Entretiens autour de l’identité numérique

Etre en ligne signifie avoir des représentants qui nous identifient en ligne. Je fais l’hypothèse que le choix de ces représentants n’est jamais fortuit. Il est l’objet d’un travail psychique. Ce travail passe par des déterminants externes – le dispositif numérique – et des déterminants internes : représentation de soi, des autres, histoires de vie etc.
Je recherche des personnes intéressées par un entretien autour de leur identité numérique. La discussion tournera autour des identifiants utilisés sur le réseau : adresse email, pseudos, images … et l’investissement dont ils sont l’objet.
La façon dont ces identifiants se transforment, ainsi que les correspondances et les passages entre les mondes en ligne et le monde physique seront abordés. Seront abordés la formation de l’identité numérique : comment a-t-elle été créée et à partir de quels matériaux; sa développement : comment l’identité numérique interagit avec d’autres identités numériques ou d’autres secteurs de la personne et, s’il y a lieu, sa mort : comment a-t-elle été abandonnée.
L’entretien se fait par téléphone ou Skype. Il dure entre une demi heure et une heure. Il pourra faire l’objet, après accord de l’intéressé et anonymisation, d’une publication dans des revues ou un livre.
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Habiter le web
« Tu vois, quand le housing sera prêt, j’achèterai une maison ici. »
Alferys avait les poings plantés sur les hanches, et regardait la marina de Talos. Sans doute voulait-il m’impressionner. Je l’avais rencontré a la sortie de métro de Galaxy city et il m’avait groupé à la suite d’une remarque que j’avais faite sur le canal général. Alferys supportait mal le moindre propos négatif à son égard… Depuis, on quêtait souvent ensemble. Ses pouvoirs de blaster combinés à mes capacités de défenseure faisaient merveille Une maison à Talos Island ? Je regardais la petite marina très classique avec ses appartements pour milliardaires. Combien de points de prestige cela allait-il encore coûter ? L’idée ne m’avait pas parut être des meilleures. D’ailleurs, l’endroit manquait de vagues, on ne pourrait pas y surfer, alors…
Plus tard, ou est-ce plus tôt ? Le temps fonctionne étrangement dans ces mondes. En sortant d’Ashenvale, j’avais été frappé par le rude soleil des Barrens. Les vertes forêts de mon lieu de naissance ne m’avaient jamais totalement convenu. Déboucher sur cette savane avait été un choc. Ces ocres, ces oranges, ces arbres maigres, cette herbe jaune, tout ici me rappelait la brousse sénégalaise. Le soleil qui assommait même les bêtes était pour moi une bénédiction. Je pouvais le sentir sur ma peau tandis que je courais sur les pistes. Si seulement il pouvait y avoir une lagune, j’y construirais à coup sûr une maison !
L’espace du web
Une maison. Drôle d’idée ? Mais qu’est ce que habiter le web ? Qu’est-ce que habiter l’Internet ? Les premiers digiborigènes ont toujours eu à cœur d’avoir un lieu qui soit un chez soi, un home. C’est d’ailleurs la première dénomination de la page d’accueil des sites : home page. C’était aussi la page ou l’on se présentait, page-maison qui a ensuite muté en weblogs puis en blogs. Cette page-maison des temps premiers me semble être l’équivalent de l’imaginaire de la hutte. Elle peut être rudimentaire, elle dit et délimite ce qui est humain, habité, habitable, de tout ce qui ne l’est pas. Comme le cyberspace semble moins vide, déjà ! Ici, quelqu’un habite et maintient une page. La home-page enchante les immensités vides, elle est le signe sûr de la présence d’un genius loci. Elle est ce qui nous racine profondément dans le cyberspace. Les blogs, trop souvent considérés comme des Himalaya d’indidivualisme, ont poursuivi ce mouvement en traçant des sentes entres les différentes pages-maison. Ce sont ces allées et venues qui ont donné naissance au Web 2.0. La page-maison a une propriété singulière : elle est le point d’entrée du site c’est-à-dire qu’elle contient et ouvre à la fois sur d’autres espaces. Voilà donc une curieuse maison puisqu’on y fait qu’y entrer et que rien ne vient (presque) signaler qu’on la quitte. Curieuse également, puisqu’elle se donne essentiellement comme plane, sans profondeur. Peut être tient elle ces caractéristiques du tissu et du papier qui sont les deux matières de références avec lesquelles nous pensons les inscriptions ? Elle serait, en ce sens, plus un « être concentré » que « vertical », pour reprendre les catégories de Gaston Bachelard1. Il y a pourtant bien un « être obscur » de la page-maison qui aurait fait le bonheur du philosophe. Il y a ces ascenseurs, mais ils ne font que confirmer sa méfiance à leur égard – « Les ascenseurs détruisent l’héroïsme de l’escalier » – car ils ne conduisent pas dans les dessous. Il y a ces souterrains, ces terriers, ces caves qui s’étendent en réseau vers d’autres pages-maison. L’escalier, ici, c’est le FTPW qui mène à un d’autres dessous((Celui qui a mis à jour un site important pourra témoigner que parfois cette opération est héroïque !)) auxquels on accède en … montant (upload)
Nous avons tous dans l’espace de nos souvenirs des lieux que nous revisitons avec plaisir, nostalgie, ou angoisse. Ce sont le plus souvent des lieux qui sont attachés à notre enfance. Nous aimons parfois nous y rendre en première personne pour les visiter à nouveau. Ce qui alors avait été déposé en ces lieux – des jeux, des disputes, des ennuis, des cris… revient alors à la pensée et peut être repris dans un travail de mémoire. Cela peut aussi être l’occasion d’une transmission, car c’est souvent avec ses enfants que l’on revient sur les chemins de son enfance. Mais il arrive aussi que certains d’entre eux nous soient devenus inaccessibles du fait d’empêchements internes : cela fait trop d’émotion d’y revenir ; où du fait d’impossibilités externes : le lieu a disparu, ou est devenu interdit pour des raisons politiques, sanitaires ou de sécurité… S’ils nous sont encore accessibles en troisième personne, dans nos souvenirs comme dans nos rêves, nous devons alors faire avec des espaces qui n’ont plus de lieux sur lesquels nous pourrions nous rendre en première personne. Ils restent cependant importants, et parfois ce sont les enfants qui sont chargés de réinvestir pour leurs parents les espaces qui leur ont été interdits. Nous connaissons d’autres espaces de ce type. Ce sont les enseignes commerciales. Que l’on se trouve a Pontocombo ou Kuala Lumpour, un Flunch, un Mc Do ou un Carrefour restent toujours un Fluch, un Mc Do ou un Carrefour. On y est jamais dépaysé. C’est à dire qu’une fois que l’on entre dans ces espaces, on ne peut plus être ailleurs. Ce sont des enclaves qui font disparaître la Normandie ou la Malaisie. Y entrer, c’est pendant un moment mettre en suspens que l’on est et que l’on vient aussi d’ailleurs.
