après un passage dans une réalité, a un fils (Scotty) et une fille (Jade)  un clone adolescent et féminin, et il finit par venir a bout de Sabretooth

 

Les pouvoirs de Wolverine

Les griffes d’adamatium sont la marque principale de Wolverine. Dans la première version du super héros, elles étaient une partie de son costume. On doit à Chris Claremont d’idée de griffes faisant partie du corps du personnage.

Le squelette d’adamatium et les griffes d’andamatium sont une conséquence d’une expérience menée par le gouvernement amércain : le programe Weapon X. Logan n’y survit que grâce au son pouvoir d’auto-guérison

Le pouvoir d’auto-guérison est plus ou moins important selon les périodes (et les histoires). Au plus haut, il lui permet de revenir d’une explosion atomique (Logan était a Hiroshima) ou de renaître d’une goutte de sang. Ce pouvoir semble être à l’origine des nombreuses amnésies de Logan qui viendaient le "protéger" des traumatismes qu’il traverse

Les perceptions sensorielles développées correspondent au coté animal de Logan. L’odorat est surtout mis en avant, faisant de Wolverine un redoutable pisteur.

La force et la résistance lui permettent de supporter son squelette d’adamatium

 

Quelques lignes d’interprétation

La première ligne d’interprétation est oediepienne : sa vraie nature se révèle en tuant par la mort de son père. De ses pères, même, puisque dans le mouvemnt même ou il tue l’assassin de son père, il se voit révéler la vérité : c’est son propre père qu’il tue et celui qu’il venge est un imposteur.

Ce n’est certes pas la première fois qu’un homme tue sont père par méconnaissance. Sur un chemin poussiéreux et caillouteux, Oedipe, déjà… Mais ici le motif fonctionne de façon inversée. Pour le comprendre, il faut s’arrêter un moment sur une formation inconsciente que l’on appelle en psychanalyse le roman familial.

Le roman familial est une construction formée pendant l’enfance et qui est par la suite abandonnée : l’enfant se forge une histoire dans laquelle ses parents ne sont pas ses parents : il vivrait dans une famille adoptive, et ses vrais parents seraient d’une bien meilleure qualité que ceux avec lesquels il est contraint de vivre. Dans une autre version, seul le père serait remis en question. Ces deux versions sont construites au plus fort de l’Oedipe et Freud  y voyait deux étapes du roman familial. Le premier serait asexuel, et dans le second sexuel puisque la différence sexuelle serait reconnue, ainsi que le rôle du père dans la procréation.

Le roman familial a deux faces. La première est porteuse des éléments agressifs : l’enfant élimine en pensée ou le père ou le couple parental. Ces rêveries sont d’ailleurs souvent formées à l’occasion de la naissance d’un frère ou d’une soeur. Autrement dit, le roman familial est porteur de l’hostilité de l’enfant provoqué par une souffrance narcissique. Mais il est aussi porteur d’autres satisfactions : si ses parents ne sont pas ses parents, alors ils peuvent être des objets sexuels. En ce sens, le roman familial est une idéalisation et une réparation du couple parental ou de la figure paternelle.

Il semble que dans le cas de Logan, cette formation n’a pas eu le temps de se construire. Ce n’est pas une fiction, mais une vérité, et surtout il n’a pas le temps de l’élaborer. A peine est il confronté à elle, que déjà il doit fuir. Il ne reconnaît son vrai père que pour le tuer. Contrairement à Oedipe qui fuit sa maison pour échapper à l’oracle qui ne découvre la vérité que peu à peu ou à Moise qui retrouve le peuple d’ou il est issu, Logan n’a pas le temps ni de rêver à une réalité autre, ni même de l’élaborer lorsqu’il est confronté à elle.

Ce manque de temps continuel se remarque aussi dans les amnésies récurrentes dont il souffre. Il nous est en effet dit que ces amnésies sont une conséquence de son pouvoir de guérison. On pourrait traduire que son corps guérit plus rapidement que son psychisme et que les amnésie sont autant de cicatrices des traumatismes.

