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	<title>Psy et Geek ;-) &#187; introjection</title>
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	<description>Psy &#38; Geek ;-) explore les mondes numériques</description>
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		<title>Psychologie de l&#8217;avatar</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Jan 2009 14:55:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yann Leroux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeux vidéos]]></category>
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		<description><![CDATA[Les processus et les fonctions psychologiques de l'avatar]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tweetmeme_button" style="float: right; margin-left: 10px;">
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			</a>
		</div>
<blockquote><p align="justify"><img alt="Anonymous" src="http://www.xtremesystems.org/forums/image.php?u=38183&amp;dateline=1161052915" align="left" /> Dans un texte qui a d&#233;ja 13 ans, <strong><a href="http://www-usr.rider.edu/~suler/psycyber/psyav.html" target="_blank">The Psychology of Avatars and Graphical Space in Multimedia Chat Communities</a> (mai 1996)</strong>, John Suler a donn&#233; quelques cl&#233;s de compr&#233;hension &#224; propos de l&#8217;usage des avatars. Son analyse se basait sur les avatars utilis&#233;s dans <strong>The Palace </strong>qui &#233;tait un chat graphique, mais elle reste toujours un point de d&#233;part solide pour qui veut s&#8217; aventurer sur ces questions.</p>
</blockquote>
<p align="justify">Les avatars fonctionnent comme le test projectif des t&#226;ches d&#8217;encre de Rorschach nous dit John Suler ; on peut y trouver des &#233;l&#233;ments de la vie consciente et inconsciente de chacun. Chaque avatar peut dire ce que l&#8217;on est, ce que l&#8217;on souhaite &#234;tre, ce que l&#8217;on aurait aim&#233; &#234;tre , ce que l&#8217;on redoute.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify"><strong>Les processus : projection, identification et d&#233;p&#244;t</strong></p>
<p align="justify">Contrairement &#224; ce que pensait John Suler, le m&#233;canisme sous jacent est plus celui du d&#233;p&#244;t des parts inconscientes de soi que la projection. La projection est d&#233;finie par l&#8217;op&#233;ration inconsciente selon laquelle <strong>&quot;le sujet expulse de soi et localise dans l&#8217;autre, personne ou chose, des qualit&#233;s, des sentiments, des d&#233;sirs, voire des &quot;objets&quot;, qu&#8217;il m&#233;connait ou refuse en lui&quot;&#160; </strong>(Vocabulaire de psychanlayse, 1988) Or, il arrive assez souvent que les personnes soient tout &#224; fait capables de dire &#224; quel d&#233;sir correspond leur avatar. Certains changement m&#234;me d&#8217;avatar en fonction de leur humeur du moment, faisant de ceux-ci des sortes de panneaux indicateurs de leur humeur.</p>
<p align="justify">L&#8217;identification &#224; deux versants. Le premier correspond &#224; l&#8217;action d&#8217;identifier au sens de reconna&#238;tre. Le second sens correspond &#224; l&#8217;acte par lequel un individu devient identique &#224; un autre. C&#8217;est alors le &quot;p<strong>rocessus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propri&#233;t&#233;, un attribut de l&#8217;autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le mod&#232;le de celui-ci</strong>&quot; (Vocabulaire de psychanalyse, 1988). L&#8217;avatar utilis&#233; en ligne est bien ce qui nous permet d&#8217;&#234;tre reconnu et diff&#233;renci&#233; des autres mais il n&#8217;est aucunement ce &#224; quoi la personne s&#8217;identifie. On ne devient pas son avatar, de m&#234;me que l&#8217;idenfication n&#8217;est pas au centre de l&#8217;activit&#233; vid&#233;o ludique (1)</p>
<p align="justify">L&#8217;avatar surtout un espace de <strong>d&#233;p&#244;t</strong>.&#160; Il est le support de cette s&#233;rie de m&#233;canismes qui consistent en une p&#233;riph&#233;risation d&#8217;une partie de soi. Ce qui est ainsi d&#233;pos&#233;, ce sont des fantasmes narcissiques, sexuels, ou agressif, des sensations ou des &#233;motions. Il s&#8217;agit bien de mettre &#224; l&#8217;ext&#233;rieur de soi, mais pas dans le sens d&#8217;une simple projection. Ce qui est ainsi d&#233;pos&#233;, est d&#233;pos&#233; avec le d&#233;sir inconscient d&#8217;une transformation. L&#8217;avatar est un <strong>conteneur</strong> : il contient, isole, diff&#233;rentie des parties du self. L&#8217;avatar est un espace de transformation. Pr&#233;cisons : la transformation en question n&#8217;est pas obligatoire. Elle passe par un travail psychique qu&#8217;il n&#8217;est pas toujours facile de faire</p>
<p align="justify">Le m&#233;canisme prinicipal de la mise en d&#233;pot est <strong>l&#8217;identification projective</strong>. Il a &#233;t&#233; d&#233;crit par Melanie Klein d&#8217;abord comme un processus pathologique (<i>Notes sur quelques m&#233;canismes schizo&#239;des</i>) puis comme processus constitutif de la personnalit&#233; (<i>L&#8217;identification</i> (1955), in Envie et gratitude et autres essai). En s&#8217;appuyant sur <em>Si j&#8217;&#233;ais vous, </em>le roman de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Julien_Green" target="_blank">Julien Green</a>, elle rend finement compte des actions que l&#8217;introjection et l&#8217;identification exercent l&#8217;un sur l&#8217;autre : on peut s&#8217;identifier &#224; ce qui a &#233;t&#233; introject&#233;; on projet&#233; ce qui a &#233;t&#233; pr&#233;alablement introject&#233;. Ainsi, lorsque Julien regarde sa montre pos&#233;e sur une table, qu&#8217;il en aime le tic-tac, qu&#8217;il pense a son p&#232;re qui la portait avant lui, et que toute la pi&#232;ce prend un air d&#8217;ordre et de s&#233;rieux, c&#8217;est parce que la montre repr&#233;sente le bon p&#232;re int&#233;rioris&#233; de Julien tandis que le tic-tac rappelle sa &quot;joyeuse vie&quot;</p>
