Nos identités en ligne sont nos ambassades. Elles nous représentent dans des territoires étrangers et nous attendons d’elles que leur souveraineté soit à la fois reconnue et respectée. Ces ambassades peuvent avoir des formes diverses. Elles peuvent être le nom que l’on utilise sur Usenet ou sur une liste de diffusion. Cela peut aussi être une image que l’on associe à son identité en ligne. Cette identité est composite : certains éléments sont entièrement construits par l’utilisateur (nom, login, signature succession de caractères à la droite du signe @), d’autres dépendent d’un tiers (adresse IP, suffixe de l’adresse email). Tous dépendent des spécificités des espaces en ligne considérés : certaines listes de diffusion n’acceptent que le texte brut; certains noms peuvent être interdits comme dans le MMO City of Heroes qui bannit tout joueur prenant le nom d’un super héro existant.

L’identité en ligne ne se limite pas à ces éléments. Le fond que l’on son mail, les couleurs et les caractères avec lesquelles on écrit, leurs variations sont autant d’élements avec lesquels l’identité se dit et se transmet. Enfin, l’identité en ligne passe par les autres : leurs commentaires, leurs réponses, leurs silences valident ou invalident

Je ne m’intéresse ici qu’à la partie sur laquelle l’utilisateur à une liberté totale. L’identité en ligne est alors le support et le contenant de tout un travail psychique. Ce travail est un travail de symbolisation qui aboutit à l’élargissement du Moi. Ce travail met en jeu l’environnement non-humain, comme l’ont montré Harold Searles (1986) et Serge Tisseron (1995). Pour ce dernier, le rapport aux objets met en jeu une  double circulation entre le monde externe et le monde interne. Une première boucle est constituée par projection dans le monde non-humain d’expériences qui ne peuvent être sur le moment suffisamment intégrées. D’une manière générale, le monde est prend la teinte de nos projections, et qu’il semble morne et triste lorsque l’on est déprimé.  Ces expériences sont dans un second temps réinstallées à l’intérieur de du psychisme par introjection. Cette réinstallation se fait par petites touches, banalement, au contact des objets qui ont été dépositaires des projections : on se sentira plus beau dans ce vêtement particulier; le contact de tel objet rassurera. Cette réinstallation d’expériences préalablement mises en dépôt dans le monde extérieur peut se faire sur plusieurs générations. Les enfants ou les petits enfants intériorisent alors ce qui ce qui était resté en souffrance chez un parent ou un grand parent via un objet laissé en héritage. Des émotions, des pensées ou des fantasmes peuvent être pris dans cette circulation psychique.

L’environnement humain joue bien entendu également un rôle. Il apparaît dans la succession des identifications et des désidentifications associées aux usages que l’on a de l’objet. Mettre le costume de Robin des Bois, c’est aussi s’identifier à Robin des Bois. Ce principe n’est pas limité à l’enfance. Pour beaucoup, le costume professionel permet d’entrer dans le rôle qui lui correspond. Il permet de s’identifier à un personnage  et d’incarner une fonction- cela peut être une personne que l’on a connu ou un idéal – et d’être identifié comme tel par les autres. Les identifications fonctionnent également au coeur de la relation que l’on a avec les objets. Ne pas se séparer d’un objet, c’est rejouer dans la relation avec cet objet la question d’une séparation qui s’est joué avec un autre. Mais c’est aussi se donner l’occasion de la rejouer différement puisque l’on peut être alternativement celui qui se sépare et celui dont on se sépare.

 

Ces mécanismes existent également pour les objets numériques en général et pour les identités en ligne en particulier. Le fait que les objets numériques soient facilement remplaçables parce que duplicables ne nous empêchent pas de les investir fortement. Certains ont besoin d’un environnement particulier pour pouvoir se sentir à l’aise avec l’ordinateur. Cela va du réglage des préférences du navigateur a l’ utilisation de logiciels spécifiques. Bien évidement, certains choix sont reliés à des positions idéologiques – on est MAC ou PC, linux ou Window… – mais ces positions sont toujours aussi référables à des éléments personnels . Avoir besoin de telle page d’accueil pour son navigateur Internet est par exemple en lien avec les accueils que l’on estime être en droit de recevoir

 

