La question des écrans et des enfants est à la fois importante, difficile, et nécessaire. Elle est importante car les écrans se sont multipliés ces dernières années. Ils ont ajouté à leurs fonctions de travail des fonctions de divertissement qui concernent non seulement les grands et les petits, mais aussi les petits de plus en jeunes. Elle est difficile car nous disposons d’assez peu de recherches sur les effets des écrans sur les plus jeunes. Par ailleurs, les débats sur leurs effets sont souvent pris dans des positions idéologiques présentent les écrans sous un angle exagérément positif ou négatif. Enfin, elle est nécessaire, car le compagnonnage  avec les ne fait que commencer et nous avons besoin de mieux comprendre leurs effets sur les enfants, les adultes, et les sociétés qu’ils composent.

On peut comprendre le développement des enfants comme une alternance entre deux grandes types d’expériences. La première concerne les interactions avec le monde. L’enfant expérimente pour comprendre le monde qui l’entoure. Pour ce faire, il touche, manipule, les objets qui sont dans son environnement immédiat. Ces interactions sont aussi des objets de réflexion pour l’enfant : il expérimente pour penser aussi bien qu’il pense ce qu’il a expérimenté. La seconde expérience est composée par la narration. L’enfant (se) raconte ce qu’il a vécu pour comprendre ses expérience ou pour se préparer à ce qu’il va vivre. L’interaction et la narration sont deux expériences qui npermettent l’intériorisation des expériences du monde. Elles sont cruciales dans le développement de l’enfant.

De ce point de vue, l’enfant va du plus concret vers le plus subtil. Tantôt il expérience le monde dans sa matérialité, tantôt il l’expérimente d’une manière symbolique. Il s’agit là de deux pôles de la même expérience qui sont tous les deux nécessaires. En effet, expérimenter le monde sans se donner le temps de s’en donner une représentation n’est pas plus satisfaisant que de rester dans des discours qui ne sont jamais mis à l’épreuve de la réalité concrète.

 

Comment les écrans interfèrent dans ce processus ? Leurs effets ne sont pas le même selon qu’il s’agisse de tout jeune enfant, d’adolescent ou d’adulte. En effet, pour le jeune enfant, les capacités à penser le monde et son son expérience subjective sont en train de se mettre en place. Ces capacités se font au travers de boucles d’intégration de mondes de plus en plus complexes. L’enfant commence à jouer avec son corps, puis avec des objets et enfin ces objets médiatisent ses relations avec d’autres personnes.  Entre zero et trois ans, le développement de l’enfant consiste à découvrir son propre corps, puis les capacités du corps à interagir avec des objets concrets. l’enfant explore le monde avec sa bouche, ses pieds, ses mains. Il lèche, mordille, attrape, lance, laisse tomber les objets… son corps tout entier est sollicité dans la perception du monde.

 Il est nécessaire que ces expériences soient faites et intégrées avant  le jeu avec les écrans. En effet, ces expériences participent à la bonne maturation du cerveau. Ensuite, jouer avec un écran, c’est jouer avec des représentations. Il ne sert à rien de manipuler un personnage qui lance un rocher si l’on a pas expérimenté dans son corps le saisir et le lancer, le lourd et le léger, le plaisir de l’éloignement de soi et des retrouvailles des objets.

La bonne intégration de ces expériences est garante du plaisir à jouer avec les images.

Serge Tisseron a proposé un embargo sur les écrans entre zéro et trois ans. C’est un idéal qu’il est bon de suivre. Il ne s’agit pas de faire vivre les enfants de cet âge dans un monde à la Potemkine où les écrans auraient disparus mais de  leur préférer les jeux avec les objets et la relation inter-humaine. Les interactions avec les écrans sont symboliques, aussi faut- il  les réserver aux des enfants qui ont déjà construit des capacités de représentation verbales et imagées de leur expérience subjective.

Entre zéro et trois ans, le meilleur écran de jeu pour un enfant, ce sont ses parents.

Le jeune enfant et les écrans

4 pesnées sur “Le jeune enfant et les écrans

  • Ping : Le jeune enfant et les écrans - Psy et G...

  • 3 février 2014 à 18:31
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    “Il ne sert à rien de manipuler un personnage qui lance un rocher si l’on a pas expérimenté dans son corps le saisir et le lancer, le lourd et le léger, le plaisir de l’éloignement de soi et des retrouvailles des objets.”
    Je ne suis pas d’accord avec cette perception qui ne tient pas compte en définitive des fantasmes et du rêve, puisque l’enfant se construit aussi dans un imaginaire tel que celui des ogres (sans jamais en avoir croisé un) et des baguettes magiques (sans jamais en avoir tenu une). Voilà-voilà !
    Au plaisir.
    Or

  • 8 février 2014 à 18:59
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    Les enfants ont croisé des orgres ! Ils ont été enlevé dans les bras puissants de leurs parents , ils sont portés et manipulés par les éducateurs. Il n’y a pas d’imaginaire qui soit “hors-le-corps”

  • Ping : "Trotro m’a tuer": pourquoi il ne faut pas (trop) laisser traîner les petits sur YouTube | Vos nouvelles

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