L’amnésie signale également les renaissance successives : il est des épreuves qui le conduisent à repartir de zero. Plus de mémoire, plus de passé. Il est à ce moment comme un enfant qui re-nait à une nouvelle vie. Ainsi, dans une scène du film X-Men origin : Volverine, on le voit se réfugier nu dans un grande pendant que les propriétaires arrivent dans un pick-up d’un autre age sur lequel on peut lire : Not all who wander are lost

Not all who wander are lost […] The crownless again shall be king : voilà donc, au travers du rappel du poème que Gandalf écrivit pour Aragorn, un rappel du roman familial. Il est héritier d’une lignée prestigieuse, et est promis à être couronné roi. Si l’on suit son pouvoir de guérison et ses griffes d’adamantium, il semble que le père de Wolferine soit Dieu lui même : ne porte t-il pas les griffes du premier homme ? Ne ressuscite t-il après être passé par mille morts ?

 

La seconde ligne d’interprétation concerne les questions d’identité. Wolverine ne présente pas des troubles d’identité comme tous ces super-héros télépathes qui tôt ou tard peinent à distinguer leurs pensées de celles des autres. Sa question est celle de son origine. Elle apparaît dans le fait qu’il porte un nom sans que l’on sache si cela le prénomme ou le nomme. Où il reconnaît sa filliation, et il n’a plus alors de prénom. Or, le prénom est ce qui nous individualise et nous marque du désir et du narcissisme de nos parents. Où il fait de ce "Logan" un prénom, il est n’est plus rattaché à une chaîne généalogique et peut se fantasmer sans frein comme premier d’une lignée. Il est juste un premier homme ensauvagé, ou un sauvage humanisé. Il y a là un échec patent dans les processus d’identification et de transmission, échec marqué par les mouvements de rage et les amnésies récurrentes.

On pourrait dire que cette question de la paternité le marque : le "X" n’est-il pas le signe qui marque sa présence ? N’est-ce pas ainsi qu’il vient rageusement à bout de tout obstacle qui barre sa route ? Il reprend ainsi le processus qui l’a transformée : le programme Weapon X. Curieusement, il transmettra cet inconnu au groupe de jeunes mutant dont il sera, sans que cela ne puisse être reconnu ni par lui ni par les autres, le mentor. Le groupe avec lequel il a des relations les plus stables sont les X-Men…

La quatrième lligne d’ interprétation concerne les rapports que Wolverine entretient avec sa part instinctuelle.  Dans ses premières apparitions, Wolverine avait le nom de [W=glouton], avant de prendre celui respectable de Serval puis celui de Wolverine. Le glouton est un petit mammifère d’Amérique du nord connu pour sa férocité. On le dit capable de défendre ses proies contre des ours. De tous les super-héros, Wolverine est sans aucun doute le violent : le carnage est son métier. On se demande même comment se fait il qu’il soit du coté des "bons"

 

Au final, je dirais que Wolverine est un héros oedipien. Son registre général de fonctionnement laisse percevoir une identité stable avec certes quelques points problématiques : une tendance anti-sociales (au sens de Winnicott), des accès de rage, des troubles de la mémoire. Cependant la différenciation entre lui et les autres est acquise, même qu’une éthique minimaliste. Avec lui les lois générales de la physique et du temps sont préservées, et il se débat avec des questions qui sont banales : la filiation, la place que l’on doit occuper dans la chaîne des générations, la maîtrise des instincts

Wolverine chez le psychanalyste
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7 pesnées sur “Wolverine chez le psychanalyste

  • 3 mai 2009 à 12:06
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    quelle est la 3e ligne d’interprétation ?

  • 3 mai 2009 à 12:20
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    @nessy : le paragraphe juste avant celui ou je donne la quatrième ligne d’interprétation :-)

  • 3 mai 2009 à 19:07
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    ohlala trop fin pour moi, je croyais que le “X” était une marque d’identité !

  • 5 mai 2009 à 17:17
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    Super intéressant, j’ai vu le film et maintenant que je lis sa véritable histoire je suis un peu déçu de l’adaptation de Colombia Picture.

    PS : tu peux pas nous faire la même sur Iron Man ?

  • 6 mai 2009 à 17:38
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    @Jocelyn Iron Man est sur la liste. Quelqu’un qui a un une armure en métal et un coeur en bouillie ne peut que m’intéresser

  • 12 juin 2009 à 20:35
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    Vraiment intéressant à lire et super documenté en bon fan de comics j’adore
    si je peux me permettre j’y vais de ma demande également une psychanalyse sur Batman c’est possible ?

  • 19 juin 2009 à 16:30
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    Ah Batman et Robin ! Oui, bien sûr ! Il passe de temps en temps au cabinet :-)

Commentaires fermés.

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