Le réseau Internet est un de ces espaces sans lieux. Le cyberspace est un espace construit sur le tissu des interconnections des machines. C’est un espace “sans localisation”, “hétérotopique”2. Nous nous y rendons quotidiennement mais nous ne pouvons nous y rendre que représentés par les différentes étiquettes qui nous identifient sur le réseau (adresse IP, email, pseudonyme, signature) et, lorsque cela est possible, par un avatar. L’espace Internet nous est a jamais fermé a une visite en personne. C’est un “hors-là” qui juxtapose les espaces privés et publics, accumule et diffuse les savoirs, reconstruit les identités, et dispose du temps dans le sens d’une accélération ou au contraire d’une conservation illimitée des données
Pourtant, dans cet espace-machine, les digiborigènes par leurs usages, ont su creuser des lieux. Ils l’ont fait d’abord par cette espèce de fureur taxinomique qui semble les saisir et qui leur a permis de dresser une toponymie : Forgefer, slashdot, usenet, sont des endroits bien connus. Ils l’ont fait ensuite en maintenant et en transmettant des récits liants des lieux à des actions. Les jeux massivement multijoueurs donnent beaucoup de ce type de récits, que ce soit sous la forme de textes ou de vidéos. La mort de Lord British ou la chronologie de Usenet maintenue par Google en sont deux exemples. Enfin, l’usage des espaces numériques, la force des habitudes, a été le troisième facteur contribuant à créer dans les espaces numérique le sentiment de lieux différents, désirables, ou au contraire pénibles à traverser (‘Je pense ici plus particulièrement au lag qui a cette curieuse particularité de transformer n’importe quel espace en une zone de frustration et d’énervement)). Nommer, raconter, utiliser sont les trois facteurs qui contribuent à créer le sentiment de lieux habitables sur le réseau.
On habite le réseau comme on habite tout court. C’est une manière habituelle d’être, de se tenir3. C’est un ensemble des petites habitudes– on utilisera ce navigateur et tel autre, cette page de démarrage, ce tapotement sur la souris pendant le chargement de la page…. En un mot, c’est ce qui, de tous les actes engagés, demeure. Sur le réseau, les habitudes sont encouragées par l’utilisation de schèmes simples : nouveau/ouvrir/fermer, éditeur/enregistrer/supprimer, envoyer/recevoir. Elles sont aussi encouragées par le fait que les dispositifs d’écriture sont souvent les mêmes : une boîte de dialogue, avec les icones pour dire la mise en forme en gras, italique etc. Malheur à celui qui ne sait en disposer ! Il se sentira malvenu sur toutes les terres numériques. Autant dire qu’il se sentira malvenu tout court tant la conglomération des espaces numériques et géographique devient total.
A contrario, être déconnecté contre son gré provoque aujourd’hui chez un nombre toujours plus grand de personnes un sentiment de malaise qui est a rapprocher de celui provoqué par le fait de se vivre sans racines, ou éloigné de sa terre d’origine. Il est la façon dont, aujourd’hui, se vit et se dit la perte des liens.
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- Bachelard, G. La poétique de l’espace, puf 2007 [↩]
- Foucault, M. Dits et écrits 1984 , Des espaces autres (conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967), in Architecture, Mouvement, Continuité, n°5, octobre 1984, pp. 46-49. [↩]
- La netiquette dit la « bonne » de se tenir sur Internet. [↩]
Comment furent créés les Community Manager

Au commencement, le réseau était informe et vide. Il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus du réseau. Dieu dit : « Qu’il y ait Arpanet ». Et Arpanet fut ! Dieu vit que cela était bon et dit : Qu’il y ait Usenet. Et il y eut Usenet et des milliers de newsgroups. Dieu dit : qu’il y ait l’Internet, le Web et tous les protocoles de communication dont mon peuple a besoin. Et il y eu l’Internet, le Web et les protocoles de communication. En ce temps, le réseau était habité par les Scientifiques et les Etudiants. Dieu donna aux digiborigènes le navigateur et le moteur de recherche comme signes de son alliance. Puis vint le commerce et il travailla ardemment a développer la création de Dieu et Dieu aima cela. Mais bientôt le commerce
Dieu interdit à son peuple de manger du fruit défendu du commerce et son peuple désobéit. Il acheta des pizza sur le réseau et se félicita d’avoir transformé le Web initial en Web 2.0. Dieu, dans sa colère, se détourna de son peuple et le condamna a errer dans les déserts numériques. Le peuple de Dieu fut dispersé à la surface du réseau. Mais de temps à autres, Dieu envoie aux digiborigènes un de ses fils. Il va dans les forums de discussion, les réseaux sociaux et les blogues pour annoncer la Bonne Nouvelle. On l’appelle le Community Manager.
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Mythes et mondes numériques
Du Premier Viol dans le Cyberespace en passant par Le Grand Renonmage ou Un coup parfait, le cyberespace regorge de Grandes Histoire qui sont maintenues sur le réseau et transmises comme des biens précieux.
C’est précisément le cas : ce sont des biens précieux, car ce sont les mythes par lesquels les digiborigènes donnent une origine a leur monde et des explications à ce que qu’ils vivent.
Le mythes ont pour propriété de fonctionner comme une colle sociale : ils agrègent des individus en des groupes sociaux. Toute personne partageant avec une autre un mythe fait partie avec elle d’un groupe.
Relisant René Kaës, Mireille Fognini1 donne une autre piste de travail. Dans La polyphonie du rêve, René René Kaës avait relu la théorie freudienne du rêve à la lumière de Mikhaïl BakhtineW. Il a montré que le rêve est doublement polyphonique. Il l’est de façon interne en mélangeant des voix, des souvenirs, des personnages selon les processus dégagés par Freud (condensation, déplacement, multiplication du semblable…) . Il l’est aussi de façon externe car le rêve se produit dans des espaces psychiques communs et partagés avec d’autres.
René Kaës donne trois ombilic aux rêves, trois “mycéliums” mystérieux dans lesquels le rêve se fomente : 1. Le corps est le contenant dans lequel l’expérience onirique s’origine et se développe. Des lointains événements corporels sont transformés en sensations, puis en représentations avant d’êtres prises en charge par le travail du rêve qui produit les images que l’on (se) racontera au réveil. 2. Les espaces intra et interpsychique. Le rêve n’est pas seulement un effet de la confictualité interne. Il met aussi en jeu la conflictualité intersujective : on rêve des autres, mais aussi à cause et parfois même pour les autres.3. Le mythe est le troisième ombilic du rêve. Il en est souvent un embrayeur, comme le montre l’expérience groupale. René Kaës et Didier Anzieu dans leurs expériences premières avec les groupes avaient remarqué combien le récit d’un mythe pouvait faire redémarrer l’activité onirique du groupe.
Mireille Fognini propose une réflexion intéressante : l’accrochage aux mythes serait d’autant plus important que les deux autres mycéliums seraient mis à mal par l’époque actuelle. Les individus comme les groupes qu’ils composent font l’objet de modifications profondes. Le statut symbolique et imaginaire du corps est en débat. Les familles et les groupes d’affiliations se sont modifiés. Dans ce contexte, le recours au mythe garanti aux psychismes
Est-ce que la quête insistante d’un sens identificatoire au travers de nouvelles figurations mythiques, symboliques des grands changements culturels de notre monde actuel, ne proviendrait pas du refoulé actif d’un troisième ombilic des rêves ? Par exemple la quête généralisée dans les médias de figures idéalisées de « dieux », d’étoiles (« stars » de tout genre et en tous domaines), de thème de films et de bandes dessinées où se cultivent exploits et épopée de « héros » passés et futurs, pourrait en effet témoigner d’une recherche de creuset commun pour fabriquer une mythification nouvelle pour penser la vie humaine, même au prix de la mystification. Mireille Fognini
La production de mythes dans le cyberespace correspondrait alors à la même logique. La mise en sourdine des symbolisations “en corps” et le bruit provoqué par les multitudes rendraient le recours au mythe d’autant plus nécessaire. Ces mythes sont les équivalents numériques des légendes urbaines. Ils exaltent les cœurs, rassemblent les individus et maintiennent dans les mémoires des événements exemplaires.
