Une des plus anciennes référence que l’on puisse trouver d’un réseau de télécommunication est donnée par Jules César. Le général romain s’étonnait de la vitesse à laquelle les informations circulaient sur le territoire gaulois. Comment est-ce que les peuples de Gaule pouvaient-ils annoncer un événement qui s’était déroulé plus de trois cent kilomètres de distance en moins d’une journée. La réponse est simple : le réseau de communication, ce sont les gaulois.

« En effet, quand il arrive quelque chose d’important, quand un grand événement se produit, les Gaulois en clament la nouvelle d’un champ à l’autre et de domaine en domaine; de proche en proche, on la recueille et on la transmet. Ainsi firent-ils alors; et ce qui s’était passé à Cénabum au lever du jour fut connu avant la fin de la première veille chez les Arvernes, à une distance d’environ cent soixante milles. » César, Guerre des Gaules, VII,III

Lorsque Jules César écrit ces lignes, cela fait plus de deux siècles que les romains ont développé un système de voies de communication qui est la marque de leur emprise sur le monde et un formidable outil d’expansion militaire et économique. L’empire se couvre peu à peu de voies prétoriennes, vincinales et privées[1]. Elles ont entre 2 et 8 mètres de largeur et permettent la circulation rapide des ordres, des rapports, des biens, des personnes, et bien évidement des légions jusqu’aux confins de l’empire. Les provinces les plus éloignées peuvent ainsi être administrées plus aisément. Mais même les véhicules du cursus publicus ne pouvaient parcourir que jusqu’à 75 km par jour c’est-à-dire approximativement 50 milles romains c’est-à-dire trois fois moins que la distance couverte par le réseau de communication gaulois

Notre langue est marqué de ce réseau de communication : ne dit on pas que « Toutes les routes mènent à Rome » ? Mais le même outil qui aura participé à la construction de la grandeur de Rome participera aussi à sa destruction : les barbares emprunteront les voies romaines ! Le modèle des voies de communication de l’empire est celui qui oppose un centre et une périphérie tandis que celui que celui que Jules César prête aux gaulois est décentralisé. Il semble être livré a l’aléatoire, il n’a pas de route prédéfinie. Un peu moins de deux mille ans plus tard, la communication par paquets inventée par Leonard Kleinrock et Paul Baran reprendra ces mêmes principes. C’est sur eux que repose le protocole TCP/IP sur lequel est construit est réseau Internet.

 

Des nerfs, des câbles, et des réseaux.[Des câbles aux nuées]

Avoir un bon réseau de communication a toujours été un point d’importance pour les empires puis pour les états. Des Keita du Mali aux Han de la Chine en passant par Napoléon, tous les empires ont eu à cœur de développer des voies de communications qu’elles soient terrestres, maritimes où aériennes. Les informations étaient d’abord portées en personne par des messagers, comme lors de la bataille de Marathon. L’étape suivante est constituée par un système de relais comme ceux utilisés par les coursiers de Chaka Zulu ou du Pony Express : à chaque relais, le coursier transmet le message à un autre coursier. Pour que le système fonctionne, le contrôle de l’état sur tous les relais doit être total. Si un relais ne fonctionne pas, la distribution de l’information est ralentie ou impossible. Avec ce système, le message commence à être désolidarisé du messager

L’histoire des réseaux de télécommunication est celle d’un double mouvement. Le premier concerne la manière dont l’information est convoyée le long des voies de communication. On y fait plus seulement circuler des personnes et des biens mais aussi et de plus en plus des messages. Les réseaux de communication ont tendance à se dématérialiser de plus en plus. Ce faisant, ils s’émancipent de plus en plus de l’espace géographique. Le second concerne le contrôle des états sur ses propres voies de communications qui devient de moins en moins assuré. Les réseaux de communication débordent de plus en plus de l’espace des états nation ce qui rend impossible son contrôle total. Ensuite, les usagers prennent le contrôle des nouveaux moyens de communication et y développent, d’abord en marge de la société, puis au cœur de celle-ci, une vie sociale spécifique. Celle-ci sera par la suite réintégrée par la société qui en fera peu à peu du réseau le cœur d’activités politiques, économiques et ludiques.

