La place prise par l’Internet dans la vie des adolescents et la facilité avec laquelle il est possible d’accéder à un contenu pornographique  suscite des inquiétudes auxquelles les chercheurs tentent de répondre. Dans The impact of Internet pornography on adolescents. A review of research, OWENS et ses collègues font le point sur les recherches publiées. Leur revue de la littérature publiée dans The Journal of Treatment and Prevention en 2012 examine les liens entre la pornographie et le développement des adolescents.

La revue de la littérature examine les effets de la pornographie sur les attitudes, les croyances, le comportement, le développement social, le self et le cerveau des adolescents. La pornographie est définie comme des images qui décrit explicitement des comportements sexuels à des fins d’excitation sexuelle. Dans tous les domaines examiné,  OWENS et ses collègues trouvent  un effet de la pornographie sur les adolescents.  Plus les adolescents regardent des films pronograhiques, plus ils ont tendance à avoir une image positive de la pornographie, à voir les femmes comme des objets sexuels et à être permissifs vis à vis des relations sexuelles pré et extra conjugales. Leurs pratiques sexuelles sont également modifiées puisqu’ils ont tendance à avoir des relations sexuelles plus précoces, davantage de partenaires sexuels et les filles ont tendance à avoir davantage de grossesses précoces non désirées. Les hommes qui ont des facteurs de risque ont tendance à voir leur niveau d’agression sexuelle s’élever avec les films pornographiques.

Les effets sur l’image de soi et l’image du corps sont résumés de la manière suivante. Les adolescent qui regardent les films pornographiques ont tendance à internaliser les rôles stéréotypés des films qui montrent des hommes actifs et performants et des femmes réduites à un objet mince et désirable.

Les adolescents qui regardent des images pornographiques ont des interactions sociales moins bonnes que les autres. Certaines études trouvent que les interactions sociales sont plus marquées du coté de l’agressivité.

La partie sur le cerveau est surtout un ensemble de conjectures à partir de la différence bien connue du cerveau des adultes et du cerveau des adolescents. OWENS met en avant le retard de maturation des parties du cerveau responsable des fonctions exécutives ce qui fait de l’adolescent une personne plus plus sensibles et prône à l’excitation que l’adulte

La revue de OWENS dresse un portrait brutal et sans fard des relations entre la pornographie et les adolescents. Mais ses conclusions doivent être prises avec quelques précautions. Tout d’abord, OWEN n’est pas un expert dans le domaine. Il a davantage publié sur les psychotraumatismes que sur la pornographie. Sans doute est ce cette méconnaissance relative du sujet qui fait qu’il traite toutes les recherches comme si elles étaient égales. C’est loin d’être le cas.  FINKELHOR est par exemple un expert international sur la sexualité dont les publications sont souvent d’excellente qualité. La revue de la littérature d’OWENS et de ses collègues échoue à donner au lecteur une hierarchie critique des publications qui sont présentées.

Une autre critique qui peut être faite de cette revue de la ittérature repose sur le design des études qui sont recensée. En effet, les chercheurs ont surtout utilisés des études de corrélation et des études transversales. Les études de corrélation permettent d’évaluer le lien qui existe entre deux facteurs, par exemple entre la fréquence de visionnage de films pornographiques et les croyances vis à vis des partenaires sexuels. Les études transversales permettent de comparer des données au début et à la fin de l’étude. Dans les deux cas, les chercheurs peuvent trouver s’il existe une association entre les deux variables mais ils ne peuvent pas déterminer le lien de causalité. Il n’est donc pas possible d’affirmer que le fait de voir des films pornographiques a l’adolescence est la cause de grossesses précoces non-désirées, ni de l’augmentation de comportements agressifs ni d’attitudes stéréotypées vis à vis des partenaires sexuels. Il est possible qu’un adolescent utilise les images pornographique pour renforcer des stéréotypes qu’il a déjà intériorisé au cours de ses interactions avec ses parents, ses pairs.

La revue de la littérature ne permet pas de se faire une idée de la taille des effets des phénomènes observés. Lorsque les auteurs notent une relation entre la pornographie et un comportement, il n’est pas possible de savoir si cette relation est faible, modérée ou forte. De la même manière, si le lecteur admet que la pornographie a un effet causal sur un comportement il n’a aucune idée de l’intensité ou de la fréquence du comportement considéré. Lorsque OWENS note que la pornographie est associée des comportements sexuels agressifs, ces comportements sont ils fréquents ? Mettent ils en danger autrui ? Ces distinctions sont importantes pour évaluer correctement les effets de la pornographie sur les comportements.

La revue de la littérature de OWENS traite un seul aspect de la question. Le fait de mettre en avant uniquement les articles qui montrent une relation entre la pornographie et des comportements problématique est un biais important. Par exemple, McKEE a une position bien plus scientifique en montrant les aspects positifs et négatifs de la pornographie . Son étude montre que les personnes regardent des films pornographiques pour le plaisir, pour maintenir la vie seuxelle dans la relation de couple, pour être plus attentif aux besoins de leurs partenaires, pour déterminer leur identité sexuelle et pour parler de sexualité avec leur partenaires. Même si l’étude de McKEE concerne les adultes, elle laisse penser que les adolescents peuvent utiliser les films pornographiques à des fins similaires. L’adolescence est un moment où l’identité se forme en relation avec les challenges et les plaisirs de la sexualité. Il est possible de penser que les adolescents cherchent et trouvent dans la pornographie des réponses à leurs questions.

La feuille de route donnée par OWENS sur les futures recherches montre qu’il est conscient de toutes ces questions. En effet, ill préconise des recherches qualitatives pour mieux comprendre le sens que les adolescents donnent à leur utilisation des films pornographiques. Des études quantitatives avec un design permettant de mieux comprendre les causalité est aussi souhaitable. Une telle approche permettrait d’avoir une vision plus réaliste des attitudes des adolescents vis à vis de la pornographie et des effets de la pornographie sur leurs attitudes leurs comportements.

Cette compréhension peut être obtenue par un découpage plus fin des questions de recherche. Qui regarde quoi, comment, pourquoi, à quelle fréquence et avec quels effets ? Un/e adolescent qui regarde des films pornographiques plusieurs fois par jour a sans doute des motivations différentes de celui/celle qui a vu un film pornographique un mercredi après midi avec quelques ami/e/s. Le contexte est aussi important. C’est un moment particulièrement excitant pas seulement à cause des images sexuelles. Voir des images pornographiques c’est aussi tenter de s’approprier une partie de la vie des adultes.

L’article de OWENS met en avant les problèmes que la pornographie en ligne pose aux adolescents sans qu’il soit possible de déterminer si ces problèmes sont un effet de la pornographie ou si les adolescents qui ont des problèmes dans leur développement davantage tendance à aller vers des images pornographiques. Une revue de la littérature plus équilibrée est souhaitable.

SOURCE

Owens, E. W., Behun, R. J., Manning, J. C., & Reid, R. C. (2012). The impact of Internet pornography on adolescents: A review of the research. Sexual Addiction & Compulsivity, 19(1-2), 99-122.

[LECTURE] OWENS 2012 The impact of Internet pornography on adolescents. A review of the research.
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  • 28 février 2017 à 7:53
    Permalien

    Bonjour
    POur une fois je laisse un petit mot.
    Je suis assistante familiale et votre blog et une mine d’infos et de réflexion sur mes pratiques.

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