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- Fognigni, Mireille, Filigrane : écoutes psychothérapeutiques, vol. 16, n°2, 2007, p. 62-75 [↩]
Pourquoi utiliser des services de géolocalisation ?
Les services de géolocalisation ont le vent en poupe. Ils sont le dernier développement des noces de l’Internet avec la téléphonie mobile. Ils procèdent pour une part d’une pratique née dans les années 2000 lorsque les les dispositifs de géolocalisation se sont démocratisé.Le geocaching est à mi chemin entre la course d’orientation et la course au trésor. C’est une pratique qui réintroduit la perte dans un espace qui était devenu inexorablement quadrillé.
Si Foursquare avec plus d’un million d’utilisateurs est leader, il existe toute une myriade de services : veniu, plyce, dismoiou (tellmewhere), yuback, brigthkite, aka-aki, Google latitude, OnTheRoad,
Google buzz, Gowalla, Yelp ! …
Comme le montre l’infographie ci contre, le développement des services a été constant depuis 2000. Il explose aujourd’hui du fait de la maturation de la téléphonie mobile.
Comme toujours, les services sont mis en place et les usages s’inventent. Certains sont vertueux, et sont utilisés a des fin d’éducation ou associatives. Par exemple la puissante National Wildlife Federation travaille sur une utilisation de Foursquare qui permettrait a chacun d’avoir des informations supplémentaires sur la faune et la flore d’un endroit donné.
History Channel a une page Foursquare La chaine de télévision tagge les différents lieux historiques américain .
Mais d’une façon générale, les services de géolocalisation servent à collecter les données de chaque utilisateur.Il y a là de quoi faire travailler des armées de statisticiens et de quoi vendre des beaucoup de coca-cola et de pizza. Les grandes marques américaines sont surveillent de près ces services de géolocalisation et Foursquare leur donne même un accès aux données qui concernent les lieux ou ils sont implantés. Un article récent du New-York Times [NWT, 28 Avril 2010] les montre très intéressées par cette traçabilité parfaites des clients.
Reste que ces services de géolocalisation sont intéressants à utiliser. Pourquoi ? Parce qu’ils jouent sur des leviers psychologiques simples. Il s’agit encore et encore de désir..
Il permettent de garder le contact. L’homme est une être social. Nous vivons par et pour le liens social. Nous sommes profondément déterminés par les autres. Cette sociabilité était jusqu’à présent rythmée par la présence et l’absence. Le cyberespace, et particulièrement le microbrloggin et services de géolocalisation qui permettent des mise à jour rapides et fréquentesre mettent tout cela en cause. ils participent à la création de ce que Leisa Reichelt a appelé l’intimité ambiante. [Slideshare] : il s’agit de la capacité à rester en lien avec des personnes en dépit de l’éloignement géographique ou temporel. Ils permettent un nouveau type de lien : être avec quelqu’un dans/en son absence.
Ils permettent d’être propriétaire. Le numérique est pain béni pour nos inconscients. De nouveaux objets sont à investir, et ils sont pléthoriques. Les désirs de possession et de maîtrise peuvent jouer à plein. Pour l’inconscient en effet, la qualité immatérielle de l’objet n’est pas un obstacle à son investissement. Le plaisir de posséder une badge Foursquare ou une monture spéciale dans World of Warcraft est aussi grand que celui de posséder un objet physique.
La surveillance est bien évidement un motif important. Avec l’intimité ambiante, vient la possibilité de garder un œil sur les activités des uns et des autres. Ego peut ainsi suivre les déplacements des membres de son réseau, capter leurs humeurs, être alerté des petits et grands événements de leurs journées, ne rien ignorer de leurs rythmes, de leurs allées et venues dans les transports en communs, ni même de leurs rencontres. Il y a ici au moins trois aspects. Les deux premiers correspondent à la surveillance, dans ses aspects “bons’” et “mauvais”. Le dernier correspond au mécanisme d’identification projective décrit par la psychanalyste Melanie KleinW Le contact (presque) permanent favorise les fantasmes d’intrusion, de contrôle et de possession d’autrui. Ils peuvent être mis au service d’un travail de symbolisation – vivre par procuration la vie psychique des autres pour mieux comprendre la sienne – ou au services de mécanismes paranoïaque ou pervers : surveiller l’autre pour lui nuire ou pour en jouir.
Le désir d’être ailleurs trouve ici à se satisfaire. Certains services de géolocalisation permettent d’être ailleurs que là ou l’on se trouve (Foursquare), ou de maintenir une permanence en un lieu (Google Lattitude). Le premier mouvement découple la présence de l’être-là-en-corps ce qui donne grand sentiment de liberté. Ego n’est plus enfermé dans son corps, cette “topie impitoyable” comme l’appelait Michel Foucault; il peut goûter aux plaisirs de l’hétérotopie. Le second a trait aux désirs de maîtrise mais aussi à la permanence au sens d’un maintient d’une forme. Cela peut être la permanence comme identité – il y a au moins un lieu ou Ego est permanent, identité à lui-même – ou la permanence d’un lieu – l’investissement du lieu est à l’image de l’investissement conscient et inconscient du lieu physique et de ce qu’il évoque.
L’angoisse est également un ressort. L’angoisse de ne pas savoir ou l’on est, d’être perdu est une des angoisses les plus profondes de l’homme. Etre perdu, c’est être sans lien avec les siens. C’est être abandonné dans la Grande Forêt. Les services de géolocalisation sont alors les nos petits cailloux. Ils nous aident à marquer nos chemins de vie afin de reconnaître les lieux ou nous sommes et, en dernière instance ce lieu que nous appelons “moi”
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Les effets psychologiques du bug de twitter
On le savait : ce n’est pas la taille du réseau social qui compte, mais sa qualité. Pourtant, lorsque sur Twitter, le nombre de followers a été mis à zéro suite à un bug, cela a été l’affolement. Il y a eu, pendant quelques minutes, quelque chose de l’Armageddon.
Le bug
Selon Mashable, le bug a été dévouvert par un fan d’un group d’heavy metal qui s’appelle Accept. En twittant ‘Accept pwnz’” [Accept dépote], il a constaté que le compte @pwnz le suivait automatiquement. L’histoire a été bloggée et un nombre de plus en plus important d’utilisateurs ont exploité la faille. Elle permettait en effet de forcer un compte à suivre quelqu’un en tapant “accept @nom_du_compte” Twitter a réagit en déclenchant la #twitocalypse.. Les utilisateurs de Twitter ont alors pu constater que le nombre de leurs followers était tombé à zéro et en ont largement discutés, entre autres sur les hastags #zeroday #twitcrash #zerofollowers
Les effets psychologiques du bug
Il s’agit de ce que John Suler a appelé l’expérience du trou noir : quelque chose ne marche pas, et on ne sait pas pourquoi, ni comment le réparer. Tout ce que l’on tente de faire reste sans effet. C’est une expérience d’autant plus troublante que nous attendons des machines qu’elles nous obéissent au doigt et à l’oeil. C’est même l’un des grands plaisirs donnés par les ordinateurs que d’exécuter nos commandes. La multiplication des interfaces tactiles n’est pas simplement un effet d’un marketting habile. Elle renforce les interactions que nous avons avec les ordinateurs
Si la panne (logicielle ou matérielle) des machines est si troublante, c’est qu’elle nous met en lien avec les échecs d’es interactions premières. Elle nous replonge dans des situations d’impuissance totale, ce qui provoque des réactions de frustration, de haine ou de fuite
Le bug de Twitter a bien évidemment rapidement été compris comme quelque chose de temporaire et qui allait être réparé. En un en sens, cela était rassurant. En en autre, cela nous faisais prendre pleinement conscience ( pour un moment, ces choses là ne restent jamais longtemps à la lumière) que nous dépendions du bon plaisir et des compétences d’une Autorité.
