My Teddy Bear

Un sondage anglo-saxon commandée par  Travelodge montre l’arrivée d’un nouvel objet et d’une nouvelle technique. Plus de 70% de personnes interrogées consultent leurs réseaux sociaux avant d’aller au lit et 18% twittent en pleine nuit.

Bien évidement, les spécialistes questionnés accueillent ces chiffres d’un mauvais oeil.

Michael Hasting, expert du sommeil, fait remarquer que l’utilisation d’ordinateurs, de téléphones mobiles et autres gadgets a “un  énorme effet négatif sur le sommeil (…) Etre exposé à la lumière brillante de l’ordinateur et du téléphone mobile alors que l’on est au lit retardent ls possibilités pour le cerveau et le corps de s’endormir”. Un retard dans l’endormissement se paye par un sommeil profond moins long et donc par une nuit moins réparatrice. Et il conclu “Ce qui est dommage avec les réseaux sociaux, c’est qu’il font exactement ce pour quoi ils ont été inventés : retenir l’attention des utilisateurs et les rendre dépendants”.

Corinne Sweet est psychologue et elle commente le sondage en ces termes “nous sommes devenus une nation d’internet-holiques”. Cette dépendance viendrait du fait que Facebook satisfaisait parfaitement les besoins primaires que sont le besoin d’affection et de bien être, et ce 24/7. Elle trouve cependant que les réseaux sociaux n’ont pas leur place dans le lit car en tweetant, écrivant, pokant produisent une excitation préjudiciable au sommeil. Elle recommande donc un livre qui aurait des vertus apaisantes.et de réserver les réseaux sociaux pour le réveil.

 

Il faut se souvenir que s’endormir n’est pas une opération simple. Nous avons tous des techniques personnelles pour y parvenir. Certains ne peuvent s’endormir qu’en se mettant sur le côté. D’autres doivent prendre un breuvage particulier. D’autres ont besoin d’avoir un livre à la main. Ces techniques dérivent des techniques que nous avions lorsque nous étions enfants : le suçotement d’un doigt, le serrage d’une peluche.

Ces techniques et ces objets sont des manières de pallier à l’angoisse de séparation. Lorsqu’il s’agit du tout petit, on comprend que la séparation qui est en jeu est la séparation d’avec la mère. Mais la mère est ici un porte-manteau pour dire que s’endormir, c’est quitter la sécurité d’un état que l’on connait – la veille – pour aller vers un état que l’on ne connait pas – le sommeil. Cette difficulté concerne donc aussi bien les tout petits que les adultes : il faut désinvestir les pensées qui nous ont accompagnée toute la journée, et une des chose qui peut aider passe parfois par des rituels de vérification. Beaucoup se vivent alors comme une bonne mère qui jette un coup d’œil à la chambrée des enfants turbulants avant de se coucher. Le calme qui se répand sur les réseaux sociaux au fur et à mesure que la nuit s’avance les rassure et les calme à leur tour. Certains résistent au sommeil pour être le dernier à s’endormir : c’est à dire lorsqu’ils sont sûrs que rien de fâcheux ne s’est produit. Le réseau social peut aussi être utilisé comme un consolateur ou un briseur de soucis. Les lolcats et autres motivational posters jouent ce rôle.

Il ne s’agit pas vraiment d’un objet transitionnel mais plutôt d’un de ses avatars. Un objet transitionnel a des qualités sensorielles que n’ont pas les objets numériques : il doit être doux, et pouvoir être porté à la bouche. L’ordinateur (ou le téléphone portable) sont ici utilisés comme des objets contra-défensifs qui permettent d’éviter de vivre des affects douloureux plutôt que les penser et les symboliser.

 

Crédit photo : My Teddy Bear par Quite Adept

Le réseau social, nouveau doudou
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6 pesnées sur “Le réseau social, nouveau doudou

  • 19 décembre 2010 à 10:49
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    Bonjour Yann,

    On pourrait faire la même remarque pour le livre lu au lit. Je crois qu’ici la faculté de tenir l’objet dans sa main, qui se retrouve dans le e-book, iPad ou tél portable est essentielle.

    Dès lors, l’objet se rapproche bien d’un «transitionnel».

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  • 3 avril 2012 à 23:07
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    Bonne remarque, JM ! Effectivement, la tablette et le téléphone tiennent dans la main. Mais je pense qu’ils sont davantage des objets contraphobique – contre la peur de l’effondrement, par exemple – que transitionnel. Il leur manque ce coté doux qu’ont tous les objets transtionnels. Par contre, ils peuvent tout à fait aider à accéder à un fonctionnement transitionnels. Ils nous assistent dans nos rêveries (Tisseron, 2012)

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