La cyberpsychologie apparait dans les média français

image “Bienvenue dans la cyberspyché” titrait Pascale Senk dans le Figaro d’hier (5 juillet 2010) Le titre est peut être un peu über enthusiastic (ou quelque chose comme cela) mais il capte quelque chose qui est dans l’air et que Benoit Virole a su saisir avec son Cyberpsychologie publié chez Dunod et co-écrit avec Adrian Radillo. Il ne faudrait pas que ce mouvement fasse oublier les travaux pionniers d’Evelyne Esther Gabriel, d’ Alain Lespinasse ou de  Michael Stora. Par ailleurs, en France, de plus en plus de cliniciens utilisent les jeux vidéo, mais ils le font souvent sans être en lien avec d’autres praticiens. J’en profite pour rappeler que j’ai ouvert le groupe Médiations Numériques pour pouvoir discuter de ces questions. Le groupe est malheureusement peu actif (litote) mais si vous voulez discuter des Médiations Numériques et partager des ressources, je serai heureux de vous y voir.

Une rapide recherche sur cairn.info montre près de 3000 articles sur les jeux vidéo. Certes, on est loin encore du corpus anglo-saxon qui produit a jets continus depuis plus de 20 ans. Mais comme leur réflexion s’abreuve aurpès de Foucault, Baudrillard, Lacan, Latour and co., il devrait être possible de faire sentir la french touch dans ce secteur de recherche

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Demain sur l’Atelier des médias

Radio Daze par Ian Hayhurst http://www.flickr.com/photos/imh/3297961043/

Enfant, j’aimais écouter RFI. Le contenu de ce qui était dit m’intéressait bien moins que la qualité de la connexion. Entendre cette voix lointaine qui me parlait aussi de ce qui m’était si proche me ravissait et me rendait insupportable tout défaut dans la réception

Lorsque Ziad Malouf m’a demandé si je voulais participer à l’atelier des médias sur RFI, ce sont ces souvenirs qui me sont revenus. Et c’est en partie pour cela que j’ai accepté d’y parler Facebook et du cyberespace. Mais j’ai aussi accepté parce j’aurai le plaisir d’être en compagnie de Fabrice Epelboin et Olivier Ertzscheid .

Vous pourrez écouter l’émission a vendredi 25 Juin 18 heures 30 ou la podcaster.

Si vous avez des question ou des réflexions sur le sujet, n’hésitez pas à les partager : elles enrichiront notre discussion.

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Un questionnaire sur les joueurs de jeu vidéo

http://www.educol.net/fr-images-coloriages-colorier-photo-un-sablier-p10375.jpg

Les pratiques des gros joueurs de jeu vidéo sont encore mal connues et les liens entre ces pratiques et des éléments psychodynamiques le sont encore moins. Vanessa Lalo a fait passer des questionnaires élaborés avec Serge Tisseron.

Pour élargir la base de recherche, le questionnaire est disponible en ligne. Il faut environ 5 minutes pour le remplir. C’est pour la science, alors allez-y !

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Le jeu vidéo comme espace d’illusione est dans Médias

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Je découvre avec plaisir la parution en ligne de l’article que j’avais donné à la revue Médias à la demande de Serge Tisseron. L’article fait partie d’une suite d’éléments théorique que j’essaie de poser pierre par pierre. N’étant pas un très grand architecte, la logique n’est peut être pas d’emble apparente, mais elle existe tout de même.

J’ai souvent écrit pour sortir le jeu vidéo de la nasse de l’addiction dans lequel il avait été mis. Les choses ont maintenant sensiblement changé : “le jeu vidéo : ni addiction, ni dépendance” dit clairement Serge Tisseron et il est possible de mettre sur l’établi de travail d’autres questions.

Pour un psychanalyste, jouer est une chose éminemment sérieuse et précieuse. Le jeu découle de la possibilité de se place dans une aire d’illusion dans laquelle la réalité est suspendue. C’est un état très particulier dans lequel la réalité psychique prend le pas sur la réalité mais sans la détruire, d’ou la parenté du jeu avec le rêve et l’hallucination.

