Anonymous Dans un texte qui a déja 13 ans, The Psychology of Avatars and Graphical Space in Multimedia Chat Communities (mai 1996), John Suler a donné quelques clés de compréhension à propos de l’usage des avatars. Son analyse se basait sur les avatars utilisés dans The Palace qui était un chat graphique, mais elle reste toujours un point de départ solide pour qui veut s’ aventurer sur ces questions.

Les avatars fonctionnent comme le test projectif des tâches d’encre de Rorschach nous dit John Suler ; on peut y trouver des éléments de la vie consciente et inconsciente de chacun. Chaque avatar peut dire ce que l’on est, ce que l’on souhaite être, ce que l’on aurait aimé être , ce que l’on redoute.

 

 

Les processus : projection, identification et dépôt

Contrairement à ce que pensait John Suler, le mécanisme sous jacent est plus celui du dépôt des parts inconscientes de soi que la projection. La projection est définie par l’opération inconsciente selon laquelle "le sujet expulse de soi et localise dans l’autre, personne ou chose, des qualités, des sentiments, des désirs, voire des "objets", qu’il méconnait ou refuse en lui"  (Vocabulaire de psychanlayse, 1988) Or, il arrive assez souvent que les personnes soient tout à fait capables de dire à quel désir correspond leur avatar. Certains changement même d’avatar en fonction de leur humeur du moment, faisant de ceux-ci des sortes de panneaux indicateurs de leur humeur.

L’identification à deux versants. Le premier correspond à l’action d’identifier au sens de reconnaître. Le second sens correspond à l’acte par lequel un individu devient identique à un autre. C’est alors le "processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l’autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le modèle de celui-ci" (Vocabulaire de psychanalyse, 1988). L’avatar utilisé en ligne est bien ce qui nous permet d’être reconnu et différencié des autres mais il n’est aucunement ce à quoi la personne s’identifie. On ne devient pas son avatar, de même que l’idenfication n’est pas au centre de l’activité vidéo ludique (1)

L’avatar surtout un espace de dépôt.  Il est le support de cette série de mécanismes qui consistent en une périphérisation d’une partie de soi. Ce qui est ainsi déposé, ce sont des fantasmes narcissiques, sexuels, ou agressif, des sensations ou des émotions. Il s’agit bien de mettre à l’extérieur de soi, mais pas dans le sens d’une simple projection. Ce qui est ainsi déposé, est déposé avec le désir inconscient d’une transformation. L’avatar est un conteneur : il contient, isole, différentie des parties du self. L’avatar est un espace de transformation. Précisons : la transformation en question n’est pas obligatoire. Elle passe par un travail psychique qu’il n’est pas toujours facile de faire

Le mécanisme prinicipal de la mise en dépot est l’identification projective. Il a été décrit par Melanie Klein d’abord comme un processus pathologique (Notes sur quelques mécanismes schizoïdes) puis comme processus constitutif de la personnalité (L’identification (1955), in Envie et gratitude et autres essai). En s’appuyant sur Si j’éais vous, le roman de Julien Green, elle rend finement compte des actions que l’introjection et l’identification exercent l’un sur l’autre : on peut s’identifier à ce qui a été introjecté; on projeté ce qui a été préalablement introjecté. Ainsi, lorsque Julien regarde sa montre posée sur une table, qu’il en aime le tic-tac, qu’il pense a son père qui la portait avant lui, et que toute la pièce prend un air d’ordre et de sérieux, c’est parce que la montre représente le bon père intériorisé de Julien tandis que le tic-tac rappelle sa "joyeuse vie"

L’idée générale est que la projection n’est jamais faite a fonds perdus. Ce qui est projeté doit être, tôt ou tard, réintrojecté dans le moi

"Dans les Notes sur quelques mécanismes schizoides, j’ai formulé l’hypothèse suivante : la réintrojection d’une partie projetée de soi implique l’intériorisation d’une partie de l’objet dans lequel la projection a eu lieu d’une partie qui peut être, selon les fantasmes du patient, hostile, dangereuse, et éminemment indésirable. De plus, étant donné que la projection d’une partie de soi comprend la projection des objets internes, ceux-ci doivent être ré-introjectés. Tout cela détermine la mesure dans laquelle les parties projetées de soi sont à même, dans l’esprit du patient, de conserver leur force a l’intérieur de l’objet où elles ont pénétré" Klein M., 1955 : p. 180

On retrouve ces même mouvements d’identifiation projective, de périphérisation (projection, excorporation) et ensuite d’introjection avec leurs conscéquences en termes d’identification et de désidentification.

 

On peut distinguer le fonctions suivantes :

 L’avatar soutient. L’avatar a une double fonction de soutient. Il est ce sur quoi nous nous appuyons pour trouver une représentation dans les mondes numériques.  Par lui, nous sommes identifiés par d’autres. Il est aussi une manière de renfoncer en soi des images intérieures.Par là, il est soutient du narcissime  puisque chaque action que l’on fait en ligne est associée a la belle image que l’on s’est donné. Il est aussi un lieu de renforcement des images et des positions de symbolisation ou de désymbolisation interrnes.