Identités

La façon dont les identités se disposent sur le réseau attiré l’attention des observateurs. L’un des premiers d’entre eux a été John Suler qui a mis l’accent sur la "labilité" des idenités en ligne. John Suler entend par là qu’il nous est facile de changer d’identité sur le réseau, puisque celle ci n’est plus attaché à des constantes physiologiques. Lisa Nakamura est allé jusqu’a parler de "tourisme identitaire" pour décrire la façon dont nous pouvons "visiter" d’autres identité. d’autres Soi. Mais ce sont surtout les "Gender studies" qui s’y sont intéressées de près : l’Internet semblait être une sorte de gigantesque bac à sable ou leurs les rapports entre l’identité et le corps pouvaient être mis à l’épreuve.

Aujourd’hui, la tendance semble plutôt être inversée : chacun veille sur son identité en ligne. Là où Suler observait un mouvement de diffraction, on note aujourd’hui une tendance à la concentration. Les différents espaces d’écriture sont perçus comme des espaces de compétition où inscrire son identité permet de réserver son espace, et partant, son influence. Un outil comme usernamecheck.com montre bien les besoins que nous avons de vérifier l’état de disponibilité de notre identité en ligne.

Il s’agit là des deux faces d’un travail sur l’identité que les mondes en ligne permettent ou imposent. Le mécanisme prévalent de ce travail est l’identification c’est à dire le "processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l’autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le modèle de celui-ci" (Laplanche et Pontalis, 1988). Cette identification comportent deux volets. Le premier est de "reconnaître pour identique". Le second est l’acte par lequel on devient identique à quelque d’autre. La psychanalyse s’est plus étendue sur le seconde sens du mot identification. Freud y voit le processus à la base de la sympathie, de l’imitation et de la contagion mentale : "l’identification n’est pas simple imitation, mais appropriation fondée sur la prétention à une étiologie commune; elle exprime un "tout comme si" et se rapporte à un élément commun qui demeure dans l’inconscient" (Freud, 1900 : 115)

L’identification est un mécanisme charnière. Elle est en jeu à la fois dans ce que nous avons de plus singulier et de plus privé  et dans le lien que nous avons avec l’autre (Kaës, Un singulier pluriel). Le travail de l’identité est ce qui nous permet de nous sentir jour après jour identiques à nous même. Il doit être suffisament souple pour nous permettre des changements au fil du temps ou lorsque nous sommes confrontés a des traumatismes sans que ces changements n’introduisent de trop grandes ruptures dans le sentiment de continuité d’exister. Identitiques à nous mêmes, nous le sommes aussi à plusieurs autres : en chaque un, plusieurs identifications peuvent se cotoyer : "le fait de l’identification autorise peut-être un emploi littéral  de l’expression : pluralité des personnes psychiques" (Freud, 1887,1902).

Ces deux versants du travail de l’identité se retrouvent dans nos usages en ligne. Lorsque nous utilisons différentes identités en ligne, ou une identité en ligne différente de ce que nous nous sentons être hors ligne, nous explorons les différentes identifications qui nous composent. Lorsque nous utilisons la même identité en ligne dans des environnements différents, nous mettons à l’épreuve le sentiment de continuité de notre identité. Dans le premier cas, nous sentons les différentes parties qui nous composent, alors que dans le second nous nous vivons plutôt comme uniques

C’est ainsi que l’on pourra changer sans que son identité en ligne ne change. Par exemple, garder le même nom en ligne après un divorce, ou maintenir une photo liée à un profil qui ne correspond plus à ce que l’on est hors ligne. On pourra aussi avoir des identités en ligne très différentes de son identité hors ligne  que ces identités soient dans des lieux différents (Rastofire sur World of Warcraft, Lacan sur City of Heroes) ou dans le même lieu (Rastofire ou yannleroux sur Twitter). De premier cas, nous expérimentons des changements d’identité sans changement d’apparence, et dans le second des changements d’apparence sans changement d’identité.

 

 

L’identité comme forme, comme contenu et sens.

Nos identités en ligne sont investies tantôt comme des formes, tantôt comme des contenus et du sens.

