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	<title>Psy et Geek ;-) &#187; michel foucault</title>
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	<description>Psy &#38; Geek ;-) explore les mondes numériques</description>
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		<title>Les nuages lieux de l&#8217;extimit&#233; ?</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Jan 2010 10:30:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yann Leroux</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous avons une sociabilité intime : tous nos actes, même ceux qui nous semblent les plus naturels, comme marcher, manger ou se torcher, sont des actes sociaux. Ils sont construit collectivement, et ne prennent sens que dans une communauté1. Nous pouvons verser l’extimité au titre des “techniques de soi” de Michel Foucault au sens qu’il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tweetmeme_button" style="float: right; margin-left: 10px;">
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<p align="justify"><a href="http://www.freemages.fr/album/nature/nuages_2.jpg"><img title="Nuages" hspace="4" alt="Nuages" vspace="4" align="middle" src="http://www.freemages.fr/album/nature/nuages_2.jpg" width="513" height="352" /></a></p>
<p align="justify">Nous avons une sociabilité intime : tous nos actes, même ceux qui nous semblent les plus naturels, comme marcher, manger ou se torcher, sont des actes sociaux. Ils sont construit collectivement, et ne prennent sens que dans une communauté<sup><a href="http://www.psyetgeek.com/les-nuages-lieux-de-lextimit#footnote_0_722" id="identifier_0_722" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cf. les techniques du corps de Marcel Mauss">1</a></sup>. Nous pouvons verser l’extimité au titre des “<em>techniques de soi</em>” de Michel Foucault au sens qu’il s’agit bien là de&#160; techniques par lesquels nous effectuons “seul ou avec d&#8217;autres, des opérations sur [notre] corps, [notre] âme, [nos] pensées” (Foucault M.)</p>
<p align="justify">Les blogues et les réseaux sociaux sont souvent compris comme des dispositifs où cette extimité se donnerait à voir. Le coté “journal intime” de certains blogues, le babillage sur Twitter et sur Facebook, l’exposition de soi que l’on peu y noter que ce soit au travers d’images ou de textes en seraient quelques exemples. C’est un point de vue que l’on peut retrouver sous le clavier de <strong>Serge Tisseron</strong> qui note dans <a href="http://squiggle.be/serge-tisseron/nouveaux-reseaux-des-desirs-vieux-comme-le-monde.html" target="_blank">Nouveaux réseaux : des désirs vieux comme le monde</a> que les réseaux sociaux permettent de se cacher et de se montrer et donc sont des lieux d’expression de l’intime et de l’extime. </p>
<p align="justify">Pour bien comprendre ce qui se passe avec les nuages, il faut prendre en compte ce qu’ils ont de spécifique.Il est évident que parler ce n’est pas écrire, et écrire sur une feuille de papier ce n’est pas écrire avec un ordinateur :</p>
<p align="justify"><strong>“Toute technique s’accompagne […] d’une <em>posture </em>psychique qu’elle induit et qui influe, à son tour, sur le contenu du message […] la pensée se construit dans le va et vient entre les contraintes imposées par la machine, les échappées libératoires qu’elle permet et le projet du texte qui s’en trouve modifié à chaque instant. Ainsi, elle se construit différemment selon qu’on parle, qu’on écrit sur du papier ou qu’on tape sur un clavier devant un écran d’ordinateur”</strong> Serge Tisseron, L’intimité surexposée, 2001.</p>
<p align="justify">La parole, l’écrit et l’écriture électroniques produisent donc des postures différentes. Toujours selon Serge Tisseron, la parole est d’abord retrouvailles avec le sonore originel, l’écrit est en rapport avec les matières scolaires. L’un et l’autre sous sous le régime du surmoi mais différemment. La parole est liée au surmoi maternel – c’est elle qui autorise la prise.&#160; de parole – tandis que l’écrit est lié au surmoi paternel qui veille au respect des normes (la bonne forme des lettres et des mots). Parce qu’il est toujours possible de reprendre ce qui a été écrit, l’écriture électronique est beaucoup plus libre des exigences surmoiques. On le voit avec l’apparition de ces chimères que sont les souriards mais aussi avec l’oralité écrite que de nombreux observateurs ont noté a propos des communications médiatisées par un ordinateur.</p>
<p align="justify">Cette liberté tient à la matérialité du support et aux qualités de l’encre numérique. La page blanche peut s’effacer sans laisser la moindre trace de repentir. Par ailleurs, les lettres sont toujours bien formées, elles s’ordonnent parfaitement sur la ligne, et il est possible d’en modifier facilement la taille et la forme. Sur une feuille de papier, ce que la main écrit est sous la surveillance de l’œil. Ce que la main dessine est comparé à une forme idéale, et le plaisir est en lien avec la proximité de l’idéal. Avec un ordinateur, la bonne formation des lettres est prise en charge par le dispositif.</p>
<p align="justify">Parce qu’ils offrent cette fluidité du numérique et qu’ils sont des ouvertures vers l’autre, les blogues sont de bons candidats pour être des supports de l’extimité. Il y est en effet facile de publier du contenu, qu’il s’agisse d’images ou de textes, ou les deux à la fois, et il y est facile d’y recueillir des commentaires qui vont en retour modifier les représentations de soi qui ont été à l’origine de la mise en ligne du contenu. </p>
<p align="justify">Un blogue est différent d’un carnet intime car il est d’emblée tourné vers les autres. Il nécessite un travail d’explicitation qui n’est pas nécessaire au carnet intime puisque l’on s’écrit à soi-même. Il est également différent du journal car un journal ne contient pas des éléments intimes ou personnels. Mais il est des journaux et des carnets intimes qui utilisent le blogue !</p>
<p align="justify">Il faut aussi se souvenir qu’un blogue est un média. Ce qui est important est donc la forme de relation que la personne entretien avec ce média. Un blogue peut être utilisé comme n’importe quel autre outil en ligne mais il peu aussi être mis au service d’une dynamique psychique. Ainsi, un blogue peut tout aussi bien être au service d’un travail de mémoire ou d’oubli; il peut témoigner d’un désir d’appartenance a un groupe social… ou être le lieu d’expression de l’extimité. Il peut aussi servir … à bloguer !</p>
<p align="justify"><strong><a href="http://ticetsociete.revues.org/412#tocto1n4">Sébastien Rouquette</a></strong> a remarquablement bien repéré les différentes utilisations extimes que l’on peut avoir du blogue : revendiquer sa “vraie” nature, faire valider sa vie, donner son avis et écrire. Chaque utilisation valorise une identité avoir une personnalité propre, témoin, essayiste ou auteur) et soutient un type de désir (reconnaissance, réconfort, débattre, désir d’être suivi)</p>