Les réactions des uns et des autres témoignent de la variété des réactions face à la casse. Chacun, en fonction de son histoire, expérimente la casse d’une façon particulière : certains font comme si de rien n’était, d’autres tentent de réparer, d’autres s’agacent , d’autres encore mettent fin à la relation avec l’objet cassé. D’autres le transmettent a un tiers, pour le réparer ou s’en débarrasser. C’est cette variété de réactions qui a été observée ici. Mieux, on a même pu voir quelques effets de la fonction mythopoétique : sur twitter aussi, quelques faiseurs de mythes ont donné à d’autres les moyens de transformer quelque chose de pénible. [un bon apercu de ce qu’est la mythopoétique est donné par Véronique Gély sur Vox-poetica.org]
Etre seul dans le cyberesapace peut être angoissant et culpabilisant
MyLiliRose: Arrggghhhhh… où êtes vous passé??? plus un seuil followers et je ne follow plus personne!!! j’vous jure, j’ai rien fait…Help #0followers
egoflux: J’ai du tweeter une grosse connerie… cf. http://bit.ly/b8xWeQ #0day
Original Tweet:
Mais c’est aussi le moment ou l’on peut se retrouver, le temps ou créer des souvenirs plus ou moins honteux
PRland: [Confession Intime] J’ai fait une capture d’écran de nombre de mes followers, au cas où ça reviendrait jamais #shameonme #jemesouviens
Certains restent parient sur le futur
dahara: After a storm comes a calm. #proverb #unknown
ou se racontent des histoires en attendant
marshallk: So 2 twitter users with zero followers walked into a bar…
mais la twittosphère est en feu
palpitt: Following 0 : 280 tweets toutes les 20 secondes, la twittosphère a peur http://twitter.com/#search?q=%22Following%200%22
Le désespoir gagne et on se souvient alors de la valeur des premiers followers
manyyy: Je donne un rein à mon premier follower. (Please RT)
Une crise fait penser à une autre
SylvainePascual: MDR RT @erwanicolas: RT @Le_Loser: Ne vous inquiétez pas Roselyne Bachelot a commandé 100.000.000 de Followers
mais après tout l’égalité à du bon
aubedelune: C’est l’égalité !!! BRAVO !! J’ai le m^me nombre de falowwers que Obama et Jim Carrey !!!
Même si pour certains cela reste un cauchemar
thierrysoulard: J’ose pas sortir de mon bureau. J’ai peur de découvrir la ville vide de toute présence humaine, d’un coup. #TwitterNightmare
Une telle disparition est suspecte. Sans doute un crime a-t-il été commis ? Il faut enquêter !
EveCatherine_: je vais devoir engager un détective pour retrouver tout mes followers
On tient un suspect !
BoukerchaKarim: J’étais bien sur twitter, mais heureusement Zéro est arrivé ! #0day
L’absence de followers permet de se laisser à tous les plaisirs et à toutes les confessions
jeffjarvis: You mean no one is following me right now? I can do anything? OK: Fart.
arnaud_thurudev: Pareil RT @Dugomo: #0day Je peux dire n’importe quoi, personne ne me suit : Je suis amoureux de @ et de @ et un peu aussi de @ :
Les mesures les plus anciennes ont échoué
justin_hart: RT @demonsheep: Having failed to sacrifice the correct virgin, all your followers are belong to #DEMONSHEEP. #followgeddon
De nouveaux coupables sont trouvés.
Rubin : À mon avis c’est les spéculateurs. RT @jpraffarin: Twitter est il victime d’un complot socialiste ? ils sont capables de tout ! :
Des voix donnent quelques explications
helenefrebourg: RT @hfisselier: Le pourquoi du 0 : http://is.gd/c2X5b (via @korben) /via @bengallerey (via @nicodiz)
secteur_sud: je crois qu’on peut élever ce tweet au rang de raison officielle RT: @Gautier_Girard: Chuck Norris vient de s’inscrire sur Twitter ou bien ?
Mais déjà un groupe Facebook est créé. L’étape suivante est généralement la création du tshirt comme on a pu le voir avec #meuporg mais les digiborigènes n’auront pas le temps de le faire
Savatte: Pour que les comptes twitter repartent tous de 0 ! http://bit.ly/azWGz5
Finalement ?
Finalement, le plus étonnant est l’importance de messages témoignant de la perte du contrôle surmoîque : s’il n’y a plus personne pour me suivre alors je peux faire n’importe quoi ! Peut être est ce que l’investissement des followers comme surmoi tient aux résonnances du verbe “suivre” ? Toujours est-il que cela contraste avec l’image qui est parfois donnée des utilisateurs de Twitter : des petits narcisses ne souhaitant rien d’autre que de se mettre en valeur.
Ensuite, il ya de tweets en tweets comme une histoire qui se construit, un discours qui court. Il y a quelque chose de groupal qui s’est produit sous la pression du bug. Ce n’est pas aussi structuré qu’une chaîne associative groupale ou un fantasme de groupe, mais on voit bien comment les individus mettent en jeu etleur créativité pour faire face à la situation. L’intérêt est qu’ils ne sont pas seul. En effet, quelque soit la vivacité du flot de la timeline, on saisit toujours quelque chose des autres : un phrase, un mot, un nom.. En ligne aussi, la créativité des uns se nourrit de la production des autres
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L’homme n’est pas un document comme les autres
J’ai été frappé, comme beaucoup sans doute, par la formule d’Oliver Ertzscheid qui affirmait : L’homme est un document comme les autres. [Slideshare] [PDF] L’énoncé me semblait parfait et la démonstration limpide
Olivier Ertzscheid montre que l’on est passé du World Wide Web au World Life Web.La situation actuelle est celle d’un “pan catalogue des individualités numériques”. La généralisation des indexations, le glissement de l’idexation à la marchandisation, et l’introduction de l’indexation aux jeux sociaux (Le Deuff, 2006) a fini par transformer l’homme en un document comme les autres. Comme les autres, c’est à dire que rien ne vient le distinguer des autres documents : il est manipulable, transformable, partageable, et bien entendu commercialisable comme n’importe quelle autre donnée en ligne
Sur le Web, nous avons affaire en ligne à une explosion des documents. La multitude est encore aggravée du fait que ce ne sont pas seulement les documents qui sont fragmentés, mais les usages, les modalités de diffusion, d’appropriation, d’édition…Il a donc fallu inventer de nouvelles façons de faire.
Nos identités en ligne font l’objet d’une “redocumentarisation” : chacun peut en réactualiser les contenus sémiotiques selon son interprétation et ses usages. Cette redocumentation peut être interne : elle concerne alors l’extraction d’éléments identitaires et leur réagencement. Elle peut être externe : les fragments sont alors réagencés en collections. Par exemple, je peux me présenter en ligne comme “psychologue”. Je sélectionne alors dans mon identité un élément parmi d’autres et je le mets en avant dans un dispositif (Facebook, blogue….). Cet élément peut être agrégé dans des ensembles plus vastes : groupes de psychologues dans des listes de diffusion, sur Facebook ou sur Twitter par exemple
Au final, Ego a en ligne une identité qui ne lui appartient pas tout à fait, dont il ne contrôle pas absolument la visibilité, et dont il ne mesure pas toujours la finalité. Cette identité est documentée par lui-même et par les autres.Ego met en ligne des contenus, dit qui il est, aime et met en favori des contenus, fait passer (RT) des liens et des énoncés. il est aussi cité par d’autres, sur les blogues, ou xxx Cette identité n’est jamais fixe. Elle est soumise a tous les changements, et à toutes les légertés. Ego a une identité redocumentarisable ; cette redocumentarisation peut être le fait d’Ego ou des autres.
