On disait le livre mort, tué par la télé. Puis, le réseau aurait finalement eu raison de lui. Mais le livre est encore là. Mieux, il mélange ses pages aux matières numériques. «Le sens des choses», de Jacques Attali et Stéphanie Bonvicini comporte sur ses pages de curieux objets. Ils sont entre le labyrinthe, Pac-ManW et une planche du RorschachW. Ce sont des flashcodes développés par l’opérateur Orange. Il suffit de scanner le flashcode avec un téléphone portable, et l’on accède a des contenus et des services : cela peut être une page web, un forum ou de la musique.

Les matières numérique ont fait subir au livre ce qu’elles ont fait subir a toute la réalité : elle l’augmentent. Le livre n’est plus tout entier enfermé entre sa première et sa quatrième de couverture. Il déborde, et saute vers d’autres médias. Ce n’est pas vraiment une nouveauté : le livre a toujours eu en lui une part d’hypertextualité : il fait référence à des livres qui ne sont pas lui, et ses appareils critiques sont des liens internes.

D’un coté, nous avons le livre, avec l’auteur, le lecteur, le texte et l’organisation du codex en chapitre, paragraphes, pages. De l’autre, l’écran, le texte qui se fait hyper, et comme figures la dispersion, la fragmentation, la mosaïque, la superposition de contenus hétérogènes ou hétéroclites.

La lecture en est chamboulée non pas seulement parce que les motifs de distraction – on ne s’ arrête pas assez souvent sur cette idée curieuse : la lecture doit être sérieuse – sont nombreux. Il faut aussi prendre en compte que la lecture se mêle à l’écriture : le texte est transvasé dans d’autres espaces sociaux, indexé, sauvegardé ou modifié. La lecture solitaire et silencieuse qui était la norme depuis Saint Augustin n’est plus de mise  : liens syntaxiques de cause, d’opposition, de but, de conséquence et autres, mais aussi liens logiques, pragmatiques et de cohérence narrative.

Pour comprendre ces changements, nous avons derrière nous l’histoire. Lorsque Gutemberg invente l’imprimerie et fait du livre un objet de masse, la quantité de savoir explose exponentiellement. Pour , Douglas S. Roberston, nous sommes dans une situation comparable à celle des contemporains de Gutemberg : nous serions sur le point de traverser une nouvelle renaissance.

Cependant, la différence entre le codex et la page numérique n’est pas si grande que cela. D’abord, parce que l’un procède de l’autre, il y a obligatoirement des zones de continuité. Ensuite, le livre comporte en lui des espaces de discontinuité. Le sage ordonnancement en paragraphes et chapitre est également des points de rupture. Les appareils critiques – l’index, les tables des matières et des illustrations – rendent également possible une lecture fragmentée. Enfin, dans sa matérialité même, il est possible d’entrer dans n’importe quel point du codex.

 

Ironiquement, alors que l’on tentait de donner aux écrans une forme de livre, avec des objets comme le Kindle, le papier préparait en silence son mariage avec les matières numériques.

Le livre est une killing app’  ou plus platement un “objet-interface” (F. Kaplan). De tous les objets, c’est sans doute celui nous met le plus facilement en contact avec l’information : le parcourir donne une idée de son contenu, on retrouve facilement la page que l’on cherche parce que ses manipulations nous ouvrent les accès de la symbolisation “en corps” tandis que les matières numériques mettent de type de symbolisation et de mémorisation en retrait.

Un des avenirs du livre est peut-être dans ce dispositif inventé par Frédéric Kaplan : une lampe projette une lumière interactive. Elle projette des images sur ce que l’on lit. Ce peut être des liens hypertexte, des images, des vidéos. Le dispositif  permet de garder en mémoire les traces des lectures passées, de transformer le livre en palimpsestes en superposant sur la page lue des informations sur les lectures précédentes de cette même page. 

Nous approchons nous du moment ou le rêve du vieux Vannevar Bush pourra être réalisé ?

Comme pour la musique, la plupart des documents imprimés sont déjà numérisés quelque part sur Internet, ou ils le seront demain. Le rêve des Ptolémée à Alexandrie est en train de se réaliser. La question n’est donc plus celle de l’accès, mais celle de nos cheminements. . Frédéric Kaplan

 

 

Martin Lessard, s’est fait l’écho du livre de Christian Vandendorpe Du papyrus à l’hypertexte dans son billet La lecture en éclats.

A noter : le livre Du papyrus à l’hypertexte est disponible intégralement en ligne. [.pdf, 8.72 Mo]

Le livre est une killing app’
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3 pesnées sur “Le livre est une killing app’

  • 24 octobre 2009 à 11:59
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    Juste quelques petites précisions… Le livre est nommé Hyperlivre® et c’est déposé par Laffont. Et le Flashcode est construit par les opérateurs téléphonique multimédia. C’est très fermé comme concept. Et laisser des killer app’ dans les mains des éditeurs et des opérateurs téléphonique je crois que ça ne présage de rien de bon pour celles ci.

  • 24 octobre 2009 à 13:54
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    L’avantage des killer app’, c’est que ça se hacke
    Mais je suis d’accord : la logique propriétaire dans les mondes numériques est une plaie dont nous devons nous défaire.

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