<p align="justify">L&#8217;id&#233;e g&#233;n&#233;rale est que la projection n&#8217;est jamais faite a fonds perdus. Ce qui est projet&#233; doit &#234;tre, t&#244;t ou tard, r&#233;introject&#233; dans le moi</p>
<blockquote><p align="justify">&quot;Dans les Notes sur quelques m&#233;canismes schizoides, j&#8217;ai formul&#233; l&#8217;hypoth&#232;se suivante : la r&#233;introjection d&#8217;une partie projet&#233;e de soi implique l&#8217;int&#233;riorisation d&#8217;une partie de l&#8217;objet dans lequel la projection a eu lieu d&#8217;une partie qui peut &#234;tre, selon les fantasmes du patient, hostile, dangereuse, et &#233;minemment ind&#233;sirable. De plus, &#233;tant donn&#233; que la projection d&#8217;une partie de soi comprend la projection des objets internes, ceux-ci doivent &#234;tre r&#233;-introject&#233;s. Tout cela d&#233;termine la mesure dans laquelle les parties projet&#233;es de soi sont &#224; m&#234;me, dans l&#8217;esprit du patient, de conserver leur force a l&#8217;int&#233;rieur de l&#8217;objet o&#249; elles ont p&#233;n&#233;tr&#233;&quot; <strong>Klein M., 1955 : p. 180</strong></p>
</blockquote>
<p align="justify">On retrouve ces m&#234;me mouvements d&#8217;identifiation projective, de p&#233;riph&#233;risation (projection, excorporation) et ensuite d&#8217;introjection avec leurs consc&#233;quences en termes d&#8217;identification et de d&#233;sidentification.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">On peut distinguer le fonctions suivantes :</p>
<p align="justify">&#160;<strong>L&#8217;avatar soutient. </strong>L&#8217;avatar a une double fonction de soutient. Il est ce sur quoi nous nous appuyons pour trouver une repr&#233;sentation dans les mondes num&#233;riques.&#160; Par lui, nous sommes identifi&#233;s par d&#8217;autres. Il est aussi une mani&#232;re de renfoncer en soi des images int&#233;rieures.Par l&#224;, il est soutient du narcissime&#160; puisque chaque action que l&#8217;on fait en ligne est associ&#233;e a la belle image que l&#8217;on s&#8217;est donn&#233;. Il est aussi un lieu de renforcement des images et des positions de symbolisation ou de d&#233;symbolisation interrnes. </p>
<p align="justify"><strong></strong></p>
<p align="justify"><strong>L&#8217;avatar contient. </strong>L&#8217;avatar a une fonction de contenance. Il contient des &#233;l&#233;ments de la vie psychique consciente et inconsciente. Avec eux nous disons nos mouvements de d&#233;sir et de d&#233;go&#251;ts conscients. Nous disons nos appartenances.&#160; Mais ils contiennent &#233;galement des parts de notre vie inconsciente. Il contient au sens d&#8217;&#234;tre un espace dans lequel peuvent &#234;tre d&#233;charg&#233; des &#233;lements trop excitants ou douloureux. Il contient au sens d&#8217;&#234;tre <em>contener</em>, espace ferm&#233; dans lequel&#160; peuvent &#234;tre d&#233;pos&#233;s en toute s&#233;curit&#233; les &#233;l&#233;ments toxiques de la psych&#233;. Dans les cas les plus favorables, ces &#233;l&#233;ments seront aussi transform&#233;s. Cette mise en d&#233;p&#244;t permet de mieux comprendre l&#8217;utilisation d&#8217;avatar &quot;n&#233;gatifs&quot; rep&#233;r&#233;s par John Suler. L&#8217;avatar est une mani&#232;re de se pr&#233;senter aux autres, mais c&#8217;est aussi une fa&#231;on de se confronter a l&#8217;image que l&#8217;on s&#8217;est donn&#233;. Chaque message post&#233; sur un forum, chaque twitt, chaque mise a jour sur un r&#233;seau social confronte &#224; cette image. Cet insalable retour du m&#234;me participe beaucoup dans la dynamique psychologique sous-jacente de l&#8217;avatar. Il permet, petit &#224; petit, message apr&#232;s message, morceau apr&#232;s morceau, de r&#233;cup&#233;rer des parties du self &#233;pars</p>
<p align="justify"><strong>L&#8217;avatar prot&#233;ge. </strong>Il est le masque avec lequel on se pr&#233;sente &#224; d&#8217;autres. En ce sens, il se rapproche de la persona, le masque que l&#8217;on se donne pour entrer dans le th&#233;atre social. Il pr&#233;sente aux autres un visage public et tient &#224; &#224; l&#8217;&#233;cart du social les parts priv&#233;es, intimes, du self.</p>
<p><strong>L&#8217;avatar diff&#233;rencie. </strong>L&#8217;avatar est le lieu de la diff&#233;renciation et de l&#8217;individuation. Il permet l&#8217;identification rapide de chacun par les autres. Tous le spectre de la diff&#233;renciation est ici balay&#233;, de l&#8217;avatar extr&#234;mement typique sp&#233;cifique a une personne et ne pouvant &#234;tre port&#233; que par elle, jusqu&#8217;a l&#8217;avatar commun &#224; tous (Anonymous). D&#8217;un cot&#233;, l&#8217;avatar permet l&#8217;identification, de l&#8217;autre il permet la fusion de l&#8217;identit&#233; dans l&#8217;anonymat de la foule. D&#8217;un cot&#233; la plus grande diff&#233;renciation, de l&#8217;autre la plus grande indiff&#233;renciation.</p>
<p align="justify"><strong></strong></p>
<p align="justify"><strong>L&#8217;avatar est une m&#233;moire. </strong>Chaque avatar comm&#233;more pour son propri&#233;taire un moment. Cela peut &#234;tre simplement le moment ou la personne choisit l&#8217;image qui va la fonder aupr&#232;s des autres et d&#8217;elle m&#234;me. Mais cela peut aussi &#234;tre un moment anniversaire de sa biographie personnelle ou encore de son groupe d&#8217;appartenance. Certains anniversaires sont idiosyncrasiques : ils ne sont connus que de la personne et fonctionnent comme un secret que l&#8217;on donne a voir aux autres avec l&#8217;espoir ou la terreur de le voir deviner. D&#8217;autres sont d&#8217;embl&#233;e communautaires, et sont destin&#233;s &#224; &#234;tre partag&#233;s.</p>
