Premier Hordeux.

Je n’avais jamais été aussi heureuse de voir quelqu’un de ma race lorsque j’ai rencontré Célébril pour la première fois . Pas moins de quatre adversaires m’entouraient et j’avais le plus grand mal à esquiver leurs coups. Mon fidèle pet ne leur faisait pas plus d’impression qu’un louveteau et je me préparais a vivre mes derniers instants quand soudain l’air a vibré à coté de moi. Un vrombissement caractéristique. Une flèche elfe ! Immédiatement après un terrible grondement emplissait l’air. Un loup ! Un loup presque aussi rapide qu’une flèche ! Il s’est précipité d’un trait sur le groupe alors que d’adroites flèches transperçait les gorges et les poitrines.

Célébril m’a pansé en silence avant de me donner quelques précieux conseils que j’ai mis des mois à comprendre. Mais j’ai immédiatement compris qu’il ne fallait pas lâcher ce rôdeur. J’étais alors une jeune elfe. Assoiffée d’aventures, comme tant d’autres, j’avais traversé les mers sur les fins vaisseaux et j’avais fait connaissance avec le continent. Beaucoup d’Elfes de la Nuit finissaient leur vies ici. Ils vivaient de quelques rares chasses et dépensaient leur maigre pécule à l’auberge. Parfois, on les retrouvait mendiant quelques piecettes d’or sur les quais d’Auberdine

J’ai suivi Célébril pendant quelques semaines. Il m’a enseigné l’Art de la Chasse : comment éduquer son pet ? Comment le laisser faire son travail ? Comment se former aux arcanes de l’Arbre à Talents ? Et surtout, comment chasser le hordeux ?

Orcs, Trolls, Morts Vivants, Taurens. Les Territoires de l’Ouest sont aussi explorés par les membres de la horde. Dans certaines parties de ce monde, nos alliés sont bien trop éloignés et chacun ne peut compter que sur lui-même. Hurlevent et Forgefer, les capitales de nos alliés humains et nains sont toutes deux à des jours de marche !

Nous étions à Féralas lorsque je vis mon premier Orc. Ou plutôt, lorsque Célébril repéra l’Ancien Ennemi. Il était affairé à dépecer la peau d’une bête qu’il venait de tuer. Son équipement était des plus légers, et ses gestes vifs et précis. Sans doute un voleur, pensais-je, habile à se dissimuler et à frapper dans le dos lorsqu’on s’y attend le moins. D’évidence, il était expérimenté, et si on lui laissait la moindre occasion, il nous tuerait tous les deux. Célébril siffla doucement l’ordre de tuer et son loup s’élança. Le mien suivit de peu. La charge de nos pets le déséquilibra mais avant même qu’il ait touché le sol, nos puissantes flèches l’avaient tué.

Un voleur, dit Célébril avec un rictus de mépris, en finissant de dépecer la bête que le hordeux avait tué. Il reviendra. Reste toujours devant moi.

Nous avons continué la chasse. Tranquillement pour Célébril. Avec beaucoup d’excitation pour moi. Un hordeux ! Mon premier hordeux ! Ma première insigne VH Soldat ! Mes tirs n’étaient plus assurés tellement les images du combat passaient et repassaient devant mes yeux. Le dos du hordeux. Les pets. Les flèches.

Soudain, le bruit caractéristique du déclenchement d’un piège de glace ! Clic ! Le hordeux ! Il est revenu ! Je fais un saut de coté mais déjà Célébril s’est retourné et a lancé sa bête. Lorsque le voleur réussi à se dégager du piège, il est déjà trop tard. Les terribles loups le dévorent, et nous l’ajustons de nos armes. Dans un mouvement de bravade, il s’élance vers nous, mais ce n’est que pour tomber à nos pieds. Raide mort.

Célébril a reposé des pièges de glace régulièrement, mais le voleur n’est pas réapparu dans nos dos. Nous l’avons revu, loin devant nous. Lorsqu’il nous a aperçu, il s’est enfui. Mais le voleur le plus rapide ne distance pas longtemps des loups. Nous l’avons rattrapé. Et tué à nouveau.

 

Participes passés.

Lorsque Quake II est sorti, le cyberespace était encore une destination extraordinaire. On y accédait au prix de gestes techniques ésotériques et d’une facture téléphonique élevée. WWW signifiait alors Wait Wait Wait et un taux de téléchargement de 8 Ko/s était si exceptionnel qu’on en parlait pendant des semaines.

Quake II a été une révolution. Il sortait le gamedom des corridors carrés dans lesquels il était enfermé depuis Doom. Les graphismes étaient superbes, pour peu que vous bénéficiez d’une carte graphique 3DFX. Et beaucoup ont acheté la précieuse carte précisément pour pouvoir joueur à Quake II. Il dotait le joueur d’armes exceptionnelles et l’écosystème était rempli d’une vie monstrueuse à souhait. On se surprenait à s’arrêter de jouer un moment pour voir les monstres se quereller, se battre et finalement s’entre-tuer.