Ce texte a eu sur moi un impact important. Lorsque j’en ai pris connaissance, il a résonné avec les idées sur lesquelles je travaillais à l’époque. Je n’arrivais pas alors a en faire une synthèse satisfaisante même si je pressentais que ces idées pouvaient déboucher en une élaboration théorique satisfaisante. Elle tournaient autour d’un personnage de roman, de l’écriture autobiographique et de ce que la psychanalyse à dégagé du travail de l’écriture.
J’avais rencontré la Stitch bitch de Shelley Jackson. La Stitch bitch est une créature complexe. Elle est à la fois un personnage de roman, une théorie de l’hypertexte et une théorie de l’identité. Elle est une machine dans laquelle on se perd tout autant que l’on se retrouve. Nous sommes tous des stitch bitches. Comme elle, nous ne sommes pas ce que nous disons. Comme elle, nous ne sommes pas qu’un corps. Comme elle, nous sommes sans place. Comme elle nous sommes dans les creux, les cicatrices, les sutures. Le cyberespace nous promet de nous séparer de notre corps, cette “topie impitoyable” (M. Foucault) et de goûter aux plaisirs de toutes les libertés et de toutes les métamorphoses. Mais ce que nous vivons, c’est bien plutôt la souffrance d’une âme peinant de ne plus avoir de lieu. Cette Stitch bitch est une image de ce que nous sommes en ligne : lambeaux errants tentant de nous rassembler autour de quelques dispositifs qui échouent toujours à tenir leurs promesses.
A coté d’elle, l’énoncé de Rousseau qui invente l’écriture intus et in cute . Avec Rousseau commence le sujet moderne tel que nous l’entendons aujourd’hui. Cette écriture au-dedans de soi était elle celle que nous mettons en œuvre ? Les blogues, les updates et autres checking ne sont ils pas une façon de témoigner de son existence ? L’Internet est un lieu d’écriture. On y écrit au futur antérieur (“j’aurais été cela”) ou pour la galerie; Certes, le risque de se perdre dans tous ces miroirs est grand, mais l’enjeu l’est tout autant : il s’agit d’élucider des parcours individuels et collectifs.
Toute écriture touche le travail de l’identité. Ecrire, c’est laisser une trace. C’est mettre quelque chose en attente d’être représenté. C’est faire un travail de médiation entre le style et la surface d’inscription, entre l’Idéal de ce que l’on avait en tête et le banal de ce qui se forme sur la feuille. Ecrire, c’est faire avec le corps et la mort. Cela a été exploré pour le monde physique. Mais qu’est ce qu’écrire pour les mondes numériques ? Que devient, une fois en ligne, cette sensorialité à partir de laquelle part toute symbolisation ?
L’hypertexte est une cicatrice. Voilà la conclusion à laquelle j’étais arrivé après avoir suivi la Stitch bitch, les confessions de Rousseau et ce que la psychanalyse nous apprend des médiations de l’écriture. Que faisons nous lorsque nous arrivons sur une page web . Nous promenons le curseur sur la page comme on passe une main sur un corps aimé. Nous en cherchons les zones sensibles. Nous attendons le miracle de la transformation de la flèche en une main. il ne nous reste plus alors qu’a appuyer sur le lien pour être transportés ailleurs. Cette sensibilité d’une zone particulière fait de l’hyperlien une commémoration. Mais quel est ce corps sur lequel nous écrivons ? De quels meurtres est ce que les clics sont les commémorations ?
L’homme est un document comme les autres est un énoncé d’autant plus plaisant qu’il retrouve des anciens sillons. “Je mettrai ma loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple.” dit l’Eternel (Jérémie : 31). Aussi, chacun aura a lire ce que le Créateur a écrit en lui pour entrer dans un dialogue direct, cœur à cœur avec Lui. Notre culture a installé l’équivalence du livre, de l’écriture et de la personne : on peut lire les intentions de quelqu’un à cœur ouvert, ce que l’on a d’intime se met dans un journal etc
Les hommes n’ont pas les attentions d’un dieu. Lorsqu’ils écrivent sur le corps d’un autre, c’est pour punir. Une machine inscrit avec des aiguilles la sentence sur le corps du condamné. Le procédé est si douloureux que nul n’y survit .Peut être est ce à la Colonie que Michel de Certeau pensait lorsqu’il écrivit “La loi s’écrit sur le dos des sujets” ?
Malgré tout cela, l’homme n’est pas un document comme les autres.
Les cultures orales connaissent le commentaire. Mais on lie le variorum avec l’invention de l’imprimerie et l’on crédite Cornelis Schreviel des éditions complètes de nombreux auteurs classiques dont Virgile, Ovide, Erasmes, Claude, Quintillien…. Il a réunit les commentaires et les différentes éditions et les a réassemblées en notes de bas de page. Après les auteurs classiques, ce sont les poètes qui ont bénéficiés d’éditions varioriom. Thomas Newton donne une édition variorum du poète anglais Milton en 1749 et William Shakespeare reçoit le même type de traitement par Samuel Jackson.
On trouvera ci-contre une page du New Variorum Edition de Hamlet. Les commentaires portent sur l’énigmatique réponse que fait Hamlet au Roi qui s’inquiète de son air sombre.
King : How is that the clouds still hang on you / Pourquoi ces nuages qui planent encore sur votre front.
Hamlet : Not so, My lord; i am too much i’ the sun / Il n’en est rien, Seigneur; je suis trop près du soleil.
Variorum. Voilà donc le type de document que nous sommes. En ligne, nous sommes annotés par nous même et par plus d’un commentateur. Les récits des uns et des autres courent en des discours qui se déposent sur le réseau, sombrent dans ses replis, ou sont répercutés en de multiples dispositifs. Par exemple, ce que Ego dit aimer sur YouTube peut être répercuté sur Facebook et Twitter, et à partir de là, être saisit par d’autres et redistribué de nouvelles fois. Toutes ces annotations sont nos cum notis variorum scriptorum..
L’homme n’est pas un document comme les autres. Il est un document spécifique. Il est un document qui accumule, agrège, assemble, et déconstruit les discours. Nous sommes des textes commentés par d’autres textes. Le réseau Internet rend plus accessible quelque chose que nous connaissions déjà par la psychanalyse1 ou par les arts.
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- “Les symboles enveloppent […]la vie de l’homme d’un réseau si total qu’ils conjoignent avant qu’il vienne au monde ceux qui vont l’engendrer « par l’os et par la chair », qu’ils apportent à sa naissance avec les dons des astres, sinon avec les dons des fées, le dessin de sa destinée, qu’ils donnent les mots qui le feront fidèle ou renégat, la loi des actes qui le suivront jusque-là même où il n’est pas encore et au delà de sa mort même, et que par eux sa fin trouve son sens dans le jugement dernier où le verbe absout son être ou le condamne, – sauf à atteindre à la réalisation subjective de l’être-pour-la-mort.”Lacan, J. 1953 [↩]
Facebook n’est pas le mal

Il semble que la blogosphère se soit trouvé un nouveau méchant : Facebook. Cela aurait pu être Google, ou Twitter, mais il faut dire que Facebook avec ses intentions affichées de dévorer le web, la longue histoire qu’on lui connaît vis à vis des manipulations des données utilisateurs [En], et l’origine trouble du service est un excellent client.