<p align="justify"><strong></strong>&#160;<strong>L&#8217;avatar &#233;taye l&#8217;identit&#233;. </strong>Nous sommes nos avatars. Nous les choisissons ou nous acceptons ceux qui nous sont donn&#233;s. Nous les revendiquons comme n&#244;tres et nous les portons comme on peut porter des v&#234;tements. Nous en changeons au gr&#233; de nos humeurs et de nos besoins. L&#8217;avatar pour un r&#233;seau professionnel ne sera pas le m&#234;me que pour celui du xbox live , et l&#8217;on l&#8217;on changera d&#8217;avatar &#224; des moments cl&#233; d&#8217;une vie. Cela peut &#234;tre un mariage, la naissance d&#8217;un enfant, un changemement d&#8217;occupation.Nous disons avec eux nos peaux communes : nos appartenances&#160; l&#8217;appartenance a un clan, un groupe, une soci&#233;t&#233; ou a des communaut&#233;s de d&#233;sir (les fans de&#8230;) peuvent &#234;tre marqu&#233;s par des avatars. Les avantars sont des signes, des &#233;tendards et des drapeaux de nos diff&#233;rentes identit&#233;s.</p>
<p align="justify">
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		<title>L&#8217;identit&#233; dans tous ses &#233;tats</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Dec 2008 10:00:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yann Leroux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les explorateurs du web]]></category>
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			</a>
		</div>
<p align="justify">Nos identit&#233;s en ligne sont nos ambassades. Elles nous repr&#233;sentent dans des territoires &#233;trangers et nous attendons d&#8217;elles que leur souverainet&#233; soit &#224; la fois reconnue et respect&#233;e. Ces ambassades peuvent avoir des formes diverses. Elles peuvent &#234;tre le nom que l&#8217;on utilise sur Usenet ou sur une liste de diffusion. Cela peut aussi &#234;tre une image que l&#8217;on associe &#224; son identit&#233; en ligne. Cette identit&#233; est composite : certains &#233;l&#233;ments sont enti&#232;rement construits par l&#8217;utilisateur (nom, login, signature succession de caract&#232;res &#224; la droite du signe @), d&#8217;autres d&#233;pendent d&#8217;un tiers (adresse IP, suffixe de l&#8217;adresse email). Tous d&#233;pendent des sp&#233;cificit&#233;s des espaces en ligne consid&#233;r&#233;s : certaines listes de diffusion n&#8217;acceptent que le texte brut; certains noms peuvent &#234;tre interdits comme dans le MMO City of Heroes qui bannit tout joueur prenant le nom d&#8217;un super h&#233;ro existant.</p>
<p align="justify">L&#8217;identit&#233; en ligne ne se limite pas &#224; ces &#233;l&#233;ments. Le fond que l&#8217;on son mail, les couleurs et les caract&#232;res avec lesquelles on &#233;crit, leurs variations sont autant d&#8217;&#233;lements avec lesquels l&#8217;identit&#233; se dit et se transmet. Enfin, l&#8217;identit&#233; en ligne passe par les autres : leurs commentaires, leurs r&#233;ponses, leurs silences valident ou invalident</p>
<p align="justify">Je ne m&#8217;int&#233;resse ici qu&#8217;&#224; la partie sur laquelle l&#8217;utilisateur &#224; une libert&#233; totale. L&#8217;identit&#233; en ligne est alors le support et le contenant de tout un travail psychique. Ce travail est un travail de symbolisation qui aboutit &#224; l&#8217;&#233;largissement du Moi. Ce travail met en jeu <strong>l&#8217;environnement non-humain</strong>, comme l&#8217;ont montr&#233; <strong>Harold Searles</strong> (1986) et <strong>Serge Tisseron</strong> (1995). Pour ce dernier, le rapport aux objets met en jeu une&#160; double circulation entre le monde externe et le monde interne. Une premi&#232;re boucle est constitu&#233;e par projection dans le monde non-humain d&#8217;exp&#233;riences qui ne peuvent &#234;tre sur le moment suffisamment int&#233;gr&#233;es. D&#8217;une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le monde est prend la teinte de nos projections, et qu&#8217;il semble morne et triste lorsque l&#8217;on est d&#233;prim&#233;.&#160; Ces exp&#233;riences sont dans un second temps r&#233;install&#233;es &#224; l&#8217;int&#233;rieur de du psychisme par introjection. Cette r&#233;installation se fait par petites touches, banalement, au contact des objets qui ont &#233;t&#233; d&#233;positaires des projections : on se sentira plus beau dans ce v&#234;tement particulier; le contact de tel objet rassurera. Cette r&#233;installation d&#8217;exp&#233;riences pr&#233;alablement mises en d&#233;p&#244;t dans le monde ext&#233;rieur peut se faire sur plusieurs g&#233;n&#233;rations. Les enfants ou les petits enfants int&#233;riorisent alors ce qui ce qui &#233;tait rest&#233; en souffrance chez un parent ou un grand parent via un objet laiss&#233; en h&#233;ritage. Des &#233;motions, des pens&#233;es ou des fantasmes peuvent &#234;tre pris dans cette circulation psychique.</p>
<p align="justify">L&#8217;environnement humain joue bien entendu &#233;galement un r&#244;le. Il appara&#238;t dans la succession des identifications et des d&#233;sidentifications associ&#233;es aux usages que l&#8217;on a de l&#8217;objet. Mettre le costume de Robin des Bois, c&#8217;est aussi s&#8217;identifier &#224; Robin des Bois. Ce principe n&#8217;est pas limit&#233; &#224; l&#8217;enfance. Pour beaucoup, le costume professionel permet d&#8217;entrer dans le r&#244;le qui lui correspond. Il permet de s&#8217;identifier &#224; un personnage&#160; et d&#8217;incarner une fonction- cela peut &#234;tre une personne que l&#8217;on a connu ou un id&#233;al &#8211; et d&#8217;&#234;tre identifi&#233; comme tel par les autres. Les identifications fonctionnent &#233;galement au coeur de la relation que l&#8217;on a avec les objets. Ne pas se s&#233;parer d&#8217;un objet, c&#8217;est rejouer dans la relation avec cet objet la question d&#8217;une s&#233;paration qui s&#8217;est jou&#233; avec un autre. Mais c&#8217;est aussi se donner l&#8217;occasion de la rejouer diff&#233;rement puisque l&#8217;on peut &#234;tre alternativement celui qui se s&#233;pare et celui dont on se s&#233;pare.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">Ces m&#233;canismes existent &#233;galement pour les objets num&#233;riques en g&#233;n&#233;ral et pour les identit&#233;s en ligne en particulier. Le fait que les objets num&#233;riques soient facilement rempla&#231;ables parce que duplicables ne nous emp&#234;chent pas de les investir fortement. Certains ont besoin d&#8217;un environnement particulier pour pouvoir se sentir &#224; l&#8217;aise avec l&#8217;ordinateur. Cela va du r&#233;glage des pr&#233;f&#233;rences du navigateur a l&#8217; utilisation de logiciels sp&#233;cifiques. Bien &#233;videment, certains choix sont reli&#233;s &#224; des positions id&#233;ologiques &#8211; on est MAC ou PC, linux ou Window&#8230; &#8211; mais ces positions sont toujours aussi r&#233;f&#233;rables &#224; des &#233;l&#233;ments personnels . Avoir besoin de telle page d&#8217;accueil pour son navigateur Internet est par exemple en lien avec les accueils que l&#8217;on estime &#234;tre en droit de recevoir</p>