Il y a par ailleurs un type particulier d’illusion que Didier Anzieu a appelé l’illusion groupale.Cette illusion s’ajoute aux formes d’illusion repérée par Sigmund Freud : l’illusion religieuse, artistique et philosophique.(Freud, 1912-1913) Elle est un produit de la vie des groupes et désigne le moment dans lequel le groupe se sent extrêmement bon, puissant, performant, dirigé par un bon leader.

Ce type d’illusion peut être vécu en ligne – j’en donne un exemple, et si vous en avez d’autres en tête, faites les moi connaître –  permet de marquer que le jeu vidéo est d’abord un jeu, et que de ce point de vue il met en œuvre des processus qui nous sont déjà familiers. Jouer avec un jeu vidéo, c’est toujours et encore mettre en mouvement des sensations, des émotions, des représentations, des fantasmes. Jouer avec un jeu vidéo, c’est figurer et signifier. Tout comme jouer aux pompiers ou à la poupée permet de re-présenter et de mettre en sens pour soi (et parfois pour des autres) les premières relation avec l’environnement, la destructivité, la perte ou l’ambivalence.

Le jeu vidéo peut donc être rattaché à deux phénomènes déjà connu : d’une part, l’expérience du jeu, et d’autre part l’expérience du groupe pour les jeux multi-joueurs.  Comme Serge Tisseron y insiste souvent, la forme la forme de relation du sujet au média est importante.

 

Vous trouverez le texte complet sur Scribd :

Le jeu vidéo comme espace d’illusion Revue Medias 9K signes

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Aujourd’hui, à la cantine

J’ai eu le plaisir de discuter à la Cantine des idées que je peux avoir sur l’Internet en général et les groupes en ligne en particulier. L’exposé était divisé en quatre grandes parties. Une partie introductive sur ce qui m’a conduit à étudier les groupes en ligne; une partie faisant le parallèle entre le rêve et le cyberespace; une partie sur les dynamique des groupes en ligne.

Les discussions qui ont eu lieu sont riches de pistes de recherche.

D’abord, le constat que l’Internet a changé. Les groupes fermés que l’on connaissait avec les newsgroups et les groupes de diffusion ont éclaté avec le Web 2.0. Dominique Cardon a mis l’accent sur le fait que nos pratiques sont de plus en plus réticulaires et que les hiérarchies verticales que nous connaissions sont beaucoup moins apparentes.

Le troll est il un hacker ? nous a amené a rediscuter de la préhistoire du hacking. Antonio Casilli a apporté une figure chère à mon cœur, le phreaker, tandis que Dominique Cardon rappelait qu’historiquement le hacker était lié à Unix et que toute communauté se construit des récits de fondation.

C’est précisément la piste sur la quelle je travaille en ce moment, en partie grâce  un livre conseillé par Antonio Casilli : en s’appuyant sur des héros de différentes mythologies, Lewis hyde  fait émerger la figure du trickster, du trompeur, du malicieux, et montre comment les tours de Hermès ou Legba sont finalement créateurs de culture. Il y a sur le réseau une pratique et une figure qui est très proche du tricsker de Lewis Hyde : c’est celle du faker. Les mondes numérique ont toujours produit du faux et de la tromperie et, de mon avis, ces tromperies sont des richesses que nous devon garder. Ce sont toujours des façons de faire autre chose avec la même chose de la même façon que le bricoleur construit quelque chose avec de ce dont il dispose. On aurait donc deux figures, d’un coté le Troll, figure sombre, nocture, disruptive du tricsker et de l’autre le Hacker, solaire, diurne, bâtisseur.