Le numérique est la dernière étape en date d’une évolution qui a vu peu a peu les objets s’éloigner du corps de l’homme : d’abord prolongement d’une de ses fonctions avec l’outil, puis automatisation de ces fonctions avec la machine, les objets sont maintenant dématérialisés. Ils ne sont accessibles que dans un espace numérique avec des interfaces particulières. Cela n’empêche pas que nous ayons avec eux les même rapports que nous avons avec les objets en général.

« Tous les objets sont à la fois des supports de relation et de communication, des poteaux indicateurs de nos rêves, avoués ou secrets, et des outils pour nous assimiler le monde » S. TISSERON, Comment l’esprit vient aux objets, Aubier, 1999, p. 22

En ligne, nous faisons fonctionner de notre identité de deux façons. Nous pouvons choisir une identité différente pour chaque lieu ou d’avoir la même identité dans des lieux différents. En d’autres termes, nous pouvons choisir de garder la même forme pour plusieurs identités, où garder la même identité sous plusieurs formes. Ce capacité a été jusqu’à présent interprétée dans le sens d’une explorations des différentes parties du Self. Une autre interprétation est possible. Ces jeux d’identité renvoient aux deux grandes fonctions de l’image inconsciente du corps telles que les a définie Gisela Pankow

"La première fonction de l’image du corps concerne uniquement sa structure en tant que forme ou Gestalt, c’est à dire en tant que cette structure exprime un lien dynamique entre les parties et la totalité (…) La seconde fonction de l’image du corps  ne concerne plus la structure comme forme, mais comme contenu et sens. C’est ici que l’image comme représentation ou reproduction d’un objet, ou même encore comme renvoi à autre chose joue un rôle considérable"  Gisela Pankow, Structure familiale et psychose Flammarion, Champs, 2005 p. 27-28

Comme forme, l’identité numérique autorise les changement d’apparence sans changement de d’identité, et les changements d’identité sans changement de forme. Il est possible d’avoir plusieurs avatars dans des mondes persistants et un compte peut être partagé par plusieurs personnes. Comme contenu et sens, ce qui est en cause, c’est moins la fonction contenante que le sens donné au contenu.

 

Identité comme support de mémoire et d’oubli.

Nous avons deux types de relations avec nos identités en ligne. Celles ci peuvent être des supports de mémoire. Elles commémorent alors un événement, heureux ou malheureux. L’identité rappellera alors une naissance, un lieu, une langue. Ce rappel peut être manifeste dans sa forme et visible pour tous ou caché et connu du sujet seul. C’est le cas, par exemple, du mot de passe qui est souvent composé de dates anniversaires ou de lieux que l’on ne peut pas oublier.  Elles peuvent aussi être des supports d’oubli. L’identité en ligne est alors comme un placard dans lequel on enferme une idée, un affect, un souvenir avec lequel on ne souhaite plus être en contact. Elle sont alors désinvesties consciemment et parfois inconsciemment. L’important est moins l’objet – l’identité en ligne – que le processus – le désinvestissement – dans lequel il est pris. Ce désinvestissement est le signal que d’autres désinvestissements sont possibles et/ou en cours. Il faut a ce propos remarquer que sur Internet, le désinvestissement est très souvent préféré à la destruction d’un compte… un peu à la manière des inconscients individuels ou collectifs dans lesquels les contenus ne sont jamais détruits, mais réprimés, déplacés, refoulés ou forclos.

 

 

Conclusion

De la même façon que les objets constituent des enveloppes pour l’ identité de chacun (Tisseron, 1995), nos identités en ligne constituent des supports d’inscription, de protection et de communication. Chaque pseudo, chaque adresse email, chaque élément mis en ligne, dans sa forme comme dans son contenu, sont des occasions données pour un travail psychique qui va soit dans le sens d’une plus grande symbolisation. Il s’agit alors d’une introjection réussie qui permet de mettre en mot et de partager avec un autre des éléments psychiques. Ce travail peut aussi rencontrer des avatar et être mis, temporairement ou durablement entre parenthèse. L’identité en ligne est alors une occasion de dépôt – comme on se débarasse un moment d’un fardeau trop lourd pour soi – et le traitement de ce qui ne peut être immédiatement en charge passe par des processus qui vont du non advenu au déni en passant par la dénégation.

