Je suis le Créateur des Champs de Bataille. Je suis le Rempart derrière lequel même les plus braves s’abritent. Mon voisinage est Mort et Destruction. Je provoque, j’attire à moi des masses toujours plus grandes d’ennemis dont je viens a bout patiemment, petit à petit. J’aime disparaitre sous une grappe d’ennemis et en émerger vainqueur. Lorsque le combat a commencé, je ne tolère pas que l’on s’éloigne de moi. Je dois être l’Unique, la seule Cible de la haine de l’ennemi.

 

Dans une conversation, Thomas Gaon avait évoqué la figure sacrificielle : le Tank est alors celui qui est sacrifié par le groupe.Il est celui qui prend les coups pour tous les autres. Il est celui que le groupe envoie au devant des difficultés..Le thème de la culpabilité  liée au bouc émissaire se retrouve jusque dans les réparations très couteuses que le Tank doit faire après chaque mission.. Mais il faut aussi remarquer une différence essentielle entre Tank et bouc émissaire : le Tank survit et sa survie est même nécessaire à la survie du groupe. Alors que  dans le cas du bouc émissaire, le groupe ne survit qu’au prix de la mort d’un de ses membres.

D’autres interprétations sont donc possible. Au delà de l’aspect groupal, au moins deux processus psychologiques correspondent à la figure du Tank. La première est la cuirasse caractérielle, et la seconde est l’indifférence hystérique

Le tank et la cuirasse caractérielle

L’expression “cuirasse caractérielle” a été forgée par le psychanalyste Wilhem Reich. il désignait par là un ensemble de défenses rigides de caractères élaborées par une personne pour se protéger de l’angoisse. La cuirasse caractérielle plonge ses racines dans la tension musculaire qui lui donne à la fois un appuis et un modèle. Elle draine toute l’énergie de la personne et conduit peu à peu à un appauvrissement du fonctionnement général. Les intérêts diminuent peu peu, de même que la sensibilité à l’environnement. Elle est une armure défensive qui protège trop efficacement de ce qui est vu comme menaces venant de l’extérieur en ce sens que les communications entre le monde interne et le monde externe sont coupées

Beaucoup de psychanalystes se sont intéressés à cet aspect du fonctionnement psychique. Frances Tustin a travaillé la notion de “barrières “ pour rendre compte des obstacles au travail de mentalisation que l’on observe dans certaines formes l’autisme.La figure de la carapace apparait dans des formations diverses (attachement a des objets durs, enveloppement dans des routines rigides, non-communication avec le non-Moi, raideur corporelle, recherche d’une cohésion dans l’immuabilité)

Didier Anzieu reprenant pour une part les travaux d’Esther Bick (1968, 1985) a décrit un Moi-peau c’est à dire “une figuration dont le Moi de l’enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme un Moi contenant les contenus psychique à partir de son expérience de la surface du corps” (Anzieu) La carence de la fonction de pare-excitation est responsable de la formation des carapaces psychiques décrites par Wilhem Reich et Frances Tustin

Enfin, Francoise Dolto a utilisé la métaphore d’un crustacé dont on connait l’épaisseur de la carapace pour décrire un des dilemme de l’adolescence. Le “complexe du homard” désigne en effet à la fois la nécessité dans laquelle l’adolescent se trouve : il doit changer de peau, c’est à dire abandonner ses anciennes défenses qui deviennent mutilantes et en adopter de nouvelles plus adaptées a la réalité qui l’attend

 

Le tank et l’indifférence hystérique

La “belle indifférence de l’hystérique” était connue des médecins mais c’est Sigmund Freud qui en donnera l’explication. Les médecins s’étonnaient en effet de ce que l’hystérique semble si indifférente à des symptômes qui peuvent pourtant être très invalidants. Dans certains cas, cette attitude va bien au delà des symptômes corporels : le monde peut bien s’effondre, tout peut bien n’être que catastrophe autour de l’hystérique, il ou elle gardera sa belle indifférence. Freud montrera que celle ci s’explique a la fois par le mécanisme de conversion et par les bénéfices secondaires. D’une part, la tension psychique est convertie dans le corps, ce qui règle pour une part la question de l’affect et de la plainte. D’autre part, le symptôme hystérique ouvre à des bénéfices inconscients qui vont de la maitrise d’un proche aux gratifications narcissiques procurées par le fait d’être au centre de l’attention.

 

Motifs psychologiques du Tank

La figure du Tank participe de la cuirasse caractérielle et de l’indifférence de l’hystérique. Le Tank compte en effet en premier lieu sur ses défenses : il n’y  a pas de bon Tank sans bonne armure, elle est est son assurance vie. C’est à elle qu’il doit de pouvoir créer le la destruction et le chaos et d’y survivre. Et c’est à elle que le groupe doit sa survie. Comme l’hystérique, le Tank est au centre de catastrophes qu’il a provoqué. Et comme l’hystérique, il ne s’en plaint pas.

Il ne s’agit pas de limiter le Tank a ces deux seuls aspects. Mais a partir de là, on peut reconnaitre d’autres motifs. Le Tank est un rempart, il attire et contient, l’agressivité. Par là, il délimite une zone de danger et une zone de sécurité. Il est une représentation du  Moi-peau dans sa double fonction de contenance et délimitation.

Le motif de la protection est lié à la fonction de l’armure. Elle est de ce fait une des représentation possible de l’intériorisation des figures parentales. En effet, l’armure protège comme les parents en leur temps ont offert leur protection leur enfant.. Il est des Tanks qui mettent répétitivement en danger leur groupe et il en est d’autres qui savent en prendre soin. Dans le premier cas, ils ne sont pas capables de mettre en jeu pour d’autres les protections qu’ils utilisent pour eux. Dans le second cas, ils peuvent être pour les autres membres du groupe un parent protecteur.

Un autre motif est celui de la résistance : le travail du Tank est de durer, quelque soit la situation à laquelle il est confronté. .Il est un donneur de temps, et ce temps gagné est mis a profit par les autres membres du groupe pour obtenir la victoire. Ce motif de la résistance fait du Tank un créateur de temps.

Petite psychologie du Tank
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4 pesnées sur “Petite psychologie du Tank

  • 17 mars 2010 à 15:11
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    très bien
    Il manque toutefois un 3é modèle qui est celui de la résilience: le tank se reconstruit il identique après chaque bataille, ou s’adapte t il? Et tous les tanks en sont ils capables?

  • 17 mars 2010 à 19:06
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    Le tank résilient ? Oui, j’y avais pensé avec le motif de la résilience. D’une façon générale, le tank redevient lui-même après chaque bataille. L’armure est refaite à neuf, et il est prêt pour de nouveaux combats. Cela met le tank du coté des défenses qui visent l’immuable.

    Cependant, le tank est aussi ouvert à la transformation. Cela tient d’ailleurs a la dynamique générale des MMO l’on passe de niveau en niveau simplement par la grâce du temps. C’est à ce niveau que je mettrais les processus de résilience.

    Mais le signe le plus sûr me semble être la possibilité de jouer une autre classe de personnage. Passer de Tank a Healer est une chose qui n’est possible que si l’on bénéficie d’une souplesse psychique suffisante

  • 21 mars 2010 à 13:56
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    Et passer de Healer à Tank je suppose que c’est équivalent niveau souplesse psychique, non ?

  • 21 mars 2010 à 21:13
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    Oui, bien sûr : c’est de pouvoir changer de fonction qui est signe de souplesse psychique.

Commentaires fermés.

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