La question du narcissisme a été discutée avec Thomas Gaon. Devenons-nous tous de plus en plus narcissique ? La thèse de la Generation Me correspond pas aux enfants que je peux recevoir ou que je peux observer autour de moi. Je trouve que le enfants d’aujourd’hui sont au contraire plus soucieux du sort des autres que la génération de leurs parents au même âge. Nous n’avons pas non plus affaire a la génération la plus bête Par contre, il est possible qu’au moment ou l’espérance de vie s’étend considérablement, qu’une partie des parents se retourne contre les enfants et lui reproche projectivement ce qu’ils sont précisément en train de faire. Cela dit, la question du narcissisme reste ouverte surtout dans ses rapport avec les processus de subjectivation – ce que j’ai appelé la légendarisation de la vie quotidienne– et l’extimité

Mon idée est que nous produisons sur le réseau des discours collectifs. Ces discours sont constitués de la même façon que ceux de l’énonciateur individuel : la sélection et la combinaison y sont les principales opérations. Les discours produits ont la forme de mèmes, de grand récits qui fondent les mythes et les légendes de l’Internet, de photos et de vidéos virales. Il nous manque encore le récit suffisant pour le percevoir mai je pense que ces discours collectifs existent jusque sur les réseaux sociaux. Dominique Cardon mettait le point en discussion et je lui accorde que ce n’est jusqu’à présent qu’une hypothèse. Je le rejoins sur le fait que les liaisons faibles sur lesquelles nous basons nos interactions en ligne ont complètement modifié les paysage du cyberespace. Que devient Ego dans un monde ou un lien peut aussi facilement être détruit ou créé ? Que devenons-nous dans un monde ou tout semble être une question de choix personnels ?

Nous avons aussi discuté de la viralité. Comment se constitue-elle ? S’agit il “simplement” d’une question de masse critique : a partir d’un certain nombre de pages vues/RT, la transmission s’emballe et devient virale ? Est ce que nous avons avec les phénomène viraux quelque chose de similaire à la rumeur ? Qu’et ce qui pousse un individu a faire suivre auprès de ses contacts un contenu ?  Je pense que c’est là très exactement le type d’objet de recherche qui nécessite des points de vue plurisciplinaire. car personne n’en viendra à bout tout tant le phénomène est complexe.

 

Je vous laisse avec le texte. N’hésitez pas a me donner votre avis !

Dynamique Des Groupes en Ligne – Yann Leroux – La Cantine 16 Juin 2010

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La dynamique des groupes en ligne à la cantine le 16 juin !

image Je serais à la Cantine le 16 juin à 10 heures pour y parler de la dynamique des groupes en ligne. J’ai été invité par Dominique Cardon pour y présenter le travail que je mène sur ces questions depuis quelques années.

Si la psychologie des groupes et des individus dans le cyberespace vous intéresse, passez faire un tour, je serais heureux d’échanger mes idées et de rencontrer des personnes qui travaillent ou s’interrogent sur ces problématiques.

Je n’ai pas encore arrêté le texte que je présenterai, mais si j’en crois mes notes préparatoires, je parlerai des origines de toute recherche, de l’analogie du cyberespace et du rêve, des mythes dans le cyberespace, de quelques figures du cyberespace (trolls, lurkers, fakers), de la morphologie et de la vie des groupes en ligne.

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La plume est une vierge

ink jar and quills par studentofrhythm 

Est virgo hec penna, meretrix est stampificata disaient les anciens : “La plume est une vierge, l’imprimerie est une putain”. La putain de notre temps, c’est l’Internet et les ordinateurs. Leur pouvoir de séduction est tel qu’il nous soustrait à nos obligations familiales et  de travail. L’ordinateur dissipe. Il est l’objet qui attire inexorablement notre attention, draine nos énergies, disperse nos forces. Sa fréquentation transforme nos esprits en vastes marécages dans lesquels nous nous embourbons tous les jours un peu plus.

Ce que nous sommes comme homme, nous le devons intimement aux objets. Nous ne sommes ce que nous sommes que parce que nous sommes des animaux dénaturés insuffisamment adaptés à notre environnement. Nous nous sommes enveloppés de culture et de technique et nous avons adapté le monde à notre inadaptation. L’invention de l’outil a été le point de départ d’une cascade de changements : l’outil a amené les premiers hominidés à adopter la posture verticale, ce qui a libéré de la place dans la boîte crânienne pour le cerveau. La mâchoire s’est développée permettant le langage articulé, et l’explosion des techniques de mémoire : les récits que l’on raconte, les gravures rupestres, l’écriture, enfin. Ces modifications ont été très lentes et une invention aussi importante que celle de l’outil n’a produit de modifications qu’au terme de millions d’années.