<p align="justify">&#160; </p>
<p align="justify"><strong>Identit&#233;s</strong></p>
<p align="justify">La fa&#231;on dont les identit&#233;s se disposent sur le r&#233;seau attir&#233; l&#8217;attention des observateurs. L&#8217;un des premiers d&#8217;entre eux a &#233;t&#233; John Suler qui a mis l&#8217;accent sur la &quot;labilit&#233;&quot; des idenit&#233;s en ligne. John Suler entend par l&#224; qu&#8217;il nous est facile de changer d&#8217;identit&#233; sur le r&#233;seau, puisque celle ci n&#8217;est plus attach&#233; &#224; des constantes physiologiques. Lisa Nakamura est all&#233; jusqu&#8217;a parler de &quot;tourisme identitaire&quot; pour d&#233;crire la fa&#231;on dont nous pouvons &quot;visiter&quot; d&#8217;autres identit&#233;. d&#8217;autres Soi. Mais ce sont surtout les &quot;Gender studies&quot; qui s&#8217;y sont int&#233;ress&#233;es de pr&#232;s : l&#8217;Internet semblait &#234;tre une sorte de gigantesque bac &#224; sable ou leurs les rapports entre l&#8217;identit&#233; et le corps pouvaient &#234;tre mis &#224; l&#8217;&#233;preuve.</p>
<p align="justify">Aujourd&#8217;hui, la tendance semble plut&#244;t &#234;tre invers&#233;e : chacun veille sur <em>son</em> identit&#233; en ligne. L&#224; o&#249; Suler observait un mouvement de diffraction, on note aujourd&#8217;hui une tendance &#224; la concentration. Les diff&#233;rents espaces d&#8217;&#233;criture sont per&#231;us comme des espaces de comp&#233;tition o&#249; inscrire son identit&#233; permet de r&#233;server son espace, et partant, son influence. Un outil comme <a href="http://usernamecheck.com/" target="_blank">usernamecheck.com</a> montre bien les besoins que nous avons de v&#233;rifier l&#8217;&#233;tat de disponibilit&#233; de notre identit&#233; en ligne.</p>
<p align="justify">Il s&#8217;agit l&#224; des deux faces d&#8217;un travail sur l&#8217;identit&#233; que les mondes en ligne permettent ou imposent. Le m&#233;canisme pr&#233;valent de ce travail est l&#8217;identification c&#8217;est &#224; dire le<strong> &quot;processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propri&#233;t&#233;, un attribut de l&#8217;autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le mod&#232;le de celui-ci&quot;</strong> (Laplanche et Pontalis, 1988). Cette identification comportent deux volets. Le premier est de &quot;reconna&#238;tre pour identique&quot;. Le second est l&#8217;acte par lequel on devient identique &#224; quelque d&#8217;autre. La psychanalyse s&#8217;est plus &#233;tendue sur le seconde sens du mot identification. Freud y voit le processus &#224; la base de la sympathie, de l&#8217;imitation et de la contagion mentale : <strong>&quot;l&#8217;identification n&#8217;est pas simple imitation, mais appropriation fond&#233;e sur la pr&#233;tention &#224; une &#233;tiologie commune; elle exprime un &quot;tout comme si&quot; et se rapporte &#224; un &#233;l&#233;ment commun qui demeure dans l&#8217;inconscient&quot;</strong> (Freud, 1900 : 115)</p>
<p align="justify">L&#8217;identification est un m&#233;canisme charni&#232;re. Elle est en jeu &#224; la fois dans ce que nous avons de plus singulier et de plus priv&#233;&#160; et dans le lien que nous avons avec l&#8217;autre (Ka&#235;s, Un singulier pluriel). Le travail de l&#8217;identit&#233; est ce qui nous permet de nous sentir jour apr&#232;s jour identiques &#224; nous m&#234;me. Il doit &#234;tre suffisament souple pour nous permettre des changements au fil du temps ou lorsque nous sommes confront&#233;s a des traumatismes sans que ces changements n&#8217;introduisent de trop grandes ruptures dans le sentiment de continuit&#233; d&#8217;exister. Identitiques &#224; nous m&#234;mes, nous le sommes aussi &#224; plusieurs autres : en chaque un, plusieurs identifications peuvent se cotoyer : <strong>&quot;le fait de l&#8217;identification autorise peut-&#234;tre un emploi <em>litt&#233;ral</em>&#160; de l&#8217;expression : pluralit&#233; des personnes psychiques&quot; </strong>(Freud, 1887,1902).</p>
<p align="justify">Ces deux versants du travail de l&#8217;identit&#233; se retrouvent dans nos usages en ligne. Lorsque nous utilisons diff&#233;rentes identit&#233;s en ligne, ou une identit&#233; en ligne diff&#233;rente de ce que nous nous sentons &#234;tre hors ligne, nous explorons les diff&#233;rentes identifications qui nous composent. Lorsque nous utilisons la m&#234;me identit&#233; en ligne dans des environnements diff&#233;rents, nous mettons &#224; l&#8217;&#233;preuve le sentiment de continuit&#233; de notre identit&#233;. Dans le premier cas, nous sentons les diff&#233;rentes parties qui nous composent, alors que dans le second nous nous vivons plut&#244;t comme uniques</p>
<p align="justify">C&#8217;est ainsi que l&#8217;on pourra changer sans que son identit&#233; en ligne ne change. Par exemple, garder le m&#234;me nom en ligne apr&#232;s un divorce, ou maintenir une photo li&#233;e &#224; un profil qui ne correspond plus &#224; ce que l&#8217;on est hors ligne. On pourra aussi avoir des identit&#233;s en ligne tr&#232;s diff&#233;rentes de son identit&#233; hors ligne&#160; que ces identit&#233;s soient dans des lieux diff&#233;rents (<a href="http://eu.wowarmory.com/search.xml?searchQuery=rastofire&amp;searchType=all" target="_blank">Rastofire</a> sur World of Warcraft, Lacan sur City of Heroes) ou dans le m&#234;me lieu (<a href="http://twitter.com/rastofire" target="_blank">Rastofire</a> ou <a href="http://twitter.com/yannleroux" target="_blank">yannleroux</a> sur Twitter). De premier cas, nous exp&#233;rimentons des changements d&#8217;identit&#233; sans changement d&#8217;apparence, et dans le second des changements d&#8217;apparence sans changement d&#8217;identit&#233;. </p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify"><strong>L&#8217;identit&#233; comme forme, comme contenu et sens.</strong></p>
