Prenez la bande son de la bande-annonce d’un film très attendu, disons, Dark Knight Rises, mélangez la avec la bande annonce d’un grand succès passé, disons Le roi lion. Mélangez avec du talent. Et vous obtenez un résultat impressionnant, The Lion King Rise.

Le Roi Lion est une adaptation de Hamlet : un jeune prince voit héritage usurpé. Le fantôme de son père lui révèle la vérité : il est mort de la main de celui qui occupe maintenant le trône. Le personnage de Hamlet a été interprété par Sigmund Freud dans l’Interprétation des rêves, puis Ernest Jones lui a consacré un article (1910) puis un livre (1949) tandis que Le Roi Lion 2 est une adaptation de Roméo et Juliette.

La chaine Hamlet – Roi Lion se prolonge dans The Dark Knight. D’abord, parce que dans les trois histoires, il s’agit de seigneurs même si Batman met l’accent sur le coté guerrier (Knight). Ensuite, parce que dans les trois histoires, les vœux incestueux sont au premier plan. L’indécision du Prince Hamlet  – Simba a faire la lumière sur les crimes de son oncle est qu’il a commis dans la réalité ce que lui même a souhaité faire dans le secret de son inconscient : tuer son père, coucher avec sa mère. La différence entre Bruce Wayne et les deux autres personnages tient à ce que le désir œdipien n’est pas satisfait dans sa forme positive puisque sa mère trouve la mort. Il est une autre différence importante. La scène de Crime Alley qui cimente la résolution du jeune Bruce Wayne de combattre le crime le transforme en un super héros. Il devient le Dark Knight.

Il y a un autre point commun entre toutes ces histoires, que les raccourcis des bande-annonce font apparaitre pleinement : il s’agit toujours de la même histoire. Un héros est appelé à l’aventure. Il passe par une succession d’épreuves qui le transforment. Joseph Campbell, dans Le héros aux mille et un visage a précisé cette trame en une succession d’étapes : le Départ, l’Initiation, le Retour

Le héros est d’abord appelé à l’aventure. L’appel est parfois répété, le héros refusant de répondre positivement à l’appel. La peur, le sens du devoir, le sentiment de ne pas être la bonne personne sont les raisons le plus communément données. Une fois l’appel accepté, le héros reçoit des aides. Elles peuvent venir d’objets qui possèdent une grande puissance, ou de compagnons rencontrés sur la route. Le héros franchit ensuite une frontière : il quitte le domaine qu’il connait et se lance véritablement dans l’aventure. Il entre alors dans ce que Joseph Campbell appelle “le ventre de la baleine” : un endroit clos, séparé du monde dans lequel le héros va être métamorphosé

Vient ensuite le temps de l’Initiation, qui commence par un chemin d’épreuve : des tests que la héros doit effectuer pour être prêt à réaliser son destin. Il rencontre dans cette initiation l’expérience d’un amour tout puissant et inconditionnel. Cette expérience a des vertus transformatrices car elle permet au héros de se vivre comme unifié, car elle unie la sexualité avec des principes symbolique, et harmonise les contraires.

Le héros rencontre une autre image de la féminité : non plus la Mère, mais la Tentatrice qui tente de l’écarter de son voyage. Cette étape correspond pour Campbell a l’effroi que provoque chez le héros la pleine conscience de sa condition humaine.

Vient ensuite la rencontre et la réconciliation avec le Père, c’est à dire avec le principe qui détient les clefs et les secrets de sa vie. “Père” ne signifie pas nécessairement “mâle”, pas plus que la déesse Mère est nécessairement femelle. L’essentiel est ici la rencontre avec le Pouvoir qui doit être “tué” pour que le héros puisse poursuivre sa transformation.

La victoire apporte au héros l’apothéose. Le voyage connait alors un temps de repos et de paix, Le héros vit une période d’accomplissement avant de prendre le chemin du retour. Il reçoit le bénédiction ultime, c’est à dire l’objet ou la qualité qu’il était allé chercher.

Le retour est le troisième temps du voyage du Héros. Certains s’y refusent. D’autre empruntent des moyens magiques, ou reçoivent une aide extérieure. Le retour exige que la frontière soit à nouveau traversée. Le Héros doit garder intactes les transformations qu’il a subit au cours de son aventure initiatique, ou en partager les bienfaits avec d’autres. Il peut alors devenir le Maitre des Deux Mondes, c’est à dire maintenir en lui l’équilibre entre le matériel et le spirituel. Il est alors libéré de la peur de mourir, ce qui lui donne le plus grand cadeau : la liberté de vivre sans craindre le futur ni regretter le passé

Avez vous reconnu ces différentes étapes dans la bande-annonce ?