<p align="justify">On retrouve bien ici les deux mouvements de l’extimité : être reconnu comme ayant une identité propre et faire valider sa vie correspondent au mouvement centrifuge qui va de soi vers l’autre tandis que créer des espaces de débat et de rencontre correspond au mouvement centripète de l’extimité.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_722" class="footnote"><a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/mauss_marcel/socio_et_anthropo/6_Techniques_corps/Techniques_corps.html" target="_blank">Cf. les techniques du corps</a> de Marcel Mauss</li></ol><img src="http://www.psyetgeek.com/?ak_action=api_record_view&id=722&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Le Web n&#8217;est plus le Web</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2009 09:45:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yann Leroux</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Cr&#233;&#233;e le 17 Mars 1969, L&#8217;Organisation des Psychanalystes de Langue Fran&#231;aise est la quatri&#232;me association de psychanalyse cr&#233;e en France, d&#8217;ou son nom de Quatri&#232;me Groupe. Elle a aussi &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; avoir un site en ligne gr&#226;ce au travail de Genevi&#232;ve Lombard. Le Quatri&#232;me Groupe &#233;dite un Bulletin, pour lequel il m&#8217;a &#233;t&#233; [...]]]></description>
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<p><font size="2">Cr&#233;&#233;e le 17 Mars 1969, L&#8217;Organisation des Psychanalystes de Langue Fran&#231;aise est la quatri&#232;me association de psychanalyse cr&#233;e en France, d&#8217;ou son nom de </font><a href="http://www,quatrrieme-groupe.org"><font size="2">Quatri&#232;me Groupe</font></a><font size="2">. Elle a aussi &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; avoir un site en ligne gr&#226;ce au travail de </font><a href="http://www.inconscient.net"><font size="2">Genevi&#232;ve Lombard</font></a><font size="2">. Le Quatri&#232;me Groupe &#233;dite un Bulletin, pour lequel il m&#8217;a &#233;t&#233; demand&#233; d&#8217; &#233;crire quelque chose a propos de l&#8217;Internet qui puisse parler &#224; des personnes s&#8217;int&#233;ressant &#224; la psychanalyse. C&#8217;est ce texte qui m&#8217;est venu.</font></p>
<p>&#160;</p>
<p>Le web n&#8217;est plus le web. Il a mut&#233;. Il est devenu plus puissant, plus rapide, plus massif, plus interactif, plus global, plus local. Il est devenu le lieu de la superlativit&#233;. Les chiffres qui tentent de le qualifier donnent le vertige : &#171; <strong>Nous savions que c&#8217;&#233;tait grand</strong> &#187; dit Google apr&#232;s avoir tent&#233; un comptage liens du Web : 26 millions de pages en 1998, un milliard en 2000 et mille milliards liens en juillet 2008<sup><a href="http://www.psyetgeek.com/le-web-nest-plus-le-web#footnote_0_482" id="identifier_0_482" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://googleblog.blogspot.com/2008/07/we-knew-web-was-big.html">1</a></sup>. Pour un espace qui est n&#233; en 1989 du d&#233;sir d&#8217;un homme de proposer &#224; ses coll&#232;gues du CERN un dispositif d&#8217;organisation de l&#8217;information, la croissance a &#233;t&#233; rapide. D&#8217;immenses mouvements le parcourent. Certains restent contenus &#224; l&#8217;internet, d&#8217;autres d&#233;bordent dans d&#8217;autres m&#233;dias ou m&#234;me dans l&#8217;espace g&#233;ographique. Ainsi, les attaques anonymes sur les serveurs de la scientologie en janvier 2008<b> </b>ont donn&#233; &#233;galement lieu &#224; des manifestations in situ. Celles-ci &#233;taient film&#233;es et mises en ligne sur des sites de partage de vid&#233;o pratiquement en temps r&#233;el.</p>
<p>Youtube, Facebook, Digg, Twitter sont quelques unes des locomotives du Web 2.0 comme on a pris l&#8217;habitude de l&#8217;appeler depuis l&#8217;article de Tim O&#8217;Reilly, &#171; <i>What is Web 2.0 &#187;</i><sup><a href="http://www.psyetgeek.com/le-web-nest-plus-le-web#footnote_1_482" id="identifier_1_482" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="">2</a></sup>(sept">http://www.oreillynet.com/pub/a/oreilly/tim/news/2005/09/30/what-is-web-20.html))(sept</a>. 2005))). Le temps est aux bouillonnements : les nouvelles applications appellent de nouveaux usages et de nouvelles fa&#231;ons d&#8217;&#234;tre avec soi et avec les autres. Les r&#232;gles de civilit&#233; sur ce qu&#8217;il est bon de faire en ligne sont &#233;tablies, discut&#233;es et adopt&#233;es. La fa&#231;on de se pr&#233;senter fait &#233;galement l&#8217;objet de n&#233;gociations et de discussions. Des tours de main sont trouv&#233;s, annonc&#233;s et partag&#233;s. La langue bruisse de cette agitation : il faut de nouveaux mots pour dire les nouveaux usages. Sur le web, le forgeur inconnu travaille sans rel&#226;che.((les temps changent ils ? Le <a href="http://twictionary.pbworks.com/">Twictionary</a> donne les auteurs originaux des forgeries))</p>
<p>Le web est un aspect de l&#8217;oc&#233;an num&#233;rique dans lequel nous baignons. Les &#233;crans, qui nous accompagnent dans nos vies quotidiennes, en sont un autre aspect. Par eux, nous sommes inform&#233;s d&#8217;&#233;v&#233;nements heureux ou malheureux, ou m&#234;me de ces &#233;v&#233;nements banaux qui font le jour apr&#232;s jour d&#8217;une vie. La trace de ces &#233;v&#233;nements peut &#234;tre conserv&#233;e, transmise &#224; d&#8217;autres ou d&#233;truite. Par exemple, parmi les personnes proches de victimes du Tsunami de d&#233;cembre 2004<b>, </b>beaucoup ont longtemps conserv&#233; les SMS qu&#8217;elles avaient re&#231;u d&#8217;elles. La photo de l&#8217;&#234;tre cher est maintenant aussi dans les t&#233;l&#233;phones, souvent en <i>&#233;cran d&#8217;accueil : </i>l&#8217;image coll&#233;e &#224; l&#8217;oreille &#224; chaque appel rapproche alors de l&#8217;aim&#233;. Ces traces peuvent aussi &#234;tre transf&#233;r&#233;es &#224; d&#8217;autres dans des fins de partage ou d&#8217;agression. Le num&#233;rique transforme nos objets, du t&#233;l&#233;phone &#224; l&#8217;ordinateur, du lecteur mp3 &#224; la t&#233;l&#233;vision en caves et greniers, avec leurs tr&#233;sors, leurs fant&#244;mes et leurs revenants.</p>
<p>En changeant, le web nous a chang&#233;s. Il nous change par le contact facilit&#233; avec un contenu de plus en plus abondant. Il nous change par le contact r&#233;p&#233;t&#233; avec ce que <strong>Francis Pisani</strong> a appel&#233; les multitudes. Il nous change parce nous y documentons nos vies. &#171; <strong>L&#8217;homme est un document comme les autres</strong> &#187; dit <strong>Oliver Ertzscheid</strong>, retrouvant l&#224; la vieille tradition qui fait de l&#8217;homme un livre. Sur Internet, l&#8217;&#233;criture reste encore reine : quelque soit le contenu transport&#233; (texte, vid&#233;o, image, son) il est soutenu par un code qui permet la liaison avec d&#8217;autres contenu via des hyperliens. Le contenu est &#233;galement d&#233;crit, ce qui permet son exportation dans d&#8217;autres dispositifs d&#8217;&#233;criture ind&#233;pendamment de sa forme. Par exemple, une vid&#233;o YouTube peut &#234;tre lue <i>in situ </i>ou ailleurs ; les photos vues sur Flickr et Facebook, la chronique radio de tel journaliste lue sur le site de la radio ou t&#233;l&#233;charg&#233;e sur un ordinateur pour &#234;tre &#233;cout&#233;e ou r&#233;&#233;cout&#233;e plus tard. </p>