Les billets contre Facebook se multiplient. L’Electronic Frontier Foundation vient de publier une “Facebook Timeline” [Trad. Fr Comment Facebook a bradé notre vie privée] . Ce n’est qu’est billet parmi d’autres car on a pu voir aussi passer des billets expliquant que “Facebook c’est mal” [En] appelant à détruire son compte Facebook tandis que d’autres donnaient les 10 raisons pour lesquelles il faut quitter Facebook. [En]
Le problème ? Facebook ne respecterait pas les règles les plus élémentaires en matière de “privacy” – entendez : vie privée. Facebook jouerait avec nos données et exploiterait sans vergogne nos vies sociales.Nos souvenirs de vacances, nos pensées, nos relations, nos coups de cœur et de gueule, tout cela, en définitive, ne servirait qu’à vendre du Coca-Cola.
Est-ce une si grande surprise ? Ne savons nous pas que la gratuité de la plupart de ces services n’est qu’apparente et qu’il faut bien que quelqu’un paye la facture à la fin du mois. Ne savons nous pas que cette gratuité est la plupart du temps une étape préliminaire avant la mise en place d’un service “pro” c’est-à-dire payant ? Ne savons nous pas qu’il s’agit la plupart du temps d’obtenir la masse critique d’utilisateurs qui permettra au service de vivre ?
Mais l’Internet des réseaux sociaux n’est pas un espace que les digiborigènes possèdent en propre. Les serveurs appartiennent aux sociétés 2.0 et, effectivement, personne ne peut garantir les opérations qu’elles effectuent sur leurs machines. il faut rappeler ici l’adage pré-web : le problème est entre le clavier est la chaise. Personne n’est obligé de s’inscrire à un service. Chacun a le contrôle de ce qu’il met en ligne…Facebook n’est qu’un bac à sable, et nous n’en avons pas les clés.
Nous le savons, et nous avions comme tactique de passer d’une béta à une autre à partir du moment ou le service devenait payant. Il faut dire que l’environnement numérique offrait des services à foison et que beaucoup étaient redondants.. La donne est aujourd’hui différente : les services sont devenus beaucoup moins nombreux, et notre mobilité est réduite d’autant. D’où le sentiment d’être piégés et l’affolement de quelques uns. Mais nous avons toujours été dans la nasse.
L’ombre de l’Esclave 2.0 toujours plané sur le web depuis que les services sont devenus des enveloppes vides que les utilisateurs doivent remplir par leurs activités. Même du temps maintenant glorieux des forums, cette suspicion planait sur les groupes : sommes nous ici pour que quelques uns viennent profiter de notre travail ? Le web 2.0 a transformé en vertu ce qui était avant lui un usage problématique voire même anti-social. Nous verrons ce que ce fameux “contenu généré par les utilisateurs deviendra à l’étape suivante”
La donne a changé et en grande partie grâce à nos usages de Facebook. Ce que nous considérions comme une information personnelle ou privée – aller à une réunion, préparer un anniversaire – est devenue une information à broadcaster. Nous nous sommes comportés comme des médias et nous avons ainsi contribué à faire de nos vies des informations marchandes. Tout, ou presque, est devenu partageable; tout, ou presque, est devenu légendable; Ce faisant, nous avons redessiné les frontières du commun, du partagé, de l’intime et du privé.
Le web est à l’aube d’une nouvelle transformation. L’extraordinaire est qu’elle est initiée par une entité qui il y a une poignée d’année n’était qu’un trombinoscope pour étudiants. Avec l’Open Graph de Facebook, tout devient un objet social. Et, tout devient une donnée sur les serveurs de Facebook. Cela donne une emphase encore plus grande au fait que le cyberespace est un espace qui jamais tout à fait privé et jamais tout à fait public.
Je pense que nombreux sont ceux qui pensent que cette situation n’est qu’un pis aller. D’évidence, Facebook rend des services, sinon il n’aurait pas autant d’utilisateurs. Y renoncer ne pas pas être facile car le service a sur se placer comme centre stratégique de la vie numérique. La question ne concerne pas seulement Facebook. Plus le temps passe, plus il devient impossible de ne pas avoir sur le réseau une image de ses actions dans le monde physique. Nous sommes en train de créer des doubles numériques avec lesquels nous devons apprendre à vivre. Beaucoup des questions que nous nous posons à propos de l’Internet reprennent l’imaginaire du double : Frankenstein, Dorian Grey.ou Dr Jekkyl et Mr Hyde en sont les figures
Le point important est de redonner aux utilisateurs le contrôles sur leurs données. Pour beaucoup, l’hébergement de celles ci sur des serveurs distants, qu’ils soient propriété de Facebook, Google ou Twitter est une aberration. Des solutions sont en cours de construction. Elles passent par la mise au point d’un format ouvert d’échange permettant à un utilisateur de passer sans difficultés d’un service de réseau social à un autre. L’avantage est de défusionner le service du réseau social : nous ne sommes pas attachés à Facebook comme marque, mais au réseau de relations que nous y avons créé. Movim est un des dispositifs qui explore cette voie.
Combien d’entre nous l’emprunteront ?
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Trois processus du cyberespace : la contagion, le débordement et la saignée.
Dans l’espace Internet, quatre caractéristiques – le temps subverti, l’espace aboli, la pluralité et la trace – organisent les représentations que l’on se fait du réseau, selon que l’on mette l’accent sur l’une ou l’autre d’entre elles ou encore sur certaines combinaisons. Ainsi, la représentation du réseau en termes de rapidité et d’efficacité s’appuie sur les caractéristiques spatio-temporelles telles que nous venons de les décrire tandis que celle qui présente Internet comme un lieu d’échange et de rencontre renvoie plutôt à la pluralité.
Cette grille de lecture permet de dégager quelques processus qui se déploient sur Internet et dont certains prennent forme de figures du réseau. On a tout intérêt à prendre ici le terme dans toute sa gamme polysémique, c’est-à-dire, comme le propose Elias SANBAR qu’il s’agit « Tout à la fois d’une physionomie, d’un visage aux traits changeants et pourtant reconnaissables, d’un timbre de voix, du portrait et de la silhouette, d’une configuration du monde telle celle des cartes géographiques dites « figures de la terre », d’une structure géométrique, d’une chorégraphie, figures de dans, à un moment précis sur la scène d’un pays, d’une typologie (figure du révolté, figure du réfugié) de symboles enfin, figures de style ou de rhétorique »1 Ces figures sont pour le réseau tout à la fois des visages (des représentants), des ébauches (comme simplification et comme juste (presque ?) né), et des mouvements. Cela permet de saisir des parentés et des similitudes qui apparaissent difficilement par ailleurs et de voir ainsi des processus commun à l’œuvre dans différentes régions de l’Internet ou dans différents dispositifs. Trois figures peuvent être isolées : la contagion, le débordement, la saignée.