The Lion King Rises – C’est toujours la même histoire

5 pesnées sur “The Lion King Rises – C’est toujours la même histoire

  • 19 février 2012 à 13:34
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    Excellent montage !

    et merci pour cette remarque très intéressante sur ces points communs.

    Cependant, si vous me permettez un petit commentaire, il me semble que le question ne se pose pas tout à fait dans les mêmes termes entre Batman, Hamlet et Le jeune Lion, même si on peut effectivement remarquer une ressemblance sur le fond de l’intrigue.

    Ces petites différences viennent de la forme et la mise en image de la problématique du Héros autant que sur le plan de la mise en récit.

    Bruce Wayne semble choisir cette voie du Héros justicier par réaction à la perte soudaine de ces parents, par un mécanisme de formation réactionnelle et de retournement sur le corps propre. Son Père était un “Héros” au sens où il tentait par ses moyens (financiers, donc symboliques) d’aider son prochain tandis que Batman lui utilisera son corps. De plus, ce sont ces deux parents et non pas simplement son Père qui sont tués. Il s’agit également ici d’un “meurtre en directe” auquel il a assisté impuissant. Il y a ici une dimension d’immédiateté de la révélation mais aussi peut-être me vécu d’un plancher qui se dérobe (allusion à la chute dans la grotte Wayne): le plancher du fantasme.
    A noter que si on se penche sur la dimension incestuelle, celle-ci est beaucoup plus parlante au niveau de sa représentation à l’écran : si l’on en reste au Batman “new school” de Batman begins nous remarquons que c’est Bruce qui perçoit la menace des chauve souris pendant une pièce de théatre, chauve souris jouées par des humains, qui lui fait se sentir mal mais sans qu’il le commuique directement e verbalement. C’est son père qui interprète les signes de malaise et qui pour protéger Bruce, masque à moitié son intention de l’éloigner de cette source d’angoisse. La peur de la “Chauve…souris”, semble l’indicateur d’une menace de castration insupportable que l’on peut entendre sur le plan archaïque comme “etre vidé de la substance du corps par l’objet même du désir”. La chauve souris venant par condensation à la fois reproduire quelque chose du sexe de la femme au niveau du signifiant, et la sanction par la Père (la morsure, dévoration). Mais peut-être s’agit-il aussi de l’angoisse devant le sexe castrateur de la femme : un sexe qui pourrait prendre sans rendre et faire saigner.
    Dans une autre interprétation, le scénariste met ici en scène de manière imagée et métaphorique la culpabilité et l’horreur de l’enfant devant le sexe (rasé ?) de sa Mère, dépourvu de quelque chose, ou du sexe de son Père : une souris..chauve. Peut-être le jeune Bruce a-t-il assisté à quelque chose d’un ballet menaçant qui rappelle l’étape du développement du sujet pendant lequel l’enfant perçoit le coït comme un acte d’agression…éventuellement sanglant.
    Si l’on vient à parler d’oedipe, ici les deux “acteurs” de la scène du fantasme, le Père et la Mère, disparaissent en même temps tandis que le spectacteur/acteurs/metteur en scène qu’est Bruce, reste seul. La pièce de théatre ne s’est pas arrêtée, il l’a fuit mais cette défense n’a pas suffit et c’est la scène elle-même qui semble se déliter.

    Hamlet se voit quant à lui contraint d’emprunter une voie qu’il ignorait jusqu’alors bien qu’il eu le sentiment que quelque chose de “pourri” se propage sur le royaume. A relire Hamlet il y d’emblée une dimension de putréfaction : l’acte criminel à déjà eu lieu et semble se répandre dans l’atmosphère. Ceci pourrait suggérer une forme d’anticipation ou de préparation de Hamlet à la révélation de la vérité et de sa mission. Qu’il s’agisse d’un rêve, d’une hallucination ou d’un fantasme, Hamlet n’a pas, contrairement à Bruce, assisté à la scène du meurtre de son Père. Il s’agit donc au mieux d’une reconstruction a postériori que l’on pourrait comprendre comme un épisode pseudo-délirant (caractère mystique de la scène d’apparition du fantôme, répétition des aller et venue du fantôme, brouillard, impression d’apocalypse…).
    un point important également, c’est que la femme dans Hamlet prend une signification tout à fait différentes à partir du moment où la connaissance de la vérité lui permet une relecture des épisodes passées. Sa Mère encore vivante et à peine remise de la perte, prend part à l’union perverse.