J’ai du mal à penser, qu’ (à supprimer) alors que les ordinateurs ont à peine un siècle d’existence et que leur manipulation ne concerne qu’un individu sur sept, qu’ils produisent des changements majeurs sur l’organisation de nos cerveaux. J’ai du mal à penser que des circuits neuronaux mis en place en quelques millions d’années puissent être remis en question par Facebook et World of Warcraft. J’ai du mal à penser que le web recable nos cerveaux

Il y a là une double erreur : la première est l’ethonocentrisme. Elle considère que tout le monde vit les même choses alors que notre usage des machines ne concerne qu’une poignée de personnes. Nous n’avons pas tous des iPhones et autres Blackberry à la main, nous ne sommes pas tous sur Twitter, nous ne sommes pas tous hyperconnectés à l’Internet. La seconde erreur est temporelle : s’il est vrai que sur Internet, comme dans la culture des pays du nord industrialisé, les choses vont de plus en plus vite, cela ne veut pas dire que les changements que les ordinateurs provoquent sont tout aussi rapides.

Nous sommes aujourd’hui au bout de quelque chose et les ordinateurs y ont leur rôle. Après avoir prolongé tous nos corps dans nos outils, nous avons fini par jeter notre système nerveux  “comme un filet sur l’ensemble du globe” (McLuhan, Comprendre les médias). La dématérialisation portée par cette technique apporte et traduit des changements profonds dont nous ne percevons que les prémisses.

Dans une tribune introduisant son dernier livre, Nicolas Carr donne une série d’expériences sur lesquelles il appuie son argument final : l’imagerie cérébrale du cerveau de surfeurs expérimentés est différente de celle de novices mais après 5 heures d’entraînement, les images des cerveaux sont toutes les mêmes;  la mémoire de ce qui est lu est meilleure que ce qui a été présenté dans une vidéo et d’une façon générale on retient moins bien ce qui est sur un écran que ce qui est sur du papier.

A partir de là, il en tire une conclusion dramatique : “Emerveillés par les trésors de l’internet, nous sommes aveugles aux dommages que nous pouvons faire à notre vie intellectuelle et même à notre culture”.

Nicolas Carr reprend une partie de l’argumentaire du célèbre “Est-ce que Google nous rend idiots ?” Avec talent, il avait décrit comment, à partir du moment ou Nietzche a eu entre les mains une des toutes premières machines à écrire, son écriture a commencé à changer. Il est passé des longues proses aux aphorismes de quelques phrases. Cela suffit à Nicolas Carr pour conclure que la machine a eu un impact sur la pensée du philosophe, et que cette pensée s’est appauvrie, toujours du fait de la machine.

Mais mesure t-on la richesse d’une pensée au nombre de caractères ? Proust est-il Proust du fait de la longueur de ses phrases ?  Est-ce la longueur du Mahâbhârata qui en fait un grand texte ? Le Haïku doit-il être considéré comme non valable parce que trop court ?

On peut se demander pourquoi un philosophe comme Nietzsche s’est intéressé à une machine et on peut se demander si cette machine n’a pas été une aide plus qu’un handicap dans la formation de sa pensée. Pour le dire autrement, les machines d’hier ne nous rendent pas plus stupides que les machines d’aujourd’hui.