1. La contagion
Le processus infectieux donne lieu aux grandes figures de l’Internet qui vont des différents virus qui englobe toute une famille de « malfaisants » qui va des programmes informatiques causant des dommages plus ou moins grand aux trolls (eGroupes) et autres campeurs (jeux vidéos) qui hantent l’Internet
1982 voit une grande innovation en informatique : Elk cloner, premier virus se disséminant de façon incontrôlée. Jusque là, quelques virus avaient été programmés à des fin d’observation et d’étude. Elk cloner se propage en infectant le système d’exploitation d’Apple II enregistré sur disquette. A chaque démarrage avec une disquette infectée, une copie du virus est activée et se loge en mémoire vive. Il contamine alors toute disquette saine introduite dans le lecteur de disquette, et se propage ainsi de machine à machine. Telle est en effet la grande nouveauté d’Elk cloner : sortir d’un pré carré de machines et aller comme à l’aventure. Tous les cinquante démarrages, il signale sa présence par un petit texte2
Ce premier virus est une sorte d’épure d’un fait dont l’auteur du programme, Nick Skrenta, 15 ans à l’époque, était coutumier. Il donnait à ses amis des jeux piratés, qu’il avait pris soin de modifier afin qu’au bout d’un certain temps ils ne puissent être utilisés. Les bénéficiaires du cadeau avaient ainsi la joie de recevoir un jeu, et, lorsqu’ils avaient joué suffisamment pour être attaché a ce jeu, le désappointement de ne plus le voir fonctionner, non sans que le généreux donateur ne se soit rappelé à leur souvenir par un dernier message « humoristique ». Les amis de Skrenka auraient appris à ne jamais le laisser approcher de leurs ordinateurs, et Elk cloner aurait été pour lui une façon de contourner ce dispositif défensif.
On a là tous les ingrédients de ce que l’on va ensuite appeler les malwares (malicious software) : l’appât, et puis dans un second temps, la désillusion qui peut prendre des allures de sévère punition, l’objet caché, le désir de nuire3.[3] Voir aussi le mythe du cadeau empoisonné avec Pandore.
On désigne sous le nom de malware tout programme ayant pour but de nuire à un système informatique en en prenant le contrôle sans le consentement de son opérateur ou sans même qu’il ne s’en aperçoive ; la gêne occasionnée est variable, et le spectre d’action des malwares va de la gêne bénigne aux dommages irrécupérables. Les malwares peuvent prendre la forme de virus, de ver, d’un cheval de Troie ou d’une porte dérobée.
Un virus est un programme qui est activé lorsque l’utilisateur ouvre un programme contaminé. Le virus se répand alors dans le système informatique en attachant des copies de lui-même à des fichiers ou à des unités de stockage. Le virus ne peut contaminer que les fichiers contenant des instructions programmables. Avec le développement de l’Internet, les virus se sont ont trouvé dans le mail un hôte de choix. Ils se présentent alors sous la forme d’un mail tenant de persuader le destinataire d’ouvrir le fichier joint qu’il contient, lequel est bien entendu infecté.
Comme le virus, le ver à la capacité de s’auto-répliquer mais contrairement à ce dernier, il n’a pas besoin d’être contenu dans un fichier. Plus exactement, c’est le système informatique infecté dans son entier qui devient son hôte. Le ver est également capable d’effacer des fichiers, d’envoyer des emails, d’installer des portes dérobées (Sobig, Mydoom) transformant alors la machine infectée en zombie qui pourra être utilisée par les spammers pour envoyer leur pourriel ou pour masquer leur adresse I.P. Le premier ver a été programmé par le Xerox PARC en 1978. Le nom viendrait du fait que le ver est, comme son équivalent dans le monde animal, composé de « segments » qui s’exécutent sur des machines différentes. Mais comme toujours sur Internet, on trouve des liens avec le monde de la science fiction ou de l’héroïc fantasy. Le terme avait déjà été utilisé par John Brunner en 1975 dans son roman The shockwave rider et décrivait alors un programme informatique qui se répand seul à travers un réseau informatique. Le programme est activé alors que le héros est prisonnier et ne peut donc physiquement plus rien faire. Il sert à la manifestation de la vérité en rendant public sur le réseau les malversations du gouvernement (expérimentations génétiques illégales donnant naissance à des enfants monstrueux, corruption etc.) : toute personne concernée par un crime gouvernemental se voit recevoir un e-mail l’informant sur les crimes dont elle est l’objet. Ainsi, le ver se donne comme envers de l’endoctrinement : l’endoctrinement se fait aux yeux de tous ; le ver a une action souterraine. L’endoctrinement cache quelque chose ; le ver révèle. L’endoctrinement est massif ; le ver diffuse des messages hautement individualisés. L’endoctrinement est un trompe l’œil ; le vers est plein de sens.
Le roman de John Brunner reprend des éléments de la thèse développés par le sociologue Alvin Toffler en 1970 dans Future Shock : il tentait d’y montrer la société industrielle était en train d’évoluer à une vitesse telle que les individus étaient submergés par les changements technologiques et sociaux. Trop de changements en trop peu de temps confronterait à une sorte de stress temporel (« future shock ») dont les effets seraient visibles dans la majorité des problèmes sociaux.
Sur Internet, le premier ver a attirer l’attention fût Morris, le 2 novembre 1998, écrit par Robert Tappan Morris alors qu’il était encore étudiant, ce qui lui valut une condamnation à trois années de probation, quatre cent heures de travaux communautaires et une amende de plus de dix mille dollars. Morris eut un effet dévastateur sur Internet, à la fois du fait des pannes réelles qu’il a provoqué en surchargeant le fonctionnement des machines, et du fait de l’effet de panique, sans doute excessif, qu’il a provoqué. Morris est aussi connu sous le nom de Great Worm [Grand Dragon] de Tolkien : Glaurun et Scatha.
Un Cheval de Troie est un programme se présentant sous une apparence légitime mais exécutant lors de son installation des tâches à l’insu de l’utilisateur. Le plus souvent, le cheval de Troie installe d’autres programmes ayant pour fonction d’espionner l’utilisateur (spywares, keyloogers) de lui imposer des publicités (adwares). Le cheval de Troie peut également ouvrir des portes dérobées (backdoors) permettant à l’émetteur de prendre le contrôle de tout ou d’une partie du système informatique. La motivation est financière, voir frauduleuse, lorsqu’il s’agit de programme permettant de récolter les numéros de carte bancaire (keyloggers) ou encore de transformer la machine cible en en un zombie-PC pour un envoi massif de spams. Contrairement aux virus et aux vers, le cheval de Troie ne peut se dupliquer lui-même.
La référence à la guerre de Troie est explicite : celui qui laisse entrer en son sein un objet sans s’être préalablement assuré de son innocuité se met en péril ; tout n’est pas incorporable impunément. On quitte là les métaphores biologiques pour la cité comme lieu à défendre contre un extérieur potentiellement menaçant. Il est amusant de noter que Laocoon, qui averti les troyens par son fameux « timeo Danos, et dona ferentes »4, sera dévoré, ainsi que sa progéniture, par deux énormes serpents.
Virus, vers, trojans, mettent en jeu une image du corps qui est agie dans les différentes mesures de protection ou de désinfections que prend l’utilisateur : l’endiguement, le tri de ce que l’on peut accepter ou pas, la limite mise entre un « dedans sain » et un « dehors contaminé », brûlant, même si l’on en croit l’existence de « pare-feux ». Il s’agit dans tous les cas de maintenir son unité face à une multitude dont le contact peut être dangereux. Cette image du corps peut renvoyer. Maintenance, contenance, pare-excitation : on retrouve là les grandes fonctions du Moi-peau. Non pas que les systèmes informatiques aient un psychisme. Mais simplement du fait que ceux qui les conçoivent et les utilisent les investissent comme des prolongements de leur propre corps. Et cette tendance est d’autant plus forte que les mondes numériques manquent cruellement de chair.