<p align="justify">Nos identit&#233;s en ligne sont investies tant&#244;t comme des formes, tant&#244;t comme des contenus et du sens. </p>
<p align="justify">Le num&#233;rique est la derni&#232;re &#233;tape en date d&#8217;une &#233;volution qui a vu peu a peu les objets s&#8217;&#233;loigner du corps de l&#8217;homme : d&#8217;abord prolongement d&#8217;une de ses fonctions avec l&#8217;outil, puis automatisation de ces fonctions avec la machine, les objets sont maintenant d&#233;mat&#233;rialis&#233;s. Ils ne sont accessibles que dans un espace num&#233;rique avec des interfaces particuli&#232;res. Cela n&#8217;emp&#234;che pas que nous ayons avec eux les m&#234;me rapports que nous avons avec les objets en g&#233;n&#233;ral.</p>
<blockquote><p align="justify"><strong>&#171; Tous les objets sont &#224; la fois des supports de relation et de communication, des poteaux indicateurs de nos r&#234;ves, avou&#233;s ou secrets, et des outils pour nous assimiler le monde &#187; S</strong>. TISSERON, Comment l&#8217;esprit vient aux objets, Aubier, 1999, p. 22</p>
</blockquote>
<p align="justify">En ligne, nous faisons fonctionner de notre identit&#233; de deux fa&#231;ons. Nous pouvons choisir une identit&#233; diff&#233;rente pour chaque lieu ou d&#8217;avoir la m&#234;me identit&#233; dans des lieux diff&#233;rents. En d&#8217;autres termes, nous pouvons choisir de garder la m&#234;me forme pour plusieurs identit&#233;s, o&#249; garder la m&#234;me identit&#233; sous plusieurs formes. Ce capacit&#233; a &#233;t&#233; jusqu&#8217;&#224; pr&#233;sent interpr&#233;t&#233;e dans le sens d&#8217;une explorations des diff&#233;rentes parties du Self. Une autre interpr&#233;tation est possible. Ces jeux d&#8217;identit&#233; renvoient aux deux grandes fonctions de l&#8217;image inconsciente du corps telles que les a d&#233;finie Gisela Pankow</p>
<blockquote><p align="justify">&quot;<strong><em>La premi&#232;re fonction de l&#8217;image du corps</em> concerne uniquement sa structure en tant que forme ou <em>Gestalt,</em> c&#8217;est &#224; dire en tant que cette structure exprime un lien dynamique entre les parties et la totalit&#233;</strong> (&#8230;) <strong><em>La seconde fonction de l&#8217;image du corps</em>&#160; ne concerne plus la structure comme forme, mais comme contenu et sens. C&#8217;est ici que l&#8217;image comme repr&#233;sentation ou reproduction d&#8217;un objet, ou m&#234;me encore comme renvoi &#224; autre chose joue un r&#244;le consid&#233;rable</strong>&quot;&#160; Gisela Pankow, Structure familiale et psychose Flammarion<strong>,</strong> Champs, 2005 p. 27-28</p>
</blockquote>
<p align="justify">Comme <em>forme, </em>l&#8217;identit&#233; num&#233;rique autorise les changement d&#8217;apparence sans changement de d&#8217;identit&#233;, et les changements d&#8217;identit&#233; sans changement de forme. Il est possible d&#8217;avoir plusieurs avatars dans des mondes persistants et un compte peut &#234;tre partag&#233; par plusieurs personnes. Comme <em>contenu </em>et <em>sens, </em>ce qui est en cause, c&#8217;est moins la fonction contenante que le sens donn&#233; au contenu.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify"><strong>Identit&#233; comme support de m&#233;moire et d&#8217;oubli.</strong></p>
<p align="justify">Nous avons deux types de relations avec nos identit&#233;s en ligne. Celles ci peuvent &#234;tre des <strong>supports de m&#233;moire. </strong>Elles comm&#233;morent alors un &#233;v&#233;nement, heureux ou malheureux. L&#8217;identit&#233; rappellera alors une naissance, un lieu, une langue. Ce rappel peut &#234;tre manifeste dans sa forme et visible pour tous ou cach&#233; et connu du sujet seul. C&#8217;est le cas, par exemple, du mot de passe qui est souvent compos&#233; de dates anniversaires ou de lieux <em>que l&#8217;on ne peut pas oublier</em>.&#160; Elles peuvent aussi &#234;tre des <strong>supports d&#8217;oubli. </strong>L&#8217;identit&#233; en ligne est alors comme un placard dans lequel on enferme une id&#233;e, un affect, un souvenir avec lequel on ne souhaite plus &#234;tre en contact. Elle sont alors d&#233;sinvesties consciemment et parfois inconsciemment. L&#8217;important est moins l&#8217;objet &#8211; l&#8217;identit&#233; en ligne &#8211; que le processus &#8211; le d&#233;sinvestissement &#8211; dans lequel il est pris. Ce d&#233;sinvestissement est le signal que d&#8217;autres d&#233;sinvestissements sont possibles et/ou en cours. Il faut a ce propos remarquer que sur Internet, le d&#233;sinvestissement est tr&#232;s souvent pr&#233;f&#233;r&#233; &#224; la destruction d&#8217;un compte&#8230; un peu &#224; la mani&#232;re des inconscients individuels ou collectifs dans lesquels les contenus ne sont jamais d&#233;truits, mais r&#233;prim&#233;s, d&#233;plac&#233;s, refoul&#233;s ou forclos.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify"><strong>Conclusion</strong></p>
<p align="justify">De la m&#234;me fa&#231;on que les objets constituent des enveloppes pour l&#8217; identit&#233; de chacun (Tisseron, 1995), nos identit&#233;s en ligne constituent des supports d&#8217;inscription, de protection et de communication. Chaque pseudo, chaque adresse email, chaque &#233;l&#233;ment mis en ligne, dans sa forme comme dans son contenu, sont des occasions donn&#233;es pour un travail psychique qui va soit dans le sens d&#8217;une plus grande symbolisation. Il s&#8217;agit alors d&#8217;une introjection r&#233;ussie qui permet de mettre en mot et de partager avec un autre des &#233;l&#233;ments psychiques. Ce travail peut aussi rencontrer des avatar et &#234;tre mis, temporairement ou durablement entre parenth&#232;se. L&#8217;identit&#233; en ligne est alors une occasion de d&#233;p&#244;t &#8211; comme on se d&#233;barasse un moment d&#8217;un fardeau trop lourd pour soi &#8211; et le traitement de ce qui ne peut &#234;tre imm&#233;diatement en charge passe par des processus qui vont du non advenu au d&#233;ni en passant par la d&#233;n&#233;gation.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">