 

La prise de contrôle des usagers

Ainsi, lorsque les frères Chappe inventent le télégraphe optique en 1792, sa mise en place et son usage est strictement contrôlé par l’état. Le Comite de Salut Public avait reçu la nouvelle de la reprise de la ville de Condé-sur-Escaut des mains des autrichiens dès le 30 août 1794.grâce à la toute nouvelle ligne Paris-Lille inaugurée quatre mois plus tôt. Impressionné par la rapidité de la circulation, il avait ordonné la construction de nouvelles lignes. En 1844 le territoire national est parcouru par plus de 5000 km de lignes télégraphiques. L’infrastructure d’un tel réseau est si lourde que seule la puissance publique est à même de la mettre en œuvre.

Cette même année, Alexandre Dumas raconte comment le comte de Monte Cristo se venge de Danglars en lui faisant parvenir une fausse nouvelle via le télégraphe : le roi don Carlos a échappé à la surveillance dont il était l’objet à Bourges et est rentré en Espagne. Barcelone s’est soulevée en sa faveur. Affolé, le baron Danglars qui a pour six millions de titres espagnols s’en débarrasse à toute hâte. Le lendemain, un démenti est publié :

“Le roi don Carlos n’a pas quitté Bourges, et la Péninsule jouit de la plus profonde tranquillité. “Un signe télégraphique, mal interprété à cause du brouillard, a donné lieu à cette erreur.”

Le baron a perdu un million de francs.

Pour parvenir à ses fins, le comte de Monte Cristo a du intervenir sur la ligne télégraphique Orléans Paris. Il soudoie “l’homme du télégraphe” et injecte sur la ligne les fausses informations qui conduiront le baron Danglars à la ruine.

C’est la première description littéraire du hack[2] d’un réseau : un homme pénètre un réseau, y introduit de fausses informations, et en retire quelques bénéfices. Pour ce faire, il prend soin d’utiliser les vulnérabilités du réseau. Il évite les télégraphes des ministères et se focalise sur “un télégraphe en plein champ, pour y trouver le pur bonhomme pétrifié dans sa tour”

Mais c’est aussi la première description des angoisses liées aux réseaux.

« J’ai vu parfois au bout d’un chemin, sur un tertre, par un beau soleil, se lever ces bras noirs et pliants pareils aux pattes d’un immense coléoptère, et jamais ce ne fut sans émotion, je vous jure, car je pensais que ces signes bizarres fendant l’air avec précision, et portant à trois cents lieues la volonté inconnue d’un homme assis devant une table, à un autre homme assis à l’extrémité de la ligne devant une autre table, se dessinaient sur le gris du nuage ou sur l’azur du ciel, par la seule force du vouloir de ce chef tout-puissant : je croyais alors aux génies, aux sylphes, aux gnomes, aux pouvoirs occultes enfin, et je riais. Or, jamais l’envie ne m’était venue de voir de près ces gros insectes au ventre blanc, aux pattes noires et maigres, car je craignais de trouver sous leurs ailes de pierre le petit génie humain, bien gourmé, bien pédant, bien bourré de science, de cabale ou de sorcellerie. Mais voilà qu’un beau matin j’ai appris que le moteur de chaque télégraphe était un pauvre diable d’employé à douze cents francs par an, occupé tout le jour à regarder, non pas le ciel comme l’astronome, non pas l’eau comme le pêcheur, non pas le paysage comme un cerveau vide, mais bien l’insecte au ventre blanc, aux pattes noires, son correspondant, placé à quelque quatre ou cinq lieues de lui. Alors je me suis senti pris d’un désir curieux de voir de près cette chrysalide vivante et d’assister à la comédie que du fond de sa coque elle donne à cette autre chrysalide, en tirant les uns après les autres quelques bouts de ficelle ». Le comte de Monte Cristo. Alexandre Dumas