Que les objets techniques aient une influence sur nos vies psychiques, c’est évident. Mais la  plume n’a jamais été une vierge, pas plus que l’imprimerie une putain ou l’ordinateur un danger pour la culture… sinon dans nos représentations. L’imprimerie d’abord suspectée de faire circuler des éditions non conformes, échappant au contrôle ecclésiastique et de transcrire le savoir dans des langues du commun, a ensuite été portée au pinacle pour ces mêmes raisons. L’invention des feuilles de style a permis une uniformisation des textes et c’est alors le manuscrit qui a été suspecté de porter des erreurs. Puis, la copie a été à nouveau suspectée : trop propre, trop parfaite, trop éloignée de l’atelier d’écriture de l’auteur. En un mot, trop industrielle et donc trop éloignée des idiosyncrasies créatrices.  Ainsi, l’écriture manuscrite et l’imprimerie ont été tour à tour portés au pinacle et décriés pour des raisons similaires.

Il en va de même avec les ordinateurs. Ce sont tantôt nos confidents, tantôt nos assistants de travail, tantôt nos persécuteurs. Ils ne le sont pas en soi. Ils le sont parce que nous les pensons comme tels à la fois consciemment et inconsciemment. Pour reprendre l’expression de Sherry Turkle, ce sont des objets évocateurs : miroirs modernes dans lesquels Psyché se regarde. Les splendeurs que certains y voient, tout comme les monstres que certains craignent, sont les reflets des splendeurs et monstruosités que nos psychés abritent.

Nicolas Carr a raison de pointer l’opposition entre ce qu’il appelle les lectures lentes et les diffractions que l’on peut observer en ligne. Mais il a tord de surestimer les premières au détriment des secondes. Ce sont deux positions qui n’ont de valeur que l’une par rapport à l’autre et on peut les résumer en deux mots : l’ordre et le chaos. Nous avons besoin d’ordre pour ordonner nos pensées. Pour cela nous nous appuyons sur une série de dispositifs : rituels, tournures de phrases,… Mais nous avons aussi besoin d’une dose de chaos pour pourvoir créer, pour faire surgir la surprise et être capable de l’accueillir. “Il faut de chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse” disait Nietzsche. Sans cette part de désordre, l’ordre n’est que stéréotypie stérile. Sans une part d’ordre, le chaos n’est que dispersion.

Lorsque les Han ont bâtit l’empire chinois, il a été décidé que les textes seraient gravés dans la pierre. Les textes étaient précédemment écrits sur des tablettes faites en bambous reliés par des cordelettes. Lorsque les cordelettes se rompaient, le texte se répandait en fragments épars. L’inscription dans la pierre réglait ce problème et donnaient à tous les professeurs le même texte. En occident, le processus de copie était le fait de moines et était sujet à des erreurs, ce qui a sans doute contribué à développer le goût de l’exégèse et du commentaire. L’Europe cherchait le texte sous le texte, et le reconstituait indice après indice, alors que la Chine s’est pendant des centaines d’années appuyée sur des textes immuables.

Même le livre n’est pas exempt des stigmates du texte numérique qui inquiètent tant Nicolas Carr. Un livre n’est jamais isolé, il fait partie d’un ensemble (roman, texte scientifique, poème…) dont il respecte ou transgresse les canons. Il cite d’autres textes, explicitement ou implicitement : qu’est-ce donc que la citation sinon l’équivalent de notre “embed” numérique ? Qu’est-ce qu’une table des matières si ce n’est l’équivalent de la colonne des liens internes de nos blogues ? Un livre conduit toujours hors de lui-même parce que la lecture est hypertextuelle.

Peut-on rassurer Nicolas Carr ? L’Internet n’est pas une maladie auto-immune de notre culture. Les machines d’aujourd’hui procèdent des pensées d’hier qui sont si chères à son cœur. Elles n’apportent pas de nouvelles façons de penser mais mettent en avant des façons de penser qui étaient déjà là avec l’imprimé.

Ce dont nous sommes les témoins, c’est plutôt la mise en conflit de deux techniques : celle de l’écriture et celle du numérique, avec cette complication que le numérique est une technique jeune. Nous ne bénéficions pas avec le numérique de la patine du long compagnonnage de l’écrit et du papier. Nous avons encore à apprivoiser les matières numériques pour en faire des matières à penser. Ce travail est en cours dans nos sociétés, et bien évidement il provoque des changements et des questions que l’on peut mesurer à l’intensité du travail législatif autour de l’Internet. Demander à l’Internet de fournir les même services que l’écriture, c’est oublier qu’il a fallu trois siècles pour que l’écriture et la lecture se démocratisent suffisamment en un savoir de masse et c’est oublier que cela ne s’est pas fait sans conflits.