<img src="http://www.psyetgeek.com/?ak_action=api_record_view&id=392&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Symboliser avec des images numeriques</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Sep 2008 09:00:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yann Leroux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Mondes Numériques]]></category>
		<category><![CDATA[Thèse]]></category>
		<category><![CDATA[image]]></category>
		<category><![CDATA[introjection]]></category>
		<category><![CDATA[serge tisseron]]></category>
		<category><![CDATA[symbolisation]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans Le mystère de la chambre claire, Serge Tisseron introduit la question des images par quelques chiffres : en une année, ce sont deux milliards et demi de bobines de films qui sont vendues, soit quelques 75 milliard de gestes d&#8217; appuyer sur le déclencheur. Ces chiffres concernent la photographie argentique et il les intéressant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tweetmeme_button" style="float: right; margin-left: 10px;">
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				<img src="http://api.tweetmeme.com/imagebutton.gif?url=http%3A%2F%2Fwww.psyetgeek.com%2Fsymboliser-avec-des-images-numeriques&amp;source=yannleroux&amp;style=normal&amp;service=bit.ly&amp;b=2" height="61" width="50" /><br />
			</a>
		</div>
<p>Dans <strong>Le mystère de la chambre claire, </strong>Serge Tisseron<br />
introduit la question des images par quelques chiffres : en une année, ce sont<br />
deux milliards et demi de bobines de films qui sont vendues, soit quelques 75<br />
milliard de gestes d&#8217; appuyer sur le déclencheur. Ces chiffres concernent la<br />
photographie argentique et il les intéressant de les comparer avec la<br />
photographie numérique. Le site de partage de photos en ligne <a href="http://www.flickr.com/" target="_blank">flickr</a> a dépassé les deux<br />
milliards d&#8217; images en trois années d&#8217;existence (source : <a href="http://wheel.blogs.com/makingwebapps/2007/11/two-billionth-1.html" target="_blank">wheel.blogs.com</a>) et facebook comptait plus de 4 milliard<br />
d&#8217;images en 2007 selon <a href="http://www.techcrunch.com/2007/11/13/2-billion-photos-on-flickr/" target="_blank">techcrunch</a>. Nous sommes donc, quotidiennement, plongés dans un<br />
monde d&#8217;images que nous devons décripter, analyser et assimiler. Ce travail est<br />
pratiquement de tous les instants et concerne nos vies dans ses aspects<br />
professionnels ou privés. Nous constituons aujourd&#8217;hui des archives<br />
photographiques ou vidéos qui dépassent de loin ce que les albums photos<br />
pouvaient contenir. </p>
<p>Si, en l&#8217;espace de 170 ans la photographie a pris tant d&#8217; importance, c&#8217; est<br />
parce qu&#8217;elle sert de point au travail de pensée. Ce n&#8217;est pas tant la<br />
photographie qui est importante, que son usage : photographie, c&#8217;est <em>&laquo;&nbsp;tenter<br />
de s&#8217;appropprier le monde à travers chacun des gestes qui y contribuent&nbsp;&raquo;</em><br />
(Tisseron, Le mystère de la chambre jaune, 1996). En d&#8217;autres termes, la<br />
photographie contribue à l&#8217;introjection psychique du monde. Par<br />
<strong>introjection</strong>, Serge Tisseron entend le mécanisme psychologique<br />
par lequel on accepte au moins partiellement un événement pour peu à peu lui<br />
donner une place en soi avec toutes ses conséquences. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La photographie comme symbolisation</strong></p>
<p>Au moment ou nous faisons l&#8217;image, nous capturons un fragment de réalité pour<br />
l&#8217;assimiler plus tard ou pour la mettre de coté. On sait par exemple l&#8217;effet<br />
d&#8217;écran et de filtre qu&#8217;à l&#8217;appareil photographique pour les reporters de<br />
guerre. La photographie est ainsi un dépôt au sens d&#8217;une réserve. C&#8217;est<br />
l&#8217;endroit dans lequel on stocke des événements qui ne peuvent pas être assimilés<br />
sur le coup afin de le faire plus tard. C&#8217;est aussi l&#8217;endroit auquel on recourt<br />
lorsque l&#8217;on éprouve quelques réserves à l&#8217;égard de l&#8217;événement que l&#8217;on<br />
vécu.</p>
<p>La fabrique de l&#8217;image peut également être un temps de pouvoir sur les autres<br />
et sur le temps. Sur les autres parce qu&#8217;il est possible de demander au modèle<br />
d&#8217;avoir telle attitude ou même telle émotion. Sur le temps parce qu&#8217;il peut être<br />
gelé (&laquo;&nbsp;ne bougez plus !&nbsp;&raquo;) ou même remonté (&laquo;&nbsp;on va la refaire !&nbsp;&raquo;). Enfin, la<br />
prise de vue est l&#8217;occasion de toute une série de mouvements de rapprochement et<br />
d&#8217;éloignement qui permettent de trouver la bonne distance par rapport à l&#8217;objet.<br />
La question n&#8217;est pas seulement technique : être à la bonne distance, &laquo;&nbsp;faire le<br />
point&nbsp;&raquo; de façon à avoir une image nette, régler la profondeur de champ pour<br />
discriminer ce qui dans l&#8217;image sera net ou flou correspond aussi à des<br />
clarifications, des mises au points, des éloignements et des rapprochements en<br />
soi.</p>
<p>Après le temps de fabrication de l&#8217;image, vient son développement. Serge<br />
Tisseron insiste sur les significations que peuvent revêtir le choix de<br />
développer ou de ne pas développer un négatif. Choisir de le développer, c&#8217;est<br />
aussi choisir de laisser se développer en soi toute les composantes de l&#8217;<br />
expérience qui est liée à l&#8217;événement ou à l&#8217;objet qui a été photographié. C&#8217;est<br />
chosir de sortir de l&#8217;ombre, de la &laquo;&nbsp;réserve&nbsp;&raquo;, les résonances émotionnelles et<br />