En quelques lignes concises, la situation de communication s’assombrit. Un homme s’adresse à un autre à trois cents lieux de distance. Ils tracent l’un pour l’autre, dans les nuées, des signes qui disent leur volonté, leur puissance, leur désir. Mais les communications à ciel ouvert doublent des communications plus occultes, secrètes, clandestines. Les bras des tours télégraphiques ne dessinent pas seulement des signes pour un autre. Ce sont les “pattes d’un immense coléoptère” et les tours de “gros insectes au ventre blancs, aux pattes noirs et maigres”. L’homme solaire qui projetait sa volonté dans les lointains devient un “petit génie humain, bien gourmé, bien pédant, bien bourré de science, de cabale ou de sorcellerie” avant de se dissoudre rapidement en un “pauvre diable d’employé” qui ne peut même pas disposer de sa pensée. Il ne peut rêver au ciel ou à l’onde, il ne peut même pas “penser à rien” comme lorsque l’on regarde un paysage. Sa pensée est toute entière accaparée par “l’insecte au ventre blanc, son correspondant”. Quatre lignes suffisent pour que le beau soleil sous lequel s’accomplissait un miracle à la fois technique et humain fasse place à la figure d’un humain aliéné à sa machine et en lien avec d’autres humains, identiques à lui, et tout autant aliéniés à des machines identiques le long d’une chaîne immense. “Je suis une machine, dira plus tard l’homme au télégraphe au Comte de Monte Cristo, moi, et pas autre chose, et pourvu que je fonctionne, on ne m’en demande pas davantage.” L’homme est réduit à la machine. Il ne pense ni ne rêve : il fonctionne. La régression ne s’arrête pas là : l’insecte devient chrysalide et l’employé qui l’habite une larve. Comment mieux dire que la tour de télégraphe est l’étape finale, l’imago, du développement de la larve humaine qu’elle contient ?  Comment dire mieux les angoisses attachée aux transformations que nous font vivre les réseaux de communication ?

 

Dans la Cage.

L’année même de la parution du Comte de Monte Cristo, la fée électricité fait son apparition dans les systèmes de communication. Le télégraphe n’est plus optique depuis que Samuel Morse fait sa première démonstration publique le 24 mai 1844 en envoyant le message « What hath God wrought »[3] de Philadelphie à New-York. Les tours télégraphiques sont remplacées par des poteaux et les messages ne s’écrivent plus sur « le gris du nuage ou sur l’azur du ciel ». mais courent le long des fils électriques qui relient, poteau après poteau, une poste télégraphique à une autre.

Un bureau de poste télégraphique est au cœur de « Dans la cage », nouvelle de Henry James. Le romancier y décrit comme la vie grise d’une employée y contraste avec le monde imaginaire qui se déploie télégramme après télégramme. La « cage » se révèle pour la jeune télégraphiste être un excellent poste d’observation de la bonne société londonienne :

Elle avait vite compris que dans sa situation – celle d’une jeune femme en cage pour la vie derrière la grille d’un guichet, comme un cobaye ou une pie – elle connaîtrait beaucoup de gens sans être connue d’eux. Dans la Cage, Henry James

Contrairement à son amie Mrs Jordan qui entre dans les maisons pour y faire quelques bouquets, et qui laisse ainsi entendre qu’elle arrivera ainsi à faire un mariage satisfaisant avec quelque hôte fortuné, la jeune femme n’a pas d’autres accès à cette bourgeoisie qui la fait rêver que les quelques mots sibyllins qui lui confient les clients. Curieusement, ses rêveries ne s’avèrent pas vaines. Le petit espace clos du bureau de poste devient une fenêtre ouverte sur le monde bourgeois, avec ses secrets, ses voyages et ses histoires de cœur. Là, dans l’écheveau des messages et des identités, la jeune femme voit de plus en plus clairement dans le jeu des uns et des autres. Elle découvre ainsi que le charismatique capitaine Everard a plusieurs identités avec lesquelles il communique avec Lady Braden

Il signait tantôt Everard tout court comme sur le télégramme de l’hotel Brighton et parfois Le capitaine Everard. Parfois le prénom Phillip précédait le nom ou figurait tout seul. Dans certains télégrammes, il n’était plus que Phil, dans d’autres simplement Le capitaine. Dans d’autres encore, il n’était rien de tout cela mais quelqu’un d’entièrement différent : Le comte. Plusieurs de ses amis le connaissaient sous le nom de William. Pour d’autres encore, il signait, sans doute par allusion à son teint, Bonbon rose. Une seule fois heureusement, par une coïncidence comique et tout à fait miraculeuse, il avait signé du nom d’une personne qui était très proche de la jeune fille : Mud

Mieux : elle comprend que le capitaine est l’amant de Lady Braden et elle réussi a comprendre le code avec lequel les deux amants évoquent les lieux et les dates. Identifiée a cette dernière, elle relève l’erreur d’un télégramme et devient ainsi partie prenante dans le fait que celui-ci soit intercepté, mettant ainsi les amants dans une situation difficile. L’espace télégraphique, et même cet espace télégraphique réduit auquel la jeune fille a affaire, se superpose a son espace imaginaire et à l’espace social pour faire surgir le vif des relations des uns et des autres.