<p>Internet est le domaine des grands chiffres. 150 millions de comptes sur Facebook((<a href="http://www.facebook.com/press/info.php?statistics">http://www.facebook.com/press/info.php?statistics</a>)), 7 milliards de pages vues par jour sur l&#8217;encyclop&#233;die en ligne Wikip&#233;dia<sup><a href="http://www.psyetgeek.com/le-web-nest-plus-le-web#footnote_2_482" id="identifier_2_482" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Statistiques">3</a></sup> 10 millions de comptes du jeu massivement multijoueur World of Warcraft&#8230; Ces multitudes sont une bonne indication du travail psychique que chaque internaute doit fournir en ligne : partout, plus d&#8217;un autre avec qui se lier et plus d&#8217;un autre avec qui &#233;viter d&#8217;&#234;tre en relation. Partout, plus d&#8217;une information qu&#8217;il faut source, hi&#233;rarchis&#233;, trier. Partout, plus d&#8217;une occasion pour donner du sens, ou le perdre !</p>
<p>Si Internet est un espace sans lieu, h&#233;t&#233;rotopique (M. Foucault), un non-lieu (M. Aug&#233;), c&#8217;est aussi un espace qui est en lien avec nos autres espaces qu&#8217;ils soit collectifs, personnels ou priv&#233;s. Il porte les plus grands espoirs comme les plus grandes menaces. Il est un des espaces cl&#233; de la culture du temps pr&#233;sent, et &#224; ce titre, m&#233;rite d&#8217;&#234;tre explor&#233; par des psychanalystes</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_482" class="footnote"><a href="http://googleblog.blogspot.com/2008/07/we-knew-web-was-big.html">http://googleblog.blogspot.com/2008/07/we-knew-web-was-big.html</a></li><li id="footnote_1_482" class="footnote"><a href="http://www.oreillynet.com/pub/a/oreilly/tim/news/2005/09/30/what-is-web-20.html</li><li id="footnote_2_482" class="footnote">voir <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Statistiques">http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Statistiques</a></li></ol><img src="http://www.psyetgeek.com/?ak_action=api_record_view&id=482&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Internet, une heterotopie</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Jan 2009 10:00:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yann Leroux</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Merci &#224; Martin Lessard pour la belle discussion: pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux qui est l&#8217;origine de la publication de ce billet &#160; La communication sur Internet n&#233;cessite un appareillage complexe : un ordinateur, un Fournisseur d&#8217;Acc&#232;s Internet (FAI), des logiciels et des personnes d&#233;sireuses d&#8217;&#233;changer quelques mots. Ce n&#8217;est [...]]]></description>
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		</div>
<p align="right">Merci &#224; Martin Lessard pour la belle discussion: <a href="http://zeroseconde.blogspot.com/2009/01/pour-en-finir-avec-les-natifs-versus.html" target="_blank">pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux</a> qui est l&#8217;origine de la publication de ce billet</p>
<p align="right">&#160;</p>
<p align="justify"><img height="178" alt="Michel Foucault" src="http://tbn1.google.com/images?q=tbn:qwDdaY9FcGqIRM:http://anaximandrake.blogspirit.com/images/medium_michel_foucault.jpg" width="132" align="left" /> La communication sur Internet n&#233;cessite un appareillage complexe : un ordinateur, un Fournisseur d&#8217;Acc&#232;s Internet (FAI), des logiciels et des personnes d&#233;sireuses d&#8217;&#233;changer quelques mots. Ce n&#8217;est certes pas la premi&#232;re fois que pour parler &#224; un autre un &#233;quipement est n&#233;cessaire. La lettre, le t&#233;l&#233;graphe, le t&#233;l&#233;phone, la C.B. ont permis de s&#8217;adresser &#224; un autre en son absence. Les portables, aujourd&#8217;hui, font de la capacit&#233; &#224; &#234;tre absent une comp&#233;tence rare et pr&#233;cieuse. Les progr&#232;s de la communication, pr&#233;sent&#233;e comme toujours plus fiable, plus conforme au r&#233;el, ont accompagn&#233; toute la seconde moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle. Internet a repris diff&#233;rents aspects des solutions trouv&#233;es &#224; l&#8217;absence de l&#8217;autre, et en a invent&#233; de nouvelles. </p>
<p>A la lettre et au t&#233;l&#233;graphe, Internet reprend le texte, au t&#233;l&#233;phone les r&#233;seaux et la voix, &#224; la C.B. la communication &#224; plusieurs. On peut d&#233;finir l&#8217;Internet comme un ensemble de r&#233;seaux de toutes tailles (mail, FTP, 3W, Usenet), interconnect&#233;es par un protocole de communication permettant l&#8217;&#233;change et le partage d&#8217;informations et de fichiers. [1] L&#8217;utilisation de l&#8217;ordinateur et plus pr&#233;cis&#233;ment l&#8217;interconnexion de milliers de machines a cr&#233;&#233; quelque chose de particulier que l&#8217;on d&#233;signe du nom de cyberspace. Le cyberespace est le versant psychologique de l&#8217;Internet. </p>
<p>Ce cyberspace a vite &#233;t&#233; per&#231;u comme un nouvel espace. A conqu&#233;rir pour les uns, &#224; ma&#238;triser pour les autres, il a pendant quelques temps &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme un nouveau far-west, avec l&#8217;imaginaire correspondant. C&#8217;est un espace qui a ceci de particulier qu&#8217;il invite &#224; revenir sur l&#8217;espace tel qu&#8217;on le vit et per&#231;oit habituellement : il le subvertit. Avec Internet, la saisie de l&#8217;espace dans lequel nous vivons devient rapidement probl&#233;matique d&#232;s que l&#8217;on tente de le qualifier car on sent bien que les notions de quotidien, de banal, de r&#233;el ne peuvent plus &#234;tre suffisantes &#224; discriminer notre espace et celui de &#8216;l&#8217;Internet car des gens vont r&#233;ellement, quotidiennement et banalement sur Internet. </p>
<p>Dans une conf&#233;rence donn&#233;e au Cercle d&#8217;&#233;tudes architecturales en mars 1967, M. Foucault a abord&#233; avec une acuit&#233; remarquable la question de l&#8217;espace : &#171; L&#8217;&#233;poque actuelle serait peut-&#234;tre plut&#244;t l&#8217;&#233;poque de l&#8217;espace. Nous sommes &#224; l&#8217;&#233;poque du simultan&#233;, nous sommes &#224; l&#8217;&#233;poque de la juxtaposition, &#224; l&#8217;&#233;poque du proche et du lointain, du c&#244;te &#224; c&#244;te, du dispers&#233;. Nous sommes &#224; un moment o&#249; le monde s&#8217;&#233;prouve, je crois, moins comme une grande vie qui se d&#233;velopperait &#224; travers le temps que comme un r&#233;seau qui relie des points et qui entrecroise son &#233;cheveau &#187; </p>
<p>Foucault attire l&#8217;attention sur ceci : On ne vit pas dans un espace vierge. On vit, on na&#238;t, on meurt dans un espace froiss&#233;, ratur&#233;, trou&#233;, aplani, avec des r&#233;gions friables molles, p&#233;n&#233;trables, et d&#8217;autres dures, &#233;tanches, inconnaissables. On vit, on na&#238;t, on meurt dans un espace de d&#233;grad&#233; de couleurs (l&#8217;obscur, le clair, le clair-obscur), de textures (des espaces polis, glac&#233;s, lisses, rugueux,), de qualit&#233; (des espaces friables mous p&#233;n&#233;trables ou inabordables, cassants, imp&#233;n&#233;trables. </p>
<p>Cet espace a une histoire. Ainsi, en Occident, la conception de l&#8217;espace a bascul&#233; avec Galil&#233;e dont la notion d&#8217;infini fait que &#171; le lieu d&#8217;une chose n&#8217;&#233;tait plus qu&#8217;un point dans son mouvement, tout comme le repos d&#8217;une chose n&#8217;&#233;tait que son mouvement ind&#233;finiment ralenti &#187; L&#8217;occident passe ainsi de la localisation du Moyen Age &#224; l&#8217;&#233;tendue. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;espace de nos soci&#233;t&#233;s serait celui de l&#8217;emplacement, c&#8217;est-&#224;-dire &#224; un espace de &#171;&#160; relations de voisinage entre points ou &#233;l&#233;ments &#187; </p>