Au-delà du simple aspect sadique dont sont chargés ces différents malwares, ils ont pour effet de marquer différents territoires dans un espace qui se donne pourtant comme sans limites. Du coté de l’utilisateur, les dispositifs mis en place délimitent, comme nous l’avons vu, une zone différente de tout le cyberspace et dans laquelle il peut travailler et interagir normalement avec les autres. Du coté de l’auteur du virus, à partir du moment ou celui-ci est lâché dans le cyberspace, l’espace contaminé porte sa marque ; chaque poste contaminé contient une partie de lui et plus la pandémie est grande, plus grand est le territoire qui porte sa signature. On peut faire, je pense, le parallèle avec les tags qui couvent avec plus ou moins de bonheur les façades de nos bâtiments et, plus loin, avec les différents types de marquage du corps qui sont réapparus dans notre culture ces 20 dernières années. Les malwares réintroduisent le corps via la problématique du toucher : il y a des objets dont le contact peut être dangereux ; chaque machine contaminée avoue ne pas avoir fait de la plus élémentaire prudence dans ses contacts avec d’autres machines5. Une des motivations des programmeurs de virus s’ancre, me semble-t-il dans ce fantasme de pouvoir suivre les contacts des uns avec les autres et in fine d’être de toutes les scènes primitives.
Il nous faut encore remarquer que le ver était dans le fruit pour ainsi dire dès le départ : sur l’Internet, les communications entre les machines se font d’ « hôte » à « invité ». Cela laisse clairement entendre que d’autres peuvent être malvenus, et d’autre part que l’ « invité » est toujours susceptible de se dégrader en commensal puis en parasite.
2. Le débordement
Il s’agit là d’une figure que l’on retrouve dans différents dispositifs sur Internet. Pour une part, elle est une conséquence de la contagion : elle dit à la fois le pullulement des virus qui se multiplient dans le cyberspace – c’est la peste qu’il faut contenir hors les murs -, ou dans un site donné – c’est alors le débordement des capacités de calcul de la machine. Mais c’est aussi le débordement de la capacité de liaison de tout un eGroupe lorsqu’il est attaqué par un troll. Une des technique du troll est de faire exploser chaque message en une multitude de questions sans jamais prendre en considération aucune des réponses qui lui est faite, si ce n’est pour à nouveau les faire exploser en une nouvelle multitude de questions. C’est aussi la saturation d’une session de chat lorsque quelqu’un poste répétitivement le même message. C’est enfin une tactique de combat qui est utilisée dans les jeux multijoueurs : un camp submerge un autre en utilisant des unités dont la faible valeur est contrebalancé par leur grand nombre. Cette tactique a pris le nom de zerg (ou zerging) du nom d’une race d’insectoïdes sur le jeu Starcraft, les Zergs, qui étaient très utilisés pour cette tactique.
3. La saignée
Stricto sensu, la saignée désigne le fait qu’un site puisse héberger en son sein les pages d’un autre site, sans que celui-ci en soit averti. Ce qui est en jeu, c’est moins le motif de l’inclusion, que l’exploitation d’un site par un autre qui voit alors son trafic s’appauvrir. Cette représentation d’un contenu qui s’échappe, se vide, parfois au profit d’un autre, se retrouve aussi dans le peer-to-peer et désigne le téléchargement sans réciprocité, ce qui au final met à mal le réseau concerné et peut même conduire à sa disparition. On la retrouve dans les jeux vidéos ou le leeching désigne alors le fait pour un joueur de bénéficier des efforts d’un groupe sans contribuer. Dans les jeux vidéo, le leeching désigne les joueurs qui bénéficient personnellement des efforts d’un groupe mais qui ne participe pas à l’effort commun. Dans tous les cas, il s’agit de situations ou l’on reçoit sans donner, c’est-à-dire de situation ou la réciprocité si chère à Internet est mise à mal.
A chacune des déclinaisons de ces figures, des dispositifs défensifs ont été inventés : pour le chat, une temporisation peut être mise en place pour éviter la répétition stérilisante du même. Pour le troll, l’exclusion ou la censure peuvent parfois être mis en place ou encore le groupe peut être organisé de façon à ce que le troll ait moins de prise
Il y a une remarquable cohérence de ces différentes figures, qui se répondent l’une l’autre et qui se recouvrent partiellement. L’unité en est donnée par la référence à l’image du corps. C’est ainsi que la contagion campe l’attaque d’un par une multitude et que les fantasmes qui accompagnent cette représentation sont ceux de pénétration violente, d’usurpation d’identité, de perte hémorragique de son contenu, de perte de la capacité à recevoir. Les virus mettent en scène un toucher corrompu / corrompant, les backdoors l’entrée interdite, non sue, les trojans un corps ville forte mais toujours soumis au risque de la séduction et les vers le mauvais en soi que l’on est susceptible d’héberger à son corps défendant. A cela, la réponse défensive est la création d’une barrière radicale entre le système informatique de l’utilisateur et le cyberspace ou encore l’utilisation curative d’agents de désinfection. La saignée fait intervenir les fantasmes de vol des contenus, d’anémie et finalement de vampirisation tandis que le débordement renvoie à la saturation d’un espace rendant problématique voire impossible toute inscription ou encore au débordement de ses propres capacités.
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- Elias SANBAR, Figures du Palestinien. NRF essais. Gallimard. p 15 [↩]
- Elk Cloner: The program with a personality.It will get on all your disks / It will infiltrate your chips / Yes it’s Cloner! / It will stick to you like glue / It will modify ram too / Send in the Cloner! [↩]
- Précisons, pour la petite histoire, que Richard Skrenta saura rester pionner sans utiliser sa créativité de façon moins agressive. Il participera à VMS monster, un des premiers Multi User Dongeon. VMS monster inspirera le célèbre TinyMud [↩]
- « Je crains les grecs, même lorsqu’ils offrent des présents » [↩]
- Une des motivations des programmeurs de virus s’ancre, me semble-t-il dans ce fantasme de pouvoir suivre les contacts des uns avec les autres et in fine d’être de toutes les scènes primitives. [↩]
J’ai rêvé … sur Twitter

Hier nous nous sommes demandé ce que devenaient nos rêves lorsque l’on vit immergé dans des industries de l’imaginaire tels que le cinéma et les jeux vidéo. Si vous avez fait des rêves à propos de jeux vidéo, ce serait bien de le mettre en commentaire de rêves de gameurs Je me suis demandé aujourd’hui ce que deviennent nos rêves sur Twitter ?
Les matinées sont propices à la récolte des rêves. Chacun y est encore gros de ce que la nuit a apporté d’agréable ou de désagréable, et comme tout lieu social, Twitter est un des endroits ou les rêves peuvent être mis en commun. Pour les individus, il y a au moins deux stratégies inconscientes. La première est d’avoir un lieu de dépôt ou de décharge. Twitter permet a la vie consciente de se débarrasser de ses restes nocturnes. Le second est d’avoir accès aux résonnances conscientes et inconscientes des uns et des autres. Certains énoncés de rêve sont adressé à des personnes particulières : c’est donc que le rêveur pense que ce sont ces destinataires qui peuvent entendre et déchiffrer le rêve. D’autres sont adressés à la timeline, c’est à dire à personne en particulier. Peut être est ce que le rêve n’a pas alors d’autres destin que d’être mis de coté ?
Le RT ou la réponse indique que le rêveur n’a pas rêvé seul : ses intérêts inconscients sont partagés par d’autres. Détail amusant, sur Twitter, les robots peuvent se dire intéressés par les rêves des humains. Prémonition ?
Je n’ai malheureusement pas le temps de le faire, mais je me demande quelle configuration peut avoir le graphe de tous ces rêves ? Les rêveurs de Twitter rêvent ils en réseau ?
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