L’avatar contient. L’avatar a une fonction de contenance. Il contient des éléments de la vie psychique consciente et inconsciente. Avec eux nous disons nos mouvements de désir et de dégoûts conscients. Nous disons nos appartenances.  Mais ils contiennent également des parts de notre vie inconsciente. Il contient au sens d’être un espace dans lequel peuvent être déchargé des élements trop excitants ou douloureux. Il contient au sens d’être contener, espace fermé dans lequel  peuvent être déposés en toute sécurité les éléments toxiques de la psyché. Dans les cas les plus favorables, ces éléments seront aussi transformés. Cette mise en dépôt permet de mieux comprendre l’utilisation d’avatar "négatifs" repérés par John Suler. L’avatar est une manière de se présenter aux autres, mais c’est aussi une façon de se confronter a l’image que l’on s’est donné. Chaque message posté sur un forum, chaque twitt, chaque mise a jour sur un réseau social confronte à cette image. Cet insalable retour du même participe beaucoup dans la dynamique psychologique sous-jacente de l’avatar. Il permet, petit à petit, message après message, morceau après morceau, de récupérer des parties du self épars

L’avatar protége. Il est le masque avec lequel on se présente à d’autres. En ce sens, il se rapproche de la persona, le masque que l’on se donne pour entrer dans le théatre social. Il présente aux autres un visage public et tient à à l’écart du social les parts privées, intimes, du self.

L’avatar différencie. L’avatar est le lieu de la différenciation et de l’individuation. Il permet l’identification rapide de chacun par les autres. Tous le spectre de la différenciation est ici balayé, de l’avatar extrêmement typique spécifique a une personne et ne pouvant être porté que par elle, jusqu’a l’avatar commun à tous (Anonymous). D’un coté, l’avatar permet l’identification, de l’autre il permet la fusion de l’identité dans l’anonymat de la foule. D’un coté la plus grande différenciation, de l’autre la plus grande indifférenciation.

L’avatar est une mémoire. Chaque avatar commémore pour son propriétaire un moment. Cela peut être simplement le moment ou la personne choisit l’image qui va la fonder auprès des autres et d’elle même. Mais cela peut aussi être un moment anniversaire de sa biographie personnelle ou encore de son groupe d’appartenance. Certains anniversaires sont idiosyncrasiques : ils ne sont connus que de la personne et fonctionnent comme un secret que l’on donne a voir aux autres avec l’espoir ou la terreur de le voir deviner. D’autres sont d’emblée communautaires, et sont destinés à être partagés.

 L’avatar étaye l’identité. Nous sommes nos avatars. Nous les choisissons ou nous acceptons ceux qui nous sont donnés. Nous les revendiquons comme nôtres et nous les portons comme on peut porter des vêtements. Nous en changeons au gré de nos humeurs et de nos besoins. L’avatar pour un réseau professionnel ne sera pas le même que pour celui du xbox live , et l’on l’on changera d’avatar à des moments clé d’une vie. Cela peut être un mariage, la naissance d’un enfant, un changemement d’occupation.Nous disons avec eux nos peaux communes : nos appartenances  l’appartenance a un clan, un groupe, une société ou a des communautés de désir (les fans de…) peuvent être marqués par des avatars. Les avantars sont des signes, des étendards et des drapeaux de nos différentes identités.

Psychologie de l’avatar
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5 pesnées sur “Psychologie de l’avatar

  • Ping : bookmark from diigo 01/31/2009 : Relation, transformation, partage

  • 3 février 2009 à 14:29
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    Bonjour Yann,

    Merci pour ce billet très intéressant, effectivement cette vision de 1996 est toujours d’actualité.

    Lorsque tu cites “On ne devient pas son avatar, de même que l’idenfication n’est pas au centre de l’activité vidéo ludique”, je suis plutôt partagé. Je pense que cette incarnation de l’avatar, participant activement au processus d’immersion, elle doit être, sinon au centre de l’activité vidéo ludique, au moins au centre de la réflexion pour la création de l’expérience vidéo-ludique.

    — Yohan

  • 4 février 2009 à 0:29
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    Oui il faudra préciser un peu plus cette partie. L’identification en psychanalyse a un sens précis, et il faut partir de ce sens et pour voir si cela correspond au expériences que l’on a en ligne. Le sentiment d’immersion, par exemple, est sans rapport avec l’identification : on est immergé dans des sensations, on s’identifie à un objet inconscient. Je reprendrai cette question plus en détail.

  • 1 mars 2009 à 22:17
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    L’amour à l’envers de Gérard Pommier au édition du PUF

  • Ping : Une identité libre sur Internet | Du Fond du Lac

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