<p>Ces espaces, qui s&#8217;individualisent peu &#224; peu avec la construction de la notion d&#8217;intimit&#233;, tapissent et colorent l&#8217;espace r&#233;el de qualit&#233;s, r&#234;veries, valeurs etc. Ces espaces peuvent &#234;tre internes, comme dans l&#8217;espace imaginaire ou dans les oppositions espace priv&#233; &#8211;public, espace de la famille et espace social, espace de travail et espace de loisir, articulations dont Foucault note qu&#8217;elles tendent &#224; devenir de moins en moins nettes. Ils peuvent &#234;tre externes, et parmi eux, certains sont particuliers: ce sont les utopies et les h&#233;t&#233;rotopies. On les reconna&#238;t du fait qu&#8217;ils ont &#171; la curieuse propri&#233;t&#233; d&#8217;&#234;tre en rapport avec tous les autres emplacements, mais sur un mode tel qu&#8217;ils suspendent, neutralisent ou inversent l&#8217;ensemble des rapports qui se trouvent, par eux, d&#233;sign&#233;s, refl&#233;t&#233;s ou r&#233;fl&#233;chis &#187; </p>
<p>L&#8217;utopie est un espace irr&#233;el, c&#8217;est une image invers&#233;e ou parfaite de la soci&#233;t&#233; r&#233;elle. L&#8217;h&#233;t&#233;rotopie est un espace r&#233;el, un &#171; contre-emplacement &#187; ou &#171; sorte d&#8217;utopie r&#233;alis&#233;e &#187; ; c&#8217;est un lieu ou les rapports sociaux semblent se pr&#233;cipiter dans l&#8217;espace r&#233;el. L&#8217;exp&#233;rience du miroir r&#233;aliserait ainsi une utopie, puisque le miroir est &#171; un lieu sans lieu. Dans le miroir, je me vois l&#224; o&#249; je ne suis pas, dans un espace irr&#233;el qui s&#8217;ouvre virtuellement derri&#232;re la surface, je suis l&#224;-bas, l&#224; ou je ne suis pas &#187; Mais c&#8217;est aussi une h&#233;t&#233;rotopie, dans la mesure ou &#171; c&#8217;est &#224; partir du miroir que je me d&#233;couvre absent &#224; la place ou je suis puisque je me vois l&#224;-bas. A partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l&#8217;autre cot&#233; de la glace, je reviens vers moi et je recommence &#224; porter mes yeux vers moi-m&#234;me et &#224; me reconstituer l&#224; o&#249; je suis &#187; </p>
<p>Ces h&#233;t&#233;rotopies sont organis&#233;es selon six principes. </p>
<p><strong>Premier principe. Les h&#233;t&#233;rotopies sont une constante des soci&#233;t&#233;s humaines.</strong> Foucault distingue l&#224; les h&#233;t&#233;rotopies de crise et les h&#233;t&#233;rotopies de d&#233;viation. Les h&#233;t&#233;rotopie de crise sont des espaces r&#233;serv&#233;s aux membres de la soci&#233;t&#233; qui se trouvent en crise par rapport aux r&#232;gles de la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils vivent (femmes en couche, adolescents, vieillards par exemple). Le service militaire et le voyage de noce en sont deux exemples o&#249; la sexualit&#233;, et particuli&#232;rement la sexualit&#233; de la premi&#232;re fois, est renvoy&#233;e &#224; un ailleurs. Les h&#233;t&#233;rotopies de d&#233;viation concernent sont les lieux ont sont compartiment&#233;s les individus d&#233;viants d&#8217;une soci&#233;t&#233; (les fous, les vieillards). On voit que des chevauchements sont possibles puisque la m&#234;me h&#233;t&#233;rotopie (l&#8217;hospice pour les vieux) peut &#234;tre une h&#233;t&#233;rotopie de crise et de d&#233;viation. </p>
<p><strong>Second principe. Les h&#233;t&#233;rotopies peuvent avoir un fonctionnement variable en fonction du temps.</strong> Ainsi en est il du cimeti&#232;re dont l&#8217;emplacement dans la cit&#233;&#8211; de central puis p&#233;riph&#233;rique, sacr&#233; puis profane &#8211; suit repr&#233;sentations que l&#8217;on se fait du corps mort. Peu important tant que l&#8217;on croyait &#224; la r&#233;surrection, le tombeau devient de plus en plus investi et de plus en plus individualis&#233; au fur et &#224; mesure que l&#8217;ath&#233;isme progresse. Il devient la marque d&#8217;une angoisse existentielle car il est finalement &#171; la seule trace de notre existence parmi le monde et parmi les mots. &#187; </p>
<p><strong>Troisi&#232;me principe. Les h&#233;t&#233;rotopies peuvent juxtaposer plusieurs espaces incompatibles.</strong> Ainsi en est du cin&#233;ma qui anc&#234;tre plusieurs espaces : la bo&#238;te de la salle ou fond duquel est projet&#233; sur le plat de l&#8217;&#233;cran une image en deux dimension qui est per&#231;ue comme un espace a trois dimensions ; ou encore de ces jardins orientaux, microcosme d&#8217;un monde macroscopique. </p>
<p><strong>Quatri&#232;me principe. Les h&#233;t&#233;rotopies sont li&#233;es au temps, soit qu&#8217;elles l&#8217;accumulent,</strong> comme dans les mus&#233;es et biblioth&#232;ques soit qu&#8217;elles le dilapident dans le futile, le passager ou l&#8217;arbitraire. Qu&#8217;elles soient chroniques ou &#233;ternitaires, la distinction n&#8217;est pas absolue et Foucault note que le futile du village de vacances de Djerba peut rejoindre la solennit&#233; du Mus&#233;e car dans l&#8217;un comme dans l&#8217;autre, &#171; c&#8217;est toute l&#8217;histoire de l&#8217;humanit&#233; qui remonte &#224; sa source comme dans une sorte de grand savoir imm&#233;diat. &#187; </p>
<p><strong>Cinqui&#232;me principe. Les h&#233;t&#233;rotopies sont isol&#233;es et p&#233;n&#233;trables</strong>, c&#8217;est &#224; dire que l&#8217;on y acc&#232;de en fonction de certaines r&#232;gles, voire de certains rituels. Elles peuvent &#234;tre facilement accessible, mais l&#8217;espace qu&#8217;elles dessinent en exclut d&#8217;autres, comme dans ces chambres d&#8217;h&#244;te des maisons d&#8217;Am&#233;rique du Sud ouvertes &#224; tout visiteur mais ferm&#233;es au c&#339;ur de la maison ; elles sont ouvertes, mais sur l&#8217;ext&#233;rieur de sorte que son occupant de passage se trouve comme enferm&#233; dehors </p>
<p><strong>Sixi&#232;me principe. Les h&#233;t&#233;rotopies ont une fonction par rapport &#224; l&#8217;espace restant</strong>. Elles ont pour r&#244;le de &#171; cr&#233;er un espace d&#8217;illusion qui d&#233;nonce encore plus illusoire encore tout l&#8217;espace r&#233;el, tous les emplacements &#224; l&#8217;int&#233;rieur desquels la vie humaine est cloisonn&#233;e &#187; Ou, r&#233;alisant une utopie, elles compensent notre mode en cr&#233;ant &#171; un autre espace, un autre espace r&#233;el, aussi parfais, aussi m&#233;ticuleux, aussi bien arrang&#233; que le notre est d&#233;sordonn&#233;, mal agenc&#233; et brouillon &#187; </p>
<p>&#160;</p>
<p>Internet est un espace. C&#8217;est, si l&#8217;on pr&#234;te attention aux mots, un espace plat, sans profondeur : on va sur tel site, les fichiers se trouvent sur tel serveur ftp. Il est double &#8211; et l&#224; nous rejoignons M. CIVIN qui en appelait &#224; Janus pour rendre compte des aspects contradictoires du r&#233;seau avec une face positive et une face n&#233;gative. Cette dualit&#233;, nous la voyons &#224; l&#8217;&#339;uvre non pas dans les qualit&#233;s que l&#8217;on peut lui trouver, qui somme toute sont fonction des normes et valeurs d&#8217;une soci&#233;t&#233; &#224; une &#233;poque, mais dans son &#233;paisseur m&#234;me Il est r&#233;el : les machines interconnect&#233;es, les fichiers qui s&#8217;y &#233;changent existent &#8211; et il est aussi ce que nos perceptions et nos repr&#233;sentations produisent : ce que l&#8217;on appelle cyberspace. </p>