 

L’identité dans tous ses états
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7 pesnées sur “L’identité dans tous ses états

  • 10 décembre 2008 à 14:19
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    Très bel et juste article.
    Un questionnement dont s’empare d’ailleurs de façon opportune l’univers économique en utilisant dans certains cas ces données personnelles et en créant par ailleurs des services spécialisés censés “faciliter” la gestion de cette identité. Un article qui rend l’éducation citoyenne à cette prise en charge encore plus cruciale.
    Avez-vous lu les conseils listés par Jean-Luc Raymond à ce sujet sur le site des EPN de Wallonie ? Ils constituent une belle entrée en la matière : http://www.epn-ressources.be/10-conseils-pratiques-pour-proteger-votre-vie-privee-sur-internet

  • 10 décembre 2008 à 14:55
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    Oui j’ai vu les conseils de Jean-Luc Raymond. Je les ai vu passer sur Twitter ! Ils me semblent très justes

  • 10 décembre 2008 à 20:24
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    Merci pour cet article qui relève les particularités de l’identité en regard des mondes numériques. Il permet de saisir que l’identité est loin d’être aussi stable que l’on pourrait le supposer. Si Suler parle de “labilité”, je pense qu’il y a moyen d’aller plus loin dans la déconstruction du concept d’identité. Finalement, on est en droit de s’interroger sur la définition de ce concept. Certains travaux permettent par exemple de constater que les individus n’ont qu’une vague idée de leur personnalité. Les travaux sur l’effet Barnum (Forer, 1946 ; Meehl, 1956 ; Dickson & Kelly, 1985) offrent des arguments pour soutenir l’idée que la plupart des gens se reconnaissent le mieux dans des formulations vagues et positives de leur personnalité. Finalement, les individus pensent partager les traits de personnalité positivement connotés dans leur groupe d’appartenance. Ce phénomène a un impact direct sur le sentiment d’identité. Que ce sentiment soit fluctuant et peu structuré n’est pas très étonnant puisqu’il dépend de l’histoire de l’individu mais également des circonstances du moment.
    Il pourrait être intéressant de relier l’impression de “stabilité identitaire” avec l’investissement des groupes auxquels l’individu s’affilie. Pour formuler l’hypothèse plus clairement, on pourrait dire que le fait de maintenir une identité constante dans divers contextes serait liée à une loyauté importante à tel ou tel groupe d’appartenance (qui défend certaines valeurs).
    Comment objectiver cet investissement ? Comment tester le lien entre appartenance et sentiment d’identité ? Que devient l’identité propre d’un individu ? Quel lien entre identité propre et collective ? Quel lien entre identité collective et le concept lacanien d’aliénation ?
    Voici quelques questions que je me pose…

  • 11 décembre 2008 à 12:00
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    Je suis tout a fait d’accord avec toi, Benjamin. L’identité est un *processus* pas un état. Cela me fait penser au séminaire organisé par Levi Strauss sur l’identité, et à l’intervention que Françoise Héritier y a faite : elle a montré que l’identité était très ethnocentrée : il y a des cultures ou la questions de l’identité n’y est pas aussi aigüe que dans la notre !

    Alors, l’identité, c’est intime ou c’est pluriel ? C’est vraiment une question de la psychologie des groupes de trouve. Qu’avons nous en “propre” ? Que tenons nous des autres ? Il y a une phrase de Freud que René Kaës rappelle souvent. Elle vient de “Pour Introduire le Narcissisme” ou Freud rappelle que nous sommes “à nous même notre propre fin” et “maillon d’une chaîne”. C’est cette double détermination que Kaës étudie depuis plusieurs décennies. Il a, dans Le groupe et le sujet du groupe, fait une synthèse de ces recherches. Le livre est un peu ardu, mais il mérite qu’on l’explore. Il montre que cette double détermination passe par des figures intermédiaires qui servent de point d’articulation pour la psyché : les identifications, les fantasmes, les fonctions phoriques (porte-rêve, porte-parole, porte-symptôme) sont des formations communes et particulières qui jouent ce rôle

    Ces formations intermédiaires sont des points de contact entre les espaces intrapsychiques et inter-subjectif
    ” Ce sont des formations de passage et de nouage, donc aussi de rupture et de déliaison : ainsi les symboles, les repères identificatoires, les formations de l’Idéal, les « personnes médiateur », les représentants, délégués et autres « go-between ». Ce sont des formations critiques en ce sens qu’elles sont sur les lignes de contact entre des espaces hétérogènes» René Kaës Un singulier pluriel p. 154

  • 11 décembre 2008 à 12:38
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    J’aime beaucoup la phrase d’intro, très belle formule! Article très chouette!

