Via MarioAsselin

Le site Slate de fait l’écho dans un court billet d’une polémique qui agite les psychologues américains. Les planches du test de Rorschach ont été mises sur Wikipedia avec pour chacune d’entre elle quelques exemples de réponses. Ce n’est certes pas la première fois que le Rorschach est mis en ligne, mais sa présence sur Wikipedia lui assure une visibilité qui lui était jusqu’à présent inconnue.

 

Il semble que cette mise en ligne doive beaucoup à un troll, le docteur James Heilman, qui voulait monter les limites du système Wikipedia. L’éditeur du test aux USA envisage une action en justice contre Wikipedia, et les discussions se sont enflammées dans les commentaires. La polémique reste cependant modérée a l’échelle de Wikipédia – elle n’est pas dans le Top 30 de WikiRage – et sans la veille du New-York Times, elle serait sans doute confinée dans les plis de l’encyclopédie en ligne.

Ecrans.fr a précise l’article du New-York Times en rappellant l’histoire des modifications.

 

La démarche compréhensive du Rorschach

Créé en 1921 par Hermann Rorschach, le test doit beaucoup à l’intéret de quelques psychanalystes pour les épreuves projectives. Autour de Didier Anzieu, Nina Raush de Traundenberg et puis Catherine Chabert ont jeté les bases de ce que l’on appelle l”école française de la psychologie projective. Dans cette perspective, le psychologue s’ intéresse a la dynamique inconsciente de l’épreuve projective. Celle-ci est le point final d’un processus complexe que le psychologue s’ efforce de retrouver, et qui va de la perception  de la planche à la production (ou la non-production) des réponses. Une problématique inconsciente a également été définie pour chaque planche. Le test est dit “projectif” parce que les réponses demandées sont une projections d’éléments personnels sur un matériel qui n’a en soi aucun sens.

La cotation du test par le psychologue est longue, parfois même fastidieuse. Il faut compter entre 5 et 10 heures de travail avant d’ arriver au compte-rendu final. La cotation des réponses ne sont qu’un élément parmi d’autres du processus d’interprétation : le style des réponses, la façon dont elles s’enchaînent et s’articulent, les points de rupture, la façon dont la personne s’engage dans le test ou dans une planche, le mélange de perception et de projection…. voilà quelques uns des éléments qui sont pris en compte.

Le psychologue se livre à une enquête, il construit des hypothèses et les vérifie dans l’exploration du protocole. Il cherche à comprendre profondément le fonctionnement de la personne. Cette compréhension n’est possible qu’avec la coopération de la personne qui a passé le test. Un Rorschach est en effet un jeu dans lequel une personne met à l’épreuve ses processus de pensée sous le regard d’un psychologue. De ce point de vue, il n’est pas de bonne ou de mauvaises réponses. Ce qui est interprété, c’est un processus : celui de la création d’une réponse à partir d’une perception. Cette création s’appuie nécessairement sur des éléments personnels et connaît nécessairement des fluctuations.

Dans ce contexte, tricher n’a aucun sens.

 

Les usages pervertis du Rorschach

Il est d’autres contextes ou la tricherie devient possible, voire même nécessaire. Ce sont toutes les situations de mésusage du Rorschach : “passation” réduite à quelques planches, en groupe, et surtout  dans des situations d’embauche ou de sélection. Alors que dans la situation clinique, le but de la passation est de comprendre une partie de son fonctionnement psychique, ici, le but est de décrocher un emploi. Ce sont des utilisations doulement perverties de la psychologie projective d’une part parce que la méthodologie du test est n’est pas respectées, et d’autre part parce que les réponses à un test projectif ne sauraient conditionner l’obtention d’un emploi.

 

Dans ce cadre, la diffusion de quelques informations, que l’on peut par ailleurs trouver dans n’importe quelle bibliothèque, est une oeuvre de salubrité.

 

Tempete dans une tache d’encre
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