<p>Internet est un espace autre. On le sent d&#232;s l&#8217;instant o&#249; l&#8217;on tente de le qualifier. Le mot &#171; virtuel &#187; qui vient rapidement, n&#8217;est pas satisfaisant si l&#8217;on a en t&#234;te les relations qui se nouent sur le r&#233;seau, qui vont de l&#8217;amour &#224; la haine, avec toute la gamme d&#8217;&#233;motions possibles. Pour qui a v&#233;cu l&#8217;attente anxieuse d&#8217;un mail, la jubilation de voir son &#233;quipe gagner une partie lors d&#8217;un jeu, l&#8217;excitation &#224; la lecture de certaines pages, &#233;prouv&#233; un plaisir esth&#233;tique &#224; la vision d&#8217;un beau mouvement tactique, la sensation de retrouver un groupe sur certains forums de discussion, celui-l&#224;, assur&#233;ment, trouvera le mot &#171; virtuel &#187; insatisfaisant. </p>
<p>Internet impose de r&#233;fl&#233;chir sur que ce nous appelions jusque l&#224; sans trop y penser &#171; la r&#233;alit&#233; &#187;. En cela, il est une h&#233;t&#233;rotopie car il d&#233;signe, refl&#232;te, r&#233;fl&#233;chit &#8211; pour rester dans les mots de Foucault &#8211; les rapports que nous avons avec les choses, avec le temps, avec les gens. La notion d&#8217;h&#233;t&#233;rotopie est l&#224; pr&#233;cieuse pour qui veut comprendre le fonctionnement d&#8217;Internet. Elle permet de saisir le miroir qu&#8217;Internet nous tend, de prendre en compte et de d&#233;passer ses aspects antinomiques : Internet carrefour de cr&#233;ation ou appendice des perversions ? Espace de libert&#233; ou d&#8217;oppression ? De rencontre de l&#8217;autre ou trajectoire des narcissismes ? </p>
<p>Internet r&#233;alise tout &#224; la fois l&#8217;utopie d&#8217;une communaut&#233; &#233;galitaire et soucieuse d&#8217;&#233;changer ses connaissances, et ses limites : pour y participer, il faut poss&#233;der un ordinateur, avoir acc&#232;s &#224; Internet, et savoir lire, ce qui exclut pas mal de monde. Les espaces s&#8217;y juxtaposent et les limites entre ce qui rel&#232;ve de la sph&#232;re priv&#233;e et ce qui rel&#232;ve du travail ou du travail et du plaisir tendent &#224; s&#8217;effacer. Ainsi, dans les start-up, on dormait au travail, et on travaillait &#224; la maison, puisque ce n&#8217;&#233;tait pas du travail mais que l&#8217;on participait &#224; une aventure exaltante. Les divers proc&#232;s opposant employeurs et employ&#233;s pour savoir si les premiers pouvaient lire les mails des second ou encore si l&#8217;on pouvait recevoir des mails priv&#233;s au bureau montrent &#233;galement que les limites priv&#233; &#8211; public ont &#233;t&#233; flout&#233;es. . Les blogs, journaux intimes qui s&#8217;extimisent sur le r&#233;seau en sont un autre exemple. </p>
<p>Il n&#8217;y a gu&#232;re qu&#8217;au principe relevant de la diachronie qu&#8217;Internet ne r&#233;pond pas, et ce sans doute du fait que le r&#233;seau est si jeune que l&#8217;on manque de recul. Mais pour ce qui est du reste, on trouve sans peine des illustrations qu&#8217;elles soient locales ou g&#233;n&#233;rales. L&#8217;h&#233;t&#233;rotopie de crise, dont Foucault semblait d&#233;plorer qu&#8217;elle &#233;tait dans nos soci&#233;t&#233;s en d&#233;clin trouve avec Internet une seconde jeunesse. Car o&#249;, si ce n&#8217;est dans ce nulle part, dans ce non lieu, les adolescents d&#8217;aujourd&#8217;hui rencontrent il la chose sexuelle ? Ils le font sous son aspect le plus brutal et parfois m&#234;me le plus pervers ce qui n&#8217;est pas alors sans provoquer quelques traumatismes. Ils peuvent le faire aussi sous un aspect plus temp&#233;r&#233;, dans les chats ou avec les messageries instantan&#233;es avec lesquels ils se d&#233;couvrent des audaces qu&#8217;ils ne se connaissaient pas lorsque le corps de l&#8217;autre s&#8217;&#233;clipse. Il est un autre aspect du r&#233;seau, que l&#8217;on groupe g&#233;n&#233;ralement assez rapidement sous le terme de communautarisme mais qui nous semble relever de l&#8217;h&#233;t&#233;rotopie de d&#233;viance. On serait m&#234;me tent&#233; de faire d&#8217;Internet l&#8217;h&#233;t&#233;rotopie de d&#233;viance par excellence. Les perversions sexuelles n&#8217;y trouvent elle pas un lieu ou se r&#233;fugier et o&#249; s&#8217;afficher ? Ca en est &#224; un tel point que non seulement le r&#233;seau s&#8217;est invent&#233; sa propre d&#233;linquance&#160; avec les hackers, les trolls, les virus, les spammers, mais qu&#8217;il contribue &#224; modifier la notion de d&#233;linquance elle m&#234;me&#8230; Ainsi, sur les serveurs de jeu FPS anglophones, lorsqu&#8217;un joueur a &#233;limin&#233; tous les joueurs de l&#8217;&#233;quipe adverse, il peut &#234;tre fier de dire : &#171; i rape them all [2] &#187; </p>
<p>[Sans aller jusqu&#8217;aux aspects les plus pervers ou d&#233;lictuels du r&#233;seau qui font r&#233;guli&#232;rement la une des journaux, on peut remarquer que l&#224; aussi, les minorit&#233;s tendent &#224; se regrouper. Mieux encore, il n&#8217;est pas, sur Internet, un int&#233;r&#234;t, une id&#233;e, un d&#233;sir, un id&#233;al, qui ne se cherche un correspondant, un alter-&#233;go] </p>
<p>La juxtaposition des espaces est la texture m&#234;me d&#8217;Internet : sur une m&#234;me page, on peut trouver des liens vers des serveurs ftp, des chats, ou d&#8217;autres pages hypertexte. A cet espace se superpose celui du cyberspace, qui est l&#8217;espace psychique correspondant &#224; Internet, la repr&#233;sentation que l&#8217;on se construit du r&#233;seau. Internet m&#233;lange les espaces, les subverti,m&#234;me, &#224; tel point que nos constructions habituelles vacillent. Ainsi, le bureau est le point de d&#233;part de tout internaute. C&#8217;est de l&#224; qu&#8217;il lance des applications qui sont autant de fen&#234;tres sur d&#8217;autres mondes : un traitement de texte, un jeu, un logiciel de dessin ne provoquent pas les m&#234;me r&#234;veries. D&#8217;autres mondes : le monde interne de l&#8217;internaute, mais tout aussi bien celui d&#8217;autres internautes qu&#8217;il croisera. D&#8217;autres mondes : c&#8217;est aussi ce que l&#8217;on appelle r&#233;alit&#233; qui devient un autre monde. Car si la fen&#234;tre lumineuse de mon &#233;cran est mon bureau, si de l&#224; je manipule des fichiers bien r&#233;els, comment appeler l&#8217;objet sur lequel repose mon ordinateur ? </p>
<p>Qui s&#8217;est initi&#233; &#224; Internet par le haut d&#233;bit et sa connexion permanente ignore tout du petit rituel qui pr&#233;c&#233;dait la connexion : le d&#233;marrage de la machine, le double clic pour ouvrir la connexion Internet, la nerveuse m&#233;lodie du modem qui compose le num&#233;ro du Fournisseur d&#8217;Acc&#232;s &#224; Internet, le crachouillis , les deux bips finaux, le silence et enfin l&#8217;ic&#244;ne signalant la connexion. Mais m&#234;me pour qui est connect&#233;, il est encore un syst&#232;me de droits qui limitent son acc&#232;s &#224; certaines ressources, quand ce n&#8217;est pas simplement l&#8217;ignorance qui lui font m&#233;conna&#238;tre des aspects du r&#233;seau. Ainsi, on peut &#234;tre &#224; la fois dedans, et dehors et l&#8217;on peut faire varier les combinaisons et les mettre en ab&#238;me en y int&#233;grant l&#8217;espace r&#233;el. </p>