    Dans ce cas, comment appréhender les projets d’un passeport numérique qui devrait lier l’identité physique à celle de notre avatar? Fin du tourisme et de la liabilité? Où déposera-t-on nos fardeaux?

  • 13 décembre 2008 à 14:43
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    As-tu connaissance d’études empiriques sur ce thème ? A première vue, les psychologues sociaux disposent d’outils méthodologiques pour rapprocher des concepts tels que « identité » et « groupes d’appartenance ». Peut-être pourrait-il être intéressant de se référer à la théorie de l’identité sociale de Tajfel (1972) qui développe l’idée que « une partie de ce que sont les gens est définie par leur appartenance à une série de groupes » (Leyens, Yzerbyt & Schadron, 1996, p. 89).

    Les groupes auxquels nous appartenons (mailing-list, forums, groupes Facebook, etc.) sous-tendraient notre sentiment d’identité.

    L’impression de “labilité” identitaire pourrait résulter de la plus grande facilité à adhérer à des groupes sur Internet. En effet, souscrire à un site ne prend que quelques secondes alors que s’affilier à un club de sport ou à une association de psychanalyste demande un investissement beaucoup plus conséquent

    « Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es. »

  • 22 décembre 2008 à 10:43
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    Qu’est ce que tu entends par étude empiriques ? Il y a l’excellentissime livre de Marc Smith ‘virtual communities’ dont tout un chapitre est consacré à la question de l’identité. Il n’y a pas de données chiffrées, si c’est cela que tu entends par “empirique” ; la méthodologie utilisée est la bonne vieille observation participante.

    Je n’avais pas en tête la théorie de Tajfel, ais l’idée que nous sommes définis en partie par nos groupes d’appartenance est défendue par René Kaës. Nous sommes nos groupes. Mais nous ne sommes pas que nos groupes. Il faut pour cela que nous faisons notre nos appartenances – être de telle famille est par exemple l’objet d’un travail psychique fait d’identifications, d’alliances, de pactes narcissiques etc., et ce travail dure ce que dure une vie

    Est ce que l’on dit “je suis de facebook” ? Pas encore. Dit-on “je suis des Conseil des Ombres” ? Pas encore. On dit : je suis sur facebook/le serveur Conseil des Ombres. .

    Rastofire, Chaman, Tauren, Ordalie
    http://armory.wow-europe.com/character-sheet.xml?r=Conseil+des+Ombres&n=Rastofire
    C’est ainsi que je présente habituellement mon personnage : nom, classe, race, la guilde. C’est à dire à la fois quelque chose d’individuel, qui m’est particulier – il ne peut y avoir qu’un Rastofire par serveur – d’autres choses qui me sont communes – il y a plus d’un tauren et plus d’un chaman – et quelque chose qui m’est partagé – je partage avec d’autre le lien a la guilde Ordalie – Ce n’est que lorsque je souhaite rencontrer quelqu’un je donne le serveur.

    En d’autres termes, il me semble que nous n’avons pas encore de “lieux” sur Internet. Nous avons des espaces ou nous pouvons nous rencontrer, parler, jouer, mais aucun serveur n’est encore célébre et ne fait l’objet de pèlerinages. Lorsque chaque année, les digiborigènes se loggeront en masse sur un serveur pour commemorer quelque chose – la naissance de la première IA, l’exploit d’une guilde, la lecture de WWW – a proposal – alors nous aurons des lieux sur Internet

    La facilité a adhérer et a quitter les groupes est très importante sur Internet. Nous n’avons pas les viscosités du monde géographique. Cela a des avantages parce que cela peut faciliter un travail psychique autour des liens et de la séparation. Cela a aussi des inconvénients.

    C’est vrai que s’inscrire a un site est facile. Mais y participer demande un investissement important. Il y a en quelque sorte deux types d’investissement : celui du lurkeur, qui participe passivement (et c’est déjà un travail !), et une autre participation qui demande de laisser des traces.

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