fantasmatiques qui lui sont liées. Enfin, une fois développée, la photographie<br />
peut être emportée avec soi ou que l&#8217;on aille. Elle garanti ainsi la<br />
préservation du lien avec l&#8217;objet photographié : on l&#8217;a toujours sous la main,<br />
ce qui permet à la fois une certaine inséparation et des manipulations. L&#8217;image<br />
de l&#8217;être aimé est caressée, elle est&nbsp; lissée lorsque l&#8217;on souhaite que la<br />
relations soit sans plis, et froissée et jetée lorsque le lien est&nbsp; rompu</p>
<p>Enfin, montrée à d&#8217;autres que soi-même, l&#8217;image peut être discutée et<br />
commentée. L&#8217;événement ou l&#8217;objet photographié sort d&#8217;une pratique individuelle<br />
et privée et entre dans la sphère familiale ou même publique</p>
<p><strong></strong>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Images numériques et symbolisation</strong></p>
<p>Le <em>lifestreaming </em>qui était il y a une dizaine d&#8217;années une curiosité<br />
de laboratoire comme <a href="http://research.microsoft.com/barc/mediapresence/MyLifeBits.aspx" target="_blank">MyLifeBits</a> est aujourd&#8217;hui la portée de tous. Il nous est<br />
aujourd&#8217;hui possible de documenter nos vies dans tous leurs aspects. Mieux, par<br />
notre présence en ligne, en ajoutant ici une vidéo a nos favoris, en commentant<br />
là une photo, en écrivant plus loin un billet&#8230;., nous produisons des flux&nbsp; qui<br />
sont a la fois des traces de nos activités en ligne et nos <a href="http://www.psyetgeek.com/vienum%C3%A9rique" target="_blank">vies numériques</a>.<br />
J&#8217;y vois d&#8217;abord une tentative de contenance. Nos comptes en ligne sont nos<br />
annexes psychiques. Ce sont des espaces de dépôt dans lesquels nous pouvons<br />
stocker des contenus <em>et </em>les représentations et affects qui y sont liés.<br />
Ces espaces de dépôt sont d&#8217;abord des espaces de décantation. La vie en ligne<br />
peut être rapide, et les opérations qui doivent y être exécutés dépassent<br />
régulièrement nos capacités de traitement. Les choses à traiter sont donc mises<br />
momentanément de coté, avec l&#8217;espoir que l&#8217;on sera a un autre moment plus<br />
disponible pour y faire face. Mais ce sont aussi des espaces de transformation<br />
comme je vais essayer de le monter avec la photographie numérique </p>
<p>Cette documentation atteint des volumes incroyables. <a href="http://www.flickr.com/people/caterina/">Caterina Fake</a>, une des<br />
fondatrices de Flickr, a accumulé en ligne plus de 30 million d&#8217;images sur son<br />
compte. En dehors de ce cas particulier, comment expliquer que toute une<br />
génération poste des images sur des sites de partage, mette en ligne des vidéos,<br />
ceonversent sur seesmic ou 12seconds ou se produisent sur xxXXxx. ? Comment<br />
rendre compte d&#8217;un fait social si massif ? L&#8217;abaissement du coût de fabrication<br />
des images, la facilité avec laquelle il nous est possible d&#8217;en produite de<br />
nouvelles et de détruire les anciennes explique une partie des images que nous<br />
faisons. Mais il faut aussi prendre en compte les économies psychiques. Mon<br />
interprétation est que e la même façon que la photographie argentique permet (ou<br />
empêche) un travail d&#8217;assimilation des expériences du monde, les images<br />
numériques peuvent être des soutiens (ou des obstacles) au travail de<br />
symbolisation, cela sur le plan individuel et collectif.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La prise des images </strong>est une première façon d&#8217;assimilation.<br />
Les mécanismes sont ici les même que pour la photographie numérique : capture du<br />
moment, de l&#8217;objet, à des fins conservatoires. Ce qu&#8217;il faut conserver peut être<br />
l&#8217;événement ou l&#8217;objet (un anniversaire, un objet précieux&#8230;) ou le Soi parce<br />
que l&#8217;on est débordé par l&#8217;émotion du moment (un mariage, un cadavre&#8230;). Il est<br />
tout de même au moins deux différences. La saisie d&#8217;un Appareil Photo Numérique<br />
(APN) n&#8217;est pas la même que celle d&#8217;un appareil reflex. Aujourd&#8217;hui, la prise de<br />
vue se fait les deux yeux ouverts : il n&#8217;y a plus l&#8217;imaginaire du trou de<br />
serrure qui était lié à la visée par l&#8217;occulaire. Deuxièmement, avec les reflex<br />
ou les 6&#215;6 , la prise de la photographie passe par un moment de cécité qui<br />
correspondait au temps d&#8217;ouverture du diaphragme. Avec les APN, l&#8217;image prise<br />
est immédiatement présentée sur l&#8217;écran. Ce qui était une surface réceptrice se<br />
transforme en écran qui est ainsi un bref instant indisponible pour une nouvelle<br />
prise d&#8217; image. Autrement dit, la photographie numérique, dans le temps de sa<br />
fabrication, nous confronte a la question de la disponibilité. Il nous est aussi<br />
immédiatement possible de choisir de &laquo;&nbsp;conserver&nbsp;&raquo; ou de &laquo;&nbsp;supprimer&nbsp;&raquo; la nouvelle<br />
image &#8211; ou celles qui la précédent &#8211; sur l&#8217;APN c&#8217;est à dire d&#8217;entériner ou pas,<br />
immédiatement, le commencement de l&#8217;intériorisation de l&#8217;événement : rejeter une<br />
image, c&#8217;est refuser de l&#8217;inscrire en soi. L&#8217;accepter, c&#8217;est commencer à<br />
s&#8217;ouvrir à ses résonances fantasmatiques.</p>
<p>Si faire des images est une mesure du travail psychique auquel nous sommes<br />
convoqués, il faut bien constater que la charge de travail a augmenté pour tous.<br />
Partout, des images. Les écrans qui les transportent et contiennent se<br />
multiplient et modifient la fonction d&#8217;objets comme le téléphone portable.<br />
Partout, notre image est susceptible d&#8217;être captée par des appareils, que ce<br />
soient des dispositifs de surveillance, ou des appareils photographiques &laquo;&nbsp;amis&nbsp;&raquo;.<br />
Les plus jeunes enfants apprennent vite que leur image peut être capturée dans<br />