Nous sommes aujourd’hui sous le choc que produisent les techniques numériques. Il ne faut pas le mésestimer. Il est profond. Il est brutal. Sans aucun doute des formes disparaîtront, de la même manière que le texte imprimé a réduit au silence certaines formes de pensée qui lui préexistaient. Dans la mémoire de l’occident, cela est peut être ancien, mais en Afrique, l’arrivée de l’écriture est encore à l’horizon des mémoires. Pour les civilisations africaines, le livre a d’abord été une plaie puisqu’il mettait en déroute les formes et les hiérarchies de l’oralité. Il était d’abord le lieu de “l’art de vaincre sans avoir raison” (Cheikh Hamidou Kane); il était un raccourci faisant l’économie des écoutes lentes et profondes.

Sur Internet, nous sommes tous des africains.

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Interview Panorama du Médecin

 

Walk - Green Man par Dominic's pics

J’ai été interrogé par le Panorama du médecin sur l’addiction aux jeux vidéo.  Les médecins sont souvent les premières personnes vers lesquelles les parents se tournent et il est primordial qu’ils partent sur des faits plutôt que des rumeurs.

Les faits, c’est qu’il n’y a pas d’addiction aux jeux vidéo ou à l’Internet

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Entretiens autour de l’identité numérique

Project 365 #25: 250109 It's Good to Talk! par comedy_nose

Etre en ligne signifie avoir des représentants qui nous identifient en ligne. Je fais l’hypothèse que le choix de ces représentants n’est jamais fortuit. Il est l’objet d’un travail psychique. Ce travail passe par des déterminants externes – le dispositif numérique – et des déterminants internes : représentation de soi, des autres, histoires de vie etc.

Je recherche des personnes intéressées par un entretien autour de leur identité numérique. La discussion tournera autour des identifiants utilisés sur le réseau : adresse email, pseudos, images … et l’investissement dont ils sont l’objet.

La façon dont ces identifiants se transforment, ainsi que les correspondances et les passages entre les mondes en ligne et le monde physique seront abordés. Seront abordés la formation de l’identité numérique : comment a-t-elle été créée et à partir de quels matériaux; sa développement : comment l’identité numérique interagit avec d’autres identités numériques ou d’autres secteurs de la personne et, s’il y a lieu, sa mort : comment a-t-elle été abandonnée.

L’entretien se fait par téléphone ou Skype. Il dure entre une demi heure et une heure.  Il pourra faire l’objet, après accord de l’intéressé et anonymisation, d’une publication dans des revues ou un livre.

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Habiter le web

« Tu vois, quand le housing sera prêt, j’achèterai une maison ici. »

Alferys avait les poings plantés sur les hanches, et regardait la marina de Talos. Sans doute voulait-il m’impressionner. Je l’avais rencontré a la sortie de métro de Galaxy city et il m’avait groupé à la suite d’une remarque que j’avais faite sur le canal général. Alferys supportait mal le moindre propos négatif à son égard… Depuis, on quêtait souvent ensemble. Ses pouvoirs de blaster combinés à mes capacités de défenseure faisaient merveille Une maison à Talos Island ? Je regardais la petite marina très classique avec ses appartements pour milliardaires. Combien de points de prestige cela allait-il encore coûter ? L’idée ne m’avait pas parut être des meilleures. D’ailleurs, l’endroit manquait de vagues, on ne pourrait pas y surfer, alors…

Plus tard, ou est-ce plus tôt ? Le temps fonctionne étrangement dans ces mondes. En sortant d’Ashenvale, j’avais été frappé par le rude soleil des Barrens.  Les vertes forêts de mon lieu de naissance ne m’avaient jamais totalement convenu. Déboucher sur cette savane avait été un choc. Ces ocres, ces oranges, ces arbres maigres, cette herbe jaune, tout ici me rappelait la brousse sénégalaise. Le soleil qui assommait même les bêtes était pour moi une bénédiction. Je pouvais le sentir sur ma peau tandis que je courais sur les pistes. Si seulement il pouvait y avoir une lagune, j’y construirais à coup sûr une maison !