Commentant la nouvelle de James, Katherine Hayles écrit :

"…James écrit ce qui pourrait être appelé le prologue de l’histoire de l’information au vingtième siècle. La fille peut éprouver un sentiment de dédoublement dans sa vie, mais elle ne met jamais en doute des faits aussi fondamentaux que l’endroit où se trouve son corps ou, au sens commun, quelle est son identité. Au fur et à mesure que l’économie de l’information se renforce et prend d’avantage de place, et que les technologies de l’information plongent plus profondément dans l’infrastructure de la société les enracinements dans la réalité physique quotidienne commencent à céder, et finalement lâchent. Le code passif du télégraphe a soulevé des questions autour de la transmission et du bien-fondé des messages, mais n’a jamais pénétré aussi profondément dans le corps des sujets comme ce serait le cas au cours du prochain siècle, avec l’émergence de machines intelligentes." C. Hayles, My Mother Was a Computer[4].

Avec le télégraphe le monde se vit déjà comme global. Nathaniel Hawtrhone écrit en 1851

« By means of electricity, the world of matter has become a great nerve, vibrating thousands of miles in a breathless point of time … The round globe is a vast … brain, instinct with intelligence! »

« Par l’électricité, le monde est devenu un grand nerf, vibrant sans fin sur des milliers de miles… Le globe dans son entier est un énorme … cerveau, un instinct avec de l’intelligence ».

L’idéal d’un monde global, partageant les ressources intellectuelles et émotionnelles au-delà des obstacles que peut être la géographie sera repris avec la radio. Gaston Bachelard sera émerveillé par les opportunités qu’offre la radio et chantera les bienfaits d’une humanité contenue et pacifiée autour d’une « radiosphère »

Une humanité enfin fraternelle ? Ce rêve sera celui du radio-amateurisme et des cibistes. La Citizen Band offre un autre espace ou chacun est libre d’entrer en contact avec d’autres et de s’exprimer. L’espace géographique ou politique est vaincu : il devient relativement aisé de parler avec quelqu’un qui se trouve à l’autre bout de la planète. Les cibistes ont une portée plus courte : on s’intéresse à l’environnement immédiat, on annonce les « dangers » de la route : radars, encombrements et voies de dégagement y sont annoncées. Mais surtout, on y vainc la solitude et l’isolement. Les nuits et les routes ne sont plus aussi longues puisqu’il y a toujours quelqu’un avec qui parler. Radio amateurs et cibistes inventent leurs jargons et leurs usages. Ils mêlent d’une façon inédite le sérieux – les radio amateurs sont parfois d’une aide appréciable dans des projets d’envergure – et le plus futile. L’éther s’emplit de conversations.

 

Halleluia i am a bum !

Certains usagers utiliseront les réseaux de communication d’une façon plus disruptive. C’est le cas des hoboes. De la fin de la guerre de sécession à la seconde guerre mondiale, le territoire des USA est sillonné par un foule de personnes, jetées sur les routes ou ayant pris la décision de quitter leurs foyers. Todd DePastino leur a consacré une histoire. Il y montre comment un siècle de sans-foyers a façonné l’amérique et comment cette foule de vagabonds s’est peu à peu structuré en une sorte de nation, hobohemia, avec sa culture, ses règles et même son écriture[5]. Ce qui caractérise le hobo, c’est d’abord la capacité à se déplacer. En cela il se différencie du clochard qui est fixé à un lieu et ne travaille pas et du vagabond qui se déplace mais ne travaille pas.

Les hoboes procèdent des soldats démobilisés de la guerre de sécession. C’est d’eux qu’ils tiennent cette habitude de voyager en s’accrochant aux trains pour aller de ville en ville afin de trouver du travail. Lorsque la grande dépression frappe les USA, l’ « armée de clochards » s’est transformée en un groupe très militant et très politisé. Mineurs, ouvriers agricoles, forestiers… les hoboes sont de toutes les constructions. Dans les villes, ils se rassemblent dans les « main stems » qui sont des quartiers qui leur sont dédiés : ils y trouvent les salons les bordels et les maisons de jeu qu’ils affectionnent, mais aussi des librairies et des bibliothèques, des théâtres ainsi que les QG d’activistes qui se rapprochent peu à peu des Industrial Workers of the World qui contribueront grandement a donner aux hoboes leur couleur politique. En 1908, au terme d’un voyage épique et de quelques journées de prison, des activistes hoboes menés par J. H. Walsh prennent le contrôle de l’IWW à qui ils reprochent de privilégier les homeguards car pour ces hommes posséder la moindre bicoque vous rend suspect de vous transformer en milice du pouvoir. Avec l’IWW, les hoboes ont maintenant un outil politique avec lequel ils vont pouvoir mieux organiser les contestations, les marches, les grèves ou même les sabotages.