    Le Lion, futur roi, s’écarte de lui-même face à la chute de la représentation de son Père. Il n’a pas assisté à la scène et ignore même tout de ce qui s’est passé. Ce sont davantage des signes extérieures comme la dégénérescence du royaume autrefois prospère qui témoigne d’un malaise dans la civilisation. Quelqu’un n’est pas à sa place.

    il y a donc entre ces trois héros une différence au niveau de la perception :

    – Bruce Wayne voit la scène : qui se répète comme un événement traumatique.

    – Hamlet entend la parole de son Père lui raconter l’événement

    – Le Jeune Simba n’apprend la vérité que de la “bouche” du meurtrier en personne et à la fin de l’intrigue.

    ensuite, dans hamlet tout comme dans le Roi Lion, le futur héros qui vaincra la mort n’a de souvenir que d’un accident au commencement tandis que dans Batman, du moins dans certaines versions de cette scène du meurtre de ces parents, Bruce assiste directement à la scène qui est un acte directement délictueux : en tout cas c’est ainsi dans son souvenir.
    Il me semble qu’il y a chez Batman davantage une dimension de retournement de l’agressivité contre Soi que l’on observe notamment dans the Dark knight : le majordome lui fait remarquer que lui, Bruce Wayne, a des limites, notamment les limites du corps, alors que Batman n’en a pas.
    Le personnage de Batman me parait reposer sur une dissociation que je ne remarque pas autant chez le jeune Lion.

    En somme si le schéma de chaque histoire contient des éléments communs, ils semblent agencés différemment et donner une trajectoire différentes au Héros.

  • 19 février 2012 à 19:28
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    Hum, Guillaume. Le scénariste est anglophone, pour lui une chauve-souris c’st une “bat” et pas une chauve quelque chose. Le glissement que vous indiques n’est donc pas possible.
    Le fait que la scène voit vue par l’enfant Bruce est il important ? après tout, Oedipe agit ses fantasmes dans la réalité, tout comme l’indécision d’Hamlet s’interprète par l’accord inconscient qu’il donne à ce qui s’est passé.

  • 20 février 2012 à 21:41
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    oui en effet, sur le signifiant “chauve-souris”, la rapprochement n’est pas possible mais le reste de mon développement n’est pas inutilisable.

    le fait que le scénariste soit anglophone n’annule pas l’hypothèse de la “chute” et de l’angoisse archaique.

    En effet, je pense que les mécanismes de défenses ont une origines corporelles mimogesturo-posturale et sensorimotrices : la scène vue, puis fuit par Bruce, avec l’aide de son Père, est peut-être une mise en scène d’un évitement de l’angoisse de castration, voire de castration archaique (etre mordu et vidé de son contenu).
    Si le signifiant chauve-souris ne tient en anglais il me semble qu’il n’empêche que Freud lui-même a parfois tenu la position d’un symbolisme universelle qui dépasse les “langues parlées”. Et dans ce cas, Bruce, français comme anglais vit une angoisse face à ce que cet animal poilu, volant et menaçant incarne.

    je crois que la position du personnage qui “voit” la scène est importante puisque le cinéma ou le théâtre n’est pas tout à fait comme le rêve et que la condensation ne peut pas être toujours invoqué pour expliquer les changements de place du personnage qui assiste à la scène.

    Et ce n’est pas pareil de voir la scène comme bruce, ou d’entendre un discours sur la scène…comme Hamlet entend la voix du Père.

    Enfin, et sauf si je me trompe, Bruce contrairement à oedipe n’agit pas son fantasme dans la réalité : il vit plutôt quelque chose de l’ordre d’une “réalisation perceptive” du fantasme sans en etre l’acteur.

    quant à Hamlet, il n’assiste pas à la scène mais la remet en scène à sa manière un peu plus tard au théâtre, et il n’est pas non-plus au courant au départ de ce qui s’est passé.

    Simba, Bruce, Hamlet et oedipe ne me semblent pas au même moment du processus.

  • 22 mars 2012 à 10:29
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    Le montage est génial ! Je l’écoute en boucle !
    Merci :)

  • 14 avril 2012 à 12:32
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    Très très bien réalisé, et intéressant. Merci !

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