L’espace du web

Une maison. Drôle d’idée ? Mais qu’est ce que habiter le web ? Qu’est-ce que habiter l’Internet ? Les premiers digiborigènes ont toujours eu à cœur d’avoir un lieu qui soit un chez soi, un home. C’est d’ailleurs la première dénomination de la page d’accueil des sites : home page. C’était aussi la page ou l’on se présentait, page-maison qui a ensuite muté en weblogs puis en blogs. Cette page-maison des temps premiers me semble être l’équivalent de l’imaginaire de la hutte. Elle peut être rudimentaire, elle dit et délimite ce qui est humain, habité, habitable, de tout ce qui ne l’est pas. Comme le cyberspace semble moins vide, déjà ! Ici, quelqu’un habite et maintient une page. La home-page enchante les immensités vides, elle est le signe sûr de la présence d’un genius loci. Elle est ce qui nous racine profondément dans le cyberspace. Les blogs, trop souvent considérés comme des Himalaya d’indidivualisme, ont poursuivi ce mouvement en traçant des sentes entres les différentes pages-maison. Ce sont ces allées et venues qui ont donné naissance au Web 2.0. La page-maison a une propriété singulière : elle est le point d’entrée du site c’est-à-dire qu’elle contient et ouvre à la fois sur d’autres espaces. Voilà donc une curieuse maison puisqu’on y fait qu’y entrer et que rien ne vient (presque) signaler qu’on la quitte. Curieuse également, puisqu’elle se donne essentiellement comme plane, sans profondeur. Peut être tient elle ces caractéristiques du tissu et du papier qui sont les deux matières de références avec lesquelles nous pensons les inscriptions ? Elle serait, en ce sens, plus un « être concentré » que « vertical », pour reprendre les catégories de Gaston Bachelard1. Il y a pourtant bien un « être obscur » de la page-maison qui aurait fait le bonheur du philosophe. Il y a ces ascenseurs, mais ils ne font que confirmer sa méfiance à leur égard – « Les ascenseurs détruisent l’héroïsme de l’escalier » – car ils ne conduisent pas dans les dessous. Il y a ces souterrains, ces terriers, ces caves qui s’étendent en réseau vers d’autres pages-maison. L’escalier, ici, c’est le FTPW qui mène à un d’autres dessous((Celui qui a mis à jour un site important pourra témoigner que parfois cette opération est héroïque !)) auxquels on accède en … montant (upload)

Nous avons tous dans l’espace de nos souvenirs des lieux que nous revisitons avec plaisir, nostalgie, ou angoisse. Ce sont le plus souvent des lieux qui sont attachés à notre enfance. Nous aimons parfois nous y rendre en première personne pour les visiter à nouveau. Ce qui alors avait été déposé en ces lieux – des jeux, des disputes, des ennuis, des cris… revient alors à la pensée et peut être repris dans un travail de mémoire. Cela peut aussi être l’occasion d’une transmission, car c’est souvent avec ses enfants que l’on revient sur les chemins de son enfance. Mais il arrive aussi que certains d’entre eux nous soient devenus inaccessibles du fait d’empêchements internes : cela fait trop d’émotion d’y revenir ; où du fait d’impossibilités externes : le lieu a disparu, ou est devenu interdit pour des raisons politiques, sanitaires ou de sécurité… S’ils nous sont encore accessibles en troisième personne, dans nos souvenirs comme dans nos rêves, nous devons alors faire avec des espaces qui n’ont plus de lieux sur lesquels nous pourrions nous rendre en première personne. Ils restent cependant importants, et parfois ce sont les enfants qui sont chargés de réinvestir pour leurs parents les espaces qui leur ont été interdits. Nous connaissons d’autres espaces de ce type. Ce sont les enseignes commerciales. Que l’on se trouve a Pontocombo  ou Kuala Lumpour, un Flunch, un Mc Do ou un Carrefour restent toujours un Fluch, un Mc Do ou un Carrefour. On y est jamais dépaysé. C’est à dire qu’une fois que l’on entre dans ces espaces, on ne peut plus être ailleurs. Ce sont des enclaves qui font disparaître la Normandie ou la Malaisie. Y entrer, c’est pendant un moment  mettre en suspens que l’on est et que l’on vient aussi d’ailleurs.