un téléphone portable, et qu&#8217;elle peut être rappelée à volonté : le stade du<br />
miroir s&#8217;y joue aussi sûrement qu&#8217;avec un miroir&#8230;argentique ! Il me semble que<br />
notre propension à faire des image tient aussi à cela : nous faisons des images<br />
des autres et de nous même de la même façon que nous . Le mécanisme<br />
psychologique sous-jacent est celui de l&#8217;identification à l&#8217;agresseur. Il ne<br />
s&#8217;oppose pas à l&#8217;introjection que Serge Tisseron donne comme clé de la<br />
photographie. Il la prépare. En nous mettant à la place de l&#8217;autre, il nous<br />
permet d&#8217;introjecter des éléments de la situation de départ en jouant sur les<br />
déplacements sujet &#8211; objet et activité &#8211; passivité</p>
<p><strong>La mise en ligne</strong> des images est seconde façon d&#8217;assimiler le<br />
monde. Mettre en ligne des images n&#8217;est pas tellement d&#8217;une preuve d&#8217;un<br />
fonctionnement narcissique par lequel chacun se plairait à voir sur Internet des<br />
images de lui-même. Peu de gens passent beaucoup de temps devant ce qu&#8217;ils ont<br />
mis en ligne ! Ce qui est en jeu ici est davantage une mise à distance de soi.<br />
Cette mise à distance permet de se re-présenter ce qui a été capturé par<br />
l&#8217;appareil photographique et de le voir non plus sur le petit écran du téléphone<br />
ou de l&#8217;APN mais en &laquo;&nbsp;grand&nbsp;&raquo; sur l&#8217;écran de l&#8217;ordinateur. . De la même façon<br />
qu&#8217;autrefois avec l&#8217;argentique, la prise de vue suffisait et le photographe<br />
n&#8217;éprouvait pas le besoin de développer les négatifs, aujourd&#8217;hui, les<br />
photographe n&#8217;éprouvent pas toujours le besoin de voir les photos qu&#8217;ils ont mis<br />
en ligne sur leurs comptes de partage d&#8217;images. La prise de vue ou la mise en<br />
ligne peuvent suffire.</p>
<p>La commande Envoyer-Recevoir que l&#8217;on retrouve sur nos ordinateurs et nos<br />
téléphones portables est une ligne de symbolisation possible . Envoyer une<br />
image, c&#8217;est la mettre ailleurs. On retrouve là la fonction de dépôt qui a été<br />
décrite plus haut mais avec les qualités du numérique. La photo numérique est<br />
insensible au temps qui passe. Tant que le fichier n&#8217;est pas altéré, l&#8217;image<br />
peut être restituée. Elle ne s&#8217;origine pas d&#8217;un négatif, et ne connaît donc pas<br />
la fragilité des commencements puisque dès sa création elle peut être copiée à<br />
l&#8217;infini et à l&#8217;identique.</p>
<p>Mettre en ligne une image, c&#8217;est aussi l&#8217;envoyer à <em>quelqu&#8217;un.<br />
</em>L&#8217;envoi est une adresse par laquelle nous signifions que nous attendons du<br />
destinataire qu&#8217;il fasse quelque chose de ce que nous lui envoyons. Les lignes<br />
d&#8217;interprétation sont ici nombreuses. L&#8217;autre est ici attendu comme étant celui<br />
qui est capable de transformer ce qu&#8217;il ne nous est pas encore possible de<br />
transformer par nous même, de la même façon qu&#8217;enfants, notre environnement a du<br />
transformer pour nous ce que nous vivions en le mettant en mots. L&#8217;envoi peut<br />
aussi être sous tendu en première intention consciente par des motivation<br />
beaucoup moins élévée. C&#8217;est le cas, par exemple du <a href="http://www.msn.co.uk/img/specials/portal/cyberbullying/cyberbullying_tall_revised3.pdf" target="_blank">cyberbullying</a> dont une des formes consiste en l&#8217;envoi d&#8217;images<br />
dont on sait ou imagine qu&#8217;elles vont choquer ou exciter celui qui les recçoit.<br />
Mais dans ce cas aussi, il s&#8217;agit au moins pour une part d&#8217;une attente de<br />
transformation. </p>
<p><strong>Le commentaire </strong>des images est enfin une autre façon de<br />
symboliser avec des images. Elle consiste à commenter, avec d&#8217;autres, quelque<br />
chose que l&#8217;on a sous les yeux. Le premier effet est celui de la sensation d&#8217;une<br />
co-présence, sensation d&#8217;autant plus forte que le rythme des commentaires est<br />
élevé. Le second effet est celui d&#8217;une cohésion groupale puisque l&#8217;image donne<br />
le sentiment d&#8217;un objet partagé</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La dynamique psychique attachée au numérique est la même que celle de<br />
la photographie argentique</strong></p>
<p>En conclusion, la dynamique psychique reste la même qu&#8217;il s&#8217;agisse de<br />
photographie numérique argentique. Dans les deux cas, nous sommes confrontés aux<br />
trois temps : faire; développer/conserver/détruire; montrer à soi même/aux<br />
autres avec leurs correspondances psychiques. Nous avons là les trois modes de<br />
symbolisation : sensori-affectivo-motrice, imagée et verbale. La façon de tenir<br />
l&#8217;appareil, le choix du cadrage qui découpe un morceau de la réalité, les<br />
mouvements d&#8217;approche et d&#8217;éloignement de l&#8217;objet à photographie sont une<br />
symbolisation sensori-motrice. L&#8217;image photographique est une symbolisation<br />
imagée, parce qu&#8217;elle nous permet de nous re-présenter un événement ou un objet.<br />
Cela permet de &laquo;&nbsp;voir&nbsp;&raquo; ce que nous n&#8217;avions pas vu&nbsp; parce que nous n&#8217;étions pas<br />
suffisament disponibles au moment de la prise de vue ou tout simplement parce<br />
que nous n&#8217;étions pas là. Enfin, la photographie permet de parler avec d&#8217;autres<br />
de ce qui a été photographié : c&#8217;est une symbolisation verbale. Elle est un bon<br />
médiateur pour les transmissions, qu&#8217;elles concernent les cercles familiaux ou<br />
des groupes plus larges</p>
<p>Le numérique supporte cependant une opération que ne connait pas l&#8217;argentique<br />
: l&#8217;édition. Mais ceci est une autre histoire&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* trace ou&#8230; empreinte ? Ce sera l&#8217;occasion d&#8217;une prochaine réflexion. </p>
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