Et puis il y avait le multijoueur. Dans des cartes rapides et nerveuses, des équipes s’affrontaient autour de la capture d’un drapeau. Parfois, il s’agissait simplement de survivre dans une mêlée terrible dans laquelle chacun était l’ennemi de tout le monde. Des joueurs inventèrent le rocket jumping, tactique aussi belle que dévastatrice qui consiste à utiliser son lance roquette pour faire des sauts immenses.

Sur un des serveurs de Gamespy, un joueur faisait des merveilles. Il était toujours attendu avec impatience et sa connexion était accueillie avec des cris de joie. Puis le groupe se disputait pour savoir qui allait jouer avec lui : jouer contre lui signifiait perdre à coup sur. Alors que tous les joueurs se précipitaient pour prendre les armes et les armures les plus puissantes, il se promenait avec un simple rail gun. Un rail gun ! L’arme la plus inefficace de Quake II. Elle est généralement inutile. Mais entre des mains experte, elle était redoutable. Et Fumph était un expert. Il ne tirait qu’une seule fois. Mais qui se soucie de tirer plusieurs fois lorsque l’on est un esthète du head shot ?

Fumph n’était seulement un excellent joueur. C’était également quelqu’un soucieux de la belle orthographe. Au cours de quelques échanges mail que j’ai eu avec lui, je me suis aperçu qu’il maitrisait aussi bien le rail gun que l’accord du participe passé. Il prenait grand soin à tous les accorder correctement. J’ai fini par lui poser la question.

– Tu es une fille ?

– Oui, mais il ne faut pas le dire, parce que sinon plus personne ne voudra jouer avec moi.

Pour le joueur de base, être tué avec un rail gun est humiliant. Que l’arme soit tenue par une main féminine est pour beaucoup insupportable. Il semble que ce soit malheureusement encore le cas, puisque la communauté des gameurs a créé une ligue féminine qui évite tout affrontement entre les sexes.

 

 

Omaha La Sanglante.

Le pont de la péniche de débarquement n’était pas encore complètement abaissé que déjà la MG42 d’en face ravageait nos rangs. Je me suis retrouvé dans l’eau sans savoir comment et j’ai rampé pour m’abriter derrière un cheval de frise. Bloody Omaha ! Bordel ! je ne peux pas sortir de là ! Reste tranquille. Ne bouge pas ! Ne te fais pas repérer. La peur ! La peur immense me paralysait derrière un minuscule abris tandis que des vagues de soldats débarquaient et se faisaient encore massacrer par la MG42. Parfois, quelqu’un gueulait « bouge ton cul soldat ! » mais je voulais pas croire qu’il s’agissait de moi.

Soudain, à l’autre bout de la plage, un mouvement. Un ingénieur avait pris une jeep et zig-zagait entre les chevaux de frise et les trous d’obus. Il semblait invisible. Il était… beau ! Oui, il y avait de la beauté et de la grâce à voir ce minuscule véhicule échapper aux immenses forces de destruction qui maintenaient toute une armée dans les eaux froides de la Manche. La jeep arrive près du mur d’enceinte. Le type descend, pose de la dynamite sur le capot de la voiture, monte dessus et fait sauter le tout ! KABOOM ! L’explosion le projette à une dizaine de mètres au dessus du sol, assez haut pour passer de l’autre coté du mur, mais aussi assez haut pour s’écraser lamentablement. Mais il ouvre un parachute et se pose délicatement. Il se précipite dans le bunker où sert la MG42 et élimine ses servants. L’instant d’après, le Stars and Stripes flotte fièrement. La place est prise. Les renforts peuvent débarquer sans risque sur Omaha.

Trois histoires au-delà de l’écran
Étiqueté avec :

Une pensée sur “Trois histoires au-delà de l’écran

  • 5 mars 2011 à 17:02
    Permalien

    Cela quelque temps que j’en parle à Grégoire, et je lis la seconde histoire… Pile ce qu’il me fallait pour te poser une question au sujet des MMORPG et de la question de la différence des sexes ?
    Je n’ai pas lu grand-chose sur ce sujet. Cela a-t-t-il été exploré ?
    Car j’ai lu dans la revue AMUSEMENT de novembre 2010, janvier 2011, deux articles (“No Woman” et “Guild Angel”) qui m’ont questionné précisément à partir des MMORPG et de la présence de fille dans les guildes, ou plus largement de l’acceptation de l’Autre sexe sur internet.
    En gros, ces deux articles pointaient justement la difficulté pour nombre de gamers à imaginer que l’autre joueur (celui qui se débrouille mieux que lui dans sa guilde, comme par hasard) puisse être une femme.
    Qu’en penses-tu ?

Commentaires fermés.

%d blogueurs aiment cette page :