<p>L&#8217;Internet se pr&#234;tre particuli&#232;rement &#224; &#234;tre une sorte de d&#233;p&#244;t du temps. Les pages qui y sont d&#233;pos&#233;es, les objets qui s&#8217;y trouvent, ne vieillissent pas. Ils existent ou pas et ne connaissent pas d&#8217;autre &#233;tat. Exister, c&#8217;est avoir une adresse sur le r&#233;seau, &#234;tre joignable (cf. la fameuse erreur 404). A cot&#233; de cet Internet qui se pr&#233;sente comme atemporel et encyclop&#233;dique, d&#233;p&#244;t du savoir humain, on trouve des lieux de l&#8217;&#233;ph&#233;m&#232;re. Ce sont les chats, ou une discussion n&#8217;est gard&#233;e en m&#233;moire que pendant quelques minutes. La course du temps, son caract&#232;re absolu, le chatteur en fait l&#8217;&#233;preuve lorsque, Sisyphe num&#233;rique, il tente de remonter le fil de la discussion tandis que les autres chatteurs d&#233;versent sans discontinuer leurs flots de mots. Bient&#244;t, il renonce et apprend &#224; r&#233;pondre dans l&#8217;instant, ou &#224; ne pas r&#233;pondre. Il est une autre h&#233;t&#233;rotopie qui a la particularit&#233; suppl&#233;mentaire de s&#8217;exporter dans ces espaces que l&#8217;on appellera, faute d&#8217;un meilleur terme pour l&#8217;instant, l&#8217;espace ordinaire. Il s&#8217;agit des flash mob c&#8217;est-&#224;-dire d&#8217;un attroupement soudain et &#233;ph&#233;m&#232;re d&#8217;un grand nombre de personnes qui font quelque chose d&#8217;absurde ou de grotesque dans un espace public. La premi&#232;re a eu lieu en Juin 2003, &#224; New York o&#249; 150 personnes se rassemblent devant un tapis persan et expliquent au vendeur qu&#8217;ils cherchent un &#171; tapis de l&#8217;amour &#187; pour leur loft. Le ph&#233;nom&#232;ne s&#8217;est ensuite &#233;tendu &#224; d&#8217;autres villes am&#233;ricaines puis europ&#233;ennes. A Rome, en juillet de la m&#234;me ann&#233;e, plusieurs centaines de personnes demandent dans un magasin un livre inexistant, en Ao&#251;t, deux cent londoniens s&#8217;extasient devant la marchandise d&#8217;un magasin de canap&#233;s, &#224; Paris, dans le hall du Louvre, une centaine de personne s&#8217;&#233;croulent sur le marbre. Le sc&#233;nario est toujours le m&#234;me : apparition soudaine, action &#233;trange et disparition. Elle emprunte beaucoup &#224; l&#8217;imaginaire des jeux vid&#233;os. Sur Internet, ou lors d&#8217;une partie solo, lorsque le personnage dirig&#233; par le joueur meurt, il r&#233;appara&#238;t &#224; des spawn points, litt&#233;ralement lieux de ponte. Voir un ou plusieurs personnages appara&#238;tre &#224; un de ces points a toujours quelque chose de grotesque. Les flash mob r&#233;alisent cet imaginaire : la r&#233;alit&#233; semble pr&#233;cipiter d&#8217;un seul coup un groupe et le r&#233;absorber ensuite tout aussi magiquement. Le grotesque, ici per&#231;u, l&#224; r&#233;alis&#233;, vient de la fili&#232;re anale qui apparaissent dans les th&#232;mes d&#8217;apparition &#8211; disparition, de ponte ou encore dans les connotations du mot &#171; mob &#187; : populace, mafia. </p>
<p>Curieux effet de retour de l&#8217;Internet ou l&#8217;on se d&#233;couvre comme d&#233;chet, merde, pondu par une r&#233;alit&#233; sociale qui est de plus en plus dure, apparaissant au gr&#233; d&#8217;on ne sait quel d&#233;sir, pour se livrer &#224; un pantomime de relations sociales o&#249; le sens se cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment, avant d&#8217;&#234;tre englouti, r&#233;absorb&#233; &#8211; on pense &#224; red&#233;ploy&#233;, recycl&#233; [&#8230;] tous les mots de la &#171; gestion humaine &#187; qui ne servent qu&#8217;a masquer la casse que pr&#233;cis&#233;ment toute gestion de l&#8217;humain ne manque pas de provoquer. Voila ce qu&#8217;Internet et ses utopies r&#233;alis&#233;es compensent tout en ayant une fonction d&#8217;illusion d&#233;non&#231;ant l&#8217;espace ordinaire. </p>
<p>&#160;</p>
<p>[1] La d&#233;finition du Federal Networking Council est la suivante : Internet correspond au syst&#232;me d&#8217;information global qui&#160; est logiquement&#160; interconnect&#233; par un espace d&#8217;adresses uniques bas&#233;es sur le protocole IP (Internet Protocol) ou ses extensions ult&#233;rieures&#160; supporte les communications utilisant le protocole TCP/IP ou ses extensions ou suites ult&#233;rieures et /ou autres protocoles compatibles IP fournit, utilise, ou rend accessible, de fa&#231;on priv&#233;e ou publique, des services de haut niveau bas&#233;s sur la communication et faisant appel a l&#8217;infrastructure d&#233;crite ci dessus </p>
<p>[2]Je les ai tous viol&#233;s.</p>
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		<title>La surveillance participative d&#8217;Anders Albrechtslund</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Oct 2008 10:00:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yann Leroux</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160;First Monday a consacré tout un numéro au Web 2.0 : Critical Perspectives on Web 2.0. Le numéro explore les mythes du Web 2.0. &#160; Anders Albrechtslund&#160;développe dans &#160;Online Social Networking as Participatory Surveillance&#160;le concept de surveillance participative. Il rappelle que le cyberspace est un espace de socialisation. Cette socialisation se fait en mêlant l&#8217;espace [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tweetmeme_button" style="float: right; margin-left: 10px;">
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			</a>
		</div>
<p align="justify">&nbsp;First Monday a consacré tout un numéro au Web 2.0 : <a href="http://www.uic.edu/htbin/cgiwrap/bin/ojs/index.php/fm/issue/view/263/showToc" target="_blank">Critical Perspectives on Web 2.0</a>. Le numéro explore les mythes  du Web 2.0.</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify"><strong>Anders Albrechtslund</strong>&nbsp;développe dans &nbsp;<a href="http://www.uic.edu/htbin/cgiwrap/bin/ojs/index.php/fm/article/view/2142/1949" target="_blank">Online Social Networking as Participatory Surveillance</a>&nbsp;le  concept de surveillance participative. Il rappelle que le cyberspace est un  espace de socialisation. Cette socialisation se fait en mêlant l&#8217;espace enligne  et l&#8217;espace hors ligne par les pratiques de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9otag" target="_blank">geotagging</a>.  L&#8217;alliance du web et ede la téléphonie mobile a donné naissance au <a href="http://www.opossum.ca/guitef/archives/003529.html" target="_blank">Mobile  Social Software</a> qui offre un espace intermédiaire entre le cyberspace et  l&#8217;espace géographique. Des services comme <a href="http://www.plazes.com/" target="_blank">Plazes</a>&nbsp;ou <a href="http://www.qype.fr/" target="_blank">Qype</a>&nbsp;sont maintenant devenus si banaux que le mode d&#8217;emploi  n&#8217;est même plus explicité</p>
<div align="justify">
<blockquote>
<p>&laquo;&nbsp;online social networking is not only online&nbsp;&raquo;</p>
</blockquote></div>