Ils inventent un nouveau type de rassemblement : les soapbox meetings c’est-à-dire les rassemblements au cours desquels l’orateur est juché sur une boite à savon. Ils y défient les autorités en usant de la liberté d’expression garantie par le premier amendement de la constitution américaine. Le mouvement des free speech fights part de la ville de Spokane (Washington) dans laquelle J. Walsh rassemble des foules immenses aux cris de « Don’t Buy Jobs ». Face à la répression qui leur est opposée, les hoboes organisent une nouvelle réponse : plus la répression s’exerce, plus la foule grandit. Plus les autorités jettent des hoboes en prison, plus ils inondent la ville, venant de toute part, par grappes accrochés aux trains ou au voitures, ou par camion, débordant petit à petit les capacités de répression. Bientôt, d’autres villes s’enflamment sous les coups des hoboes. Pour attirer l’attention, l’un d’eux crie : « j’ai été volé ! j’ai été volé ! » et lorsque la foule est suffisante, il précise « j’ai été volé par le capitalisme ! »

Après Spokane, c’est Kansas City, puis Aberdee, Fresno, San Diego, Duluth, Denver… qui verront les combats menés par les hoboes de l’IWW. Ni le goudron et les plumes, ni les matraques, ni les déportations ne réussiront à ralentir le mouvement.

Les protestations sont organisées en amont par des journaux comme l’Industrial Worker qui annonce les lieux de rassemblement et les mots d’ordre. La violence est proscrite et la discipline exigée de tous. Le même journal donnera en 1909 une série d’articles détaillant les routes, les lieux de travail, allant jusqu’à donner des informations sur les juges et les forces de police en place. La presse reprend là sur le papier ce que les hoboes écrivaient traditionnellement sur le territoire américain : les haies, les poteaux, les bâtiments étaient couverts de signes écrits avec de la craie ou du charbon par des hoboes à l’attention d’autres hoboes : ici « femme avenante », là « eau dangereuse » plus loin « rien à faire ici »[6]

Les hoboes ont profondément marqué l’histoire politique des USA. Ils participent également à l’histoire du réseau internet. D’abord parce qu’ils ont été les premier à utiliser en masse un réseau de communication. Ensuite, parce qu’ils sont organisés par les même éléments que ceux qui organisent le réseau Internet : la masse, l’anonymat, la liberté de parole, la liberté de circulation. Enfin, ils ont constitué une contre-culture avec ses chansons – Hallelujah i am a bum – ses rites, son écriture qui a fécondé le mouvement hippie à soixante années de distance. Les flammes du mécontentement [7]supposées éteintes après la seconde guerre mondiale, se rallumeront une génération plus tard et embraseront le réseau.


[1] La première d’entre elle, la via Appia construite en -312 av. J.-C. par Appius Claudius Caecus servira de standard aux suivantes

[2] Un hack est un bricolage informatique.

[3] « Voyez ce que Dieu a fait » Nombres 23 :23

[4] p. 71

[5] Hobo Signs. (pas de date). Retrouvé Mars 9, 2009, de http://www.hobo.com/hobo_signs1.htm.

[6] Ibid

[7] En 1908, J. Waslh publie un recueil de chansons hoboes : Songs of the Workers, on the Road, in the Jungles, and in the Shops – Songs to Fan the Flames of Discontent, the little Red Songbook

Premisses
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5 pesnées sur “Premisses

  • 13 mars 2009 à 10:01
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    Intéressant, j’ai bien aimé la partie sur l’Empire Romain. Aujourd’hui encore notre civilisation ouvre des portes aux ennemis via les canaux de communication numériques. Croissance exponentielle du réseau, et demain?

  • 22 mars 2009 à 11:59
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    Très intéressant, et je n’ai pas lu que les premières lignes ;)

    Je note de revenir voir ton site de temps en temps!

  • 26 mai 2009 à 20:23
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    Pour ne plus avoir à s’orienter grâce à la seule lumière solaire, les gaulois ont mis une énergie folle à développer un bon réseau de communication, et ce sont ces mêmes voies gauloises très développées qui ont permis à Cesar de conquérir la gaule très rapidement. Ce que font les uns profite toujours à d’autres…

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