Le réseau Internet est un de ces espaces sans lieux. Le cyberspace est un espace construit sur le tissu des interconnections des machines. C’est un  espace “sans localisation”, “hétérotopique”2. Nous nous y rendons quotidiennement mais nous ne pouvons nous y rendre que représentés par les différentes étiquettes qui nous identifient sur le réseau (adresse IP, email, pseudonyme, signature) et, lorsque cela est possible, par un avatar. L’espace Internet nous est a jamais fermé a une visite en personne. C’est un “hors-là” qui juxtapose les espaces privés et publics, accumule et diffuse les savoirs, reconstruit les identités, et dispose du temps dans le sens d’une accélération ou au contraire d’une conservation illimitée des données

Pourtant, dans cet espace-machine, les digiborigènes par leurs usages, ont su creuser des lieux. Ils l’ont fait d’abord par cette espèce de fureur taxinomique qui semble les saisir et qui leur a permis de dresser une toponymie : Forgefer, slashdot, usenet, sont des endroits bien connus. Ils l’ont fait ensuite en maintenant et en transmettant des récits liants des lieux à des actions. Les jeux massivement multijoueurs donnent beaucoup de ce type de récits, que ce soit sous la forme de textes ou de vidéos. La mort de Lord British ou la chronologie de Usenet maintenue par Google  en sont deux exemples. Enfin, l’usage des espaces numériques, la force des habitudes, a été le troisième facteur contribuant à créer dans les espaces numérique le sentiment de lieux différents, désirables, ou au contraire pénibles à traverser (‘Je pense ici plus particulièrement au lag qui a cette curieuse particularité de transformer n’importe quel espace en une zone de frustration et d’énervement)). Nommer, raconter, utiliser sont les trois facteurs qui contribuent à créer le sentiment de lieux habitables sur le réseau.

On habite le réseau comme on habite tout court. C’est une manière habituelle d’être, de se tenir3. C’est un ensemble des petites habitudes– on utilisera ce navigateur et tel autre, cette page de démarrage, ce tapotement sur la souris pendant le chargement de la page…. En un mot, c’est ce qui, de tous les actes engagés, demeure. Sur le réseau, les habitudes sont encouragées par l’utilisation de schèmes simples : nouveau/ouvrir/fermer, éditeur/enregistrer/supprimer, envoyer/recevoir. Elles sont aussi encouragées par le fait que les dispositifs d’écriture sont souvent les mêmes : une boîte de dialogue, avec les icones pour dire la mise en forme en gras, italique etc. Malheur à celui qui ne sait en disposer ! Il se sentira malvenu sur toutes les terres numériques. Autant dire qu’il se sentira malvenu tout court tant la conglomération des espaces numériques et géographique devient total.

A contrario, être déconnecté contre son gré provoque aujourd’hui chez un nombre toujours plus grand de personnes un sentiment de malaise qui est a rapprocher de celui provoqué par le fait de se vivre sans racines, ou éloigné de sa terre d’origine. Il est la façon dont, aujourd’hui, se vit et se dit la perte des liens.


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  1. Bachelard, G. La poétique de l’espace, puf 2007 []
  2. Foucault, M. Dits et écrits 1984 , Des espaces autres (conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967), in Architecture, Mouvement, Continuité, n°5, octobre 1984, pp. 46-49. []
  3. La netiquette dit la « bonne » de se tenir sur Internet. []