<p align="justify">La vie sociale de ces sites déborde largement du monde en ligne. Et le monde  hors ligne empiéte largement sur le monde&nbsp;en ligne. Aujourd&#8217;hui, il n&#8217;est plus  possible de les&nbsp;distinguer clairement. Par exemple, les membres de  Qype.fr&nbsp;créent <a href="http://www.qype.fr/events/199116-soiree-QYPE-kikekoidonou-social-club-Paris" target="_blank">des réunions</a> dans l&#8217;espace géographique alors que le site  n&#8217;était pas à l&#8217;orgine fait pour cela.</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify"><strong></strong>&nbsp;</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify"><strong>Amitiés éternelles</strong></p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">Dans un texte célèbre, Dana Boyd (Boyd, 2007a) a donné les caractéristiques  de la socialisation en ligne : elle est persistante, questionnable, réplicable  et une part de l&#8217;audience est invisible (1). La vie sociale en ligne est  persistante, parce chaque échange, chaque événement, chaque modification est  enregistrée et conservée par les serveurs (2). Elle est questionnable, parce  qu&#8217;elle peut faire l&#8217;objet de requête de la part du moteur de recherche du  réseau social ou de moteurs de recherche externes. Elle est réplicable car ce  qu&#8217;elle peut être déplacée dans des contextes qui n&#8217;ont plus rien à voir avec  son contexte naturel. Enfin, elle concerne une audience qui est en partie  invisible parce qu&#8217;elle concerne un public beaucoup plus large que celui auquel  il est consciemment adressé. Ces quatre caractérisques font que les réseaux  d&#8217;amis qui sont construits sur Internet sont &laquo;&nbsp;éternel&nbsp;&raquo; ou&nbsp; plus exactement  existent au delà du contrôle des personnes concernées. Les interactions sont  décontextualisées</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">La fusion de l&#8217;espace géographique et du cyberespace produit pour Anders  trois séries de phénomènes</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify"><strong>1.</strong> La vie en ligne nous met en contact avec des éléments de  la vie des autres, jusque parfois des éléments qu&#8217;ils voudraient voir rester  privés. Cela fait du cyberespace un espace rêvé pour toute fureteur&nbsp; qui cherche  à collecter des informations : personnes, entreprises, états ont&nbsp; rassemblées en  un seul lieu des informations qui sont par ailleurs facilement collectables.  Anders Albrechtslund fait ici référence a la notion de <a href="http://pacific.commerce.ubc.ca/kbe/lyon_surveillance.pdf" target="_blank">contener fuyant</a> de <strong>David Lyons</strong> : les  informations fuient de différents secteurs de la société avec comme résultat que  des informations de contexte différents se retrouvent mélangées plutôt que  maintenues séparément.</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify"><strong>2.</strong> Une des conséquences de la vie sociale en ligne est la  création de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Panique_morale" target="_blank">paniques morales</a>. La facilité avec laquelle des informations  personnelles peuvent être disponibles suscite des craintes récurrentes.La  nécessité de protéger les plus jeunes de prédateurs en ligne qui hanteraient les  réseaux sociaux est souvent mis en&nbsp;avant. Aux USA, elle a conduit a DOPA act qui  interdit les réseaux sociaux dans les espaces publics comme les bibliothéques.  </p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify"><strong>3.</strong> Dans le même genre d&#8217;idées, il est souvent avancé que ce  qui est déposé aujourd&#8217;hui en ligne pourrait être nuisible demain. Par exemple,  les images déposées sur un compte facebook ou myspace qui étaient pleines de  sens au moment des études peuvent devenir au moment de la recherche d&#8217;un emploi  des inconvénients. Or, du fait même des caractéristiques de ces espaces, une  fois qu&#8217;un contenu est introduit dans le réseau, plus personne n&#8217;en a la  maîtrise. Anders Albrechtslund&nbsp; rapporte les propos de <a href="http://chronicle.com/jobs/news/2005/07/2005070801c.htm" target="_blank">Ivan  Tribble</a> qui raconte que l&#8217;admission d&#8217;un blogger dans une équipe a pour  effet de l&#8217;insécuriser parce que chacun craint que les affaires internes se  retrouvent sur Internet. Il rapporte également comment un blogeur s&#8217;est retrouvé  dans une situation délicate a cause du compliment d&#8217;un autre blogeur qui a ainsi  involontairement dévolé qu&#8217;il avait menti sur son CV.A cela Dana Boyd répond que  la vie en ligne est une histoire de génération et que les employeurs et les  recruteurs de demain auront eux aussi passé leur jeunesse sur Facebook et  Myspace. </p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify"><strong>L&#8217;insistance du panopticon</strong></p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">Pour rendre compte du fait social en ligne, <strong>Anders  Albrechtslund</strong>&nbsp; en appelle à Michel Foucaul (1975) : Surveiller et punir  : Naissance de la prison. Le panopticon que Michel Foucault reprend de Bentham  pour rendre compte de l&#8217;intériorisation de la violence étatique par chaque  individu est aussi une image constante dans les textes qui analysent l&#8217;Internet.  On a parlé de panopticon électronique (Lyon, 1994), de superpanopticon (Poster,  1990, 1996) et même d&#8217;un au-delà du panopticon (Lyon, 2006). Mais pour  <strong>Anders Albrechtslund</strong>&nbsp;, le panopticon insiste et il est un cadre  de référence solide pour l&#8217;analyse de la vie sociale en ligne.</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">Pour mémoire, Jeremy Bentham avait imaginé un dispositif de surveillance  circulaire dans lequel un gardien pouvait surveiller un multitude de  prisonniers. Michel Foucault a fait de ce&nbsp;dispositif est caractéristique du  passage de la force et de la violence publique dans la sphère privée.</p>
<div align="justify">
<blockquote>
<p>«&nbsp;Le schéma panoptique est une intensificateur pour n’importe quel appareil  de pouvoir&nbsp;: il en assure l’économie (en matériel, en personnel, en temps)&nbsp;; il  assure l’efficacité par son caractère préventif, son fonctionnement continu et  ses mécanismes automatiques.&nbsp;» FOUCAULT M., Surveiller et punir, Gallimard, &nbsp; p.  240</p>
</blockquote></div>
<p align="justify">Avec Internet, le panoptisme trouve un dispositif ad-hoc Ainsi, Marc  Andrejvevic a pu parler de surveillance latérale. Ce ne sont plus&nbsp;des agents de  l&#8217;état qui sont chargé de la surveillance des biens et des personnes, mais  l&#8217;homme banal qui surveille l&#8217;homme banal. Par exemple, c&#8217;est banalement que  nous entendons des hauts parleurs nous distiller des conseils de prudence et  nous inviter à signaler tout objet suspects dans les halls de gare ou  d&#8217;aéroports</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">De ce point de vue, nous sommes entrés avec Internet dans une société  disciplinaire totale. </p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify"><strong>Anders Albrechtslund</strong>&nbsp; introduit un point de vue nouveau en  rappellant que le terme de surveiller a aussi le sens de &laquo;&nbsp;veiller sur&nbsp;&raquo;. La  surveillance est pour lui participative : c&#8217;est une pratique qui participe aussi  de la construction de la sujectivité et du sens dans le(s) monde(s) dans  le(s)quel(s) nous vivons. là ou le panoptisme foucaldien réduirait, voire  détruirait les subjectivités, le panoptisme participatif contribuerait à  construire nos subjectivités</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">&nbsp;Michel Foucault n&#8217;avait pas manqué de voir que le panoptisme était aussi un  dispositif de surveillance de pair à pair. Il remarque que dans la construction  de Bentham, si le surveillant central peut observer tous les prisonniers sans  qu&#8217;aucun ne se sente surveillé, lui aussi peut faire l&#8217;objet d&#8217;une surveillance  par tout autre personne qui n&#8217;est pas prisonnière et à son insu : le panopticon  fonctionne dans les deux sens. &nbsp;Avec Intenet, les choses fonctionnent un peu  différement. Il ne s&#8217;agit plus d&#8217;un qui surveille beaucoup (Bentham), ni de  l&#8217;intériorisation des disciplines par chacun (Foucault), mais de beaucoup qui  surveillent beaucoup. Notre surveillance s&#8217;étend au dela des personnes puisque  nous avons des systèmes de veille RSS et de notification par mail lorsqu&#8217;un  objet apparaît, lorsqu&#8217;un message est posté ou une réponse apportée. A cela, il  faut ajouter la contribution volontaire de chacun au dispositif de  surveillance.</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">Il faut bien reconnaître que les mondes en ligne ont des affinités avec les  totalitarisme. La tentation totalitaire se lit lorsque l&#8217;on apprend que <a href="http://blog.wired.com/27bstroke6/2008/02/nations-spies-w.html" target="_blank">des terroristes sont recherchés jusque dans World of Warcraft</a>,  ou lorsque <a href="http://www.pcinpact.com/s/LOPSI+2.htm" target="_blank">la loi  LOPSI 2</a> de transformer les FAI en espions de leurs clients, de permettre  l&#8217;utilisation de chevaux de Troie ou encore d&#8217;empêcher l&#8217;anonymat sur Internet.  Les caractéristiques que donne <strong>Dana Boyd</strong> de la vie en ligne  (persistante, questionnable, réplicable et une part de l&#8217;audience est invisible)  sont aussi des briques idéales pour la construction d&#8217;un monde totalitaire. Je  n&#8217;ai pas l&#8217;optimisme d&#8217;<strong>Anders Albrechtslund</strong> car on voit ici et  là des tentatives des états ou des grands groupes pour réduire les mondes  numériques. Par exemple, le fait que l&#8217;Estonie ait fait appel à l&#8217;ONU et à l&#8217;EU  en prétendant que <a href="http://yann.leroux.free.fr/?p=299" target="_blank">son  cyberespace était attaqué</a> tente de faire de l&#8217;Internet un espace  territorial. A l&#8217;autre bout du spectre, le fait que si peu de personnes quittent  twitter malgré les dysfonctionnement de ce service est une nouveauté notable.  Jusqu&#8217;a présent, rien, ou presque ne nous retenait. Les digiborigénes passaient  d&#8217;un service à l&#8217;autre sans aucun état d&#8217;ame. Notre attachement a Twitter montre  que certaines adhérances sont en train de se construire dans le cyberespace.  Enfin, nous avons construit de grands domaines comme Facebook, MySpace ou Google  dans lesquels nous concentrons beaucoup de nos vies sociales en . La conséquence  est que l&#8217;Internet devient de moins en moins un &laquo;&nbsp;non-lieu&nbsp;&raquo; au sens de <strong><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Aug%C3%A9" target="_blank">Marc  Augé</a></strong> et de plus en plus un autre lieu : lieu de valorisation des  espaces géographiques, sociaux ou individuels.</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify"><strong>Braconner pour échapper à la surveillance.</strong></p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">Les mondes numériques sont des mondes du 0 et du 1. Leur logique est toujours  <em>in fine </em>binaire et à ce titre ils se prêtent parfaitement au dispositif  disciplinaire tel que le définit Foucault : </p>
<div align="justify">
<blockquote>
<p>[un] espace clos, découpé, surveillé en tous ses points, où les individus  sont insérés en une place fixe, où les moindres mouvements sont contrôlés, où  tous les événements sont enregistrés, où un travail ininterrompu d’écriture  relie le centre et la périphérie, où le pouvoir s’exerce sans partage selon une  figure hiérarchique continue, où chaque individu est constamment repéré, examiné  et distribué entre les vivants, les malades et les morts – tout cela constitue  un modèle compact du dispositif disciplinaire. <strong>Michel Foucault,  Surveiller et Punir</strong></p>
</blockquote></div>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<div align="justify"> </div>
<p align="justify">De ce point de vue, les porosités des différents espaces dont parle  <strong>David Lyon</strong> me semblent davantage être des &laquo;&nbsp;tactiques&nbsp;&raquo;  (<strong>Michel de Certeau, l&#8217;Invention du quotidien</strong>) par lesquelles  chacun tente d&#8217;échapper à la place fixe ou le regard panoptique tente de  l&#8217;enfermer.</p>
<div align="justify">
<blockquote>
<p>j’appelle tactique l’action calculée que détermine l’absence d’un propre.  Alors aucune élimination de l’extériorité ne lui fournit la condition d’une  autonomie. La tactique n’a pour lieu que celui de l’autre. Aussi doit-elle jouer  avec le terrain qui lui est imposé tel que l’organise la loi d’une force  étrangère. Elle n’a pas le moyen de <i>se tenir </i>en elle-même, à distance,  dans une position de retrait, de prévision et de rassemblement de soi&nbsp;: elle est  mouvement «&nbsp;à l’intérieur du champ de vision de l’ennemi&nbsp;» comme le disait von  Bülow, et dans l’espace contrôlé par lui. Elle n’a donc pas la possibilité de se  donner un projet global ni de totaliser l’adversaire dans un espace distinct,  visible et objectivable. Elle fait du coup par coup. Elle profite des  «&nbsp;occasions&nbsp;» et en dépend, sans base ou stocker des bénéfices, augmenter un  propre et prévoir des sorties. Ce qu’elle gagne ne se garde pas. Ce non-lieu lui  permet sans doute la mobilité, mais dans une docilité aux aléas du temps, pour  saisir au vol les possibilités qu’offre un instant. Il lui faut utiliser,  vigilante, les failles que les conjonctures particulières ouvrent dans la  surveillance du pouvoir propriétaire. Elle y braconne. Elle y crée des  surprises. Il lui est possible d’être là ou on ne l’attend pas. Elle est ruse&nbsp;»  <strong>Michel de Certeau, L&#8217;invention du quotidien </strong>p.  61</p>
</blockquote></div>
<p align="justify">La ou l&#8217;Internet nous promet la conservation &laquo;&nbsp;à jamais&nbsp;&raquo; de nos traces, de nos  liens, de nos &laquo;&nbsp;amitiés&nbsp;&raquo;, là ou il nous promet la recherche précise, l&#8217;absence de  contrôle sur ce que nous produisons/déposons et l&#8217;incertitude des destinataires,  nous&nbsp; produisons des tactiques, des ruses, nous utilisons les occasions qui nous  sont données ; nous faisons &laquo;&nbsp;autre chose avec la même chose&nbsp;&raquo; : nous avons fait  de Usenet une zone de téléchargement, du weblog un dispositf d&#8217;écriture  collectif qui a donné la blogosphère, Usenet a été transformé en zone de  téléchargements&#8230; Ces pratiques, même si elles dépassent parfois la bornes de  la légalité, créent &laquo;&nbsp;de l&#8217;ombre et de l&#8217;équivoque&nbsp;&raquo; dans un espace qui au départ  ne le permettait pas. Ce sont les pendants en ligne des &laquo;&nbsp;figures cheminatoires&nbsp;&raquo;  que Michel de Certeau dressait pour l&#8217;espace géographique</p>
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