Dans un texte mi-humoristique, mi-sérieux, Umberto Eco affirmait le Mac était catholique et Window était protestant. Le Mac est “amical, conciliant, convivial”, il “explique la démarche à suivre” et se rapproche du “ratio studoriumW” des Jésuites. Le PC serait protestant parce qu’il nécessite “une libre interprétation des écritures”, c’est la machine des “décisions tourmentées” et de l’ “herméneutique subtile”. Le système d’exploitation des PC n’est rien d’autre qu’un “schisme anglican”. Il exhibe une riche interface graphique mais garde par devers lui l’austère MS-DOS

Le “ratio studoriumW” établi à la toute fin du 16ième siècle est un guide systématisant les apprentissages que les jésuites donnaient dans leurs collèges. Après la leçon, venait pour l’élève le temps de la répétions (repetitio) au sens d’une reprise et d’une réappropriation de ce qui venait d’être transmis. Des disputationes permettaient aux étudiants de discuter ce qui est présenté. Ces disputes peuvent prendre la forme de concertationes au cours desquelles des parties se posent des questions l’une à l’autre. L’espace de l’enseignement est un espace de débat. L’acte de l’élève  est central : il doit s’exercer à la manipulation des connaissances.

Il est assez facile de voir que cette position est au cœur l’Internet qu’il s’agisse des communautés premières comme celles des linuxiens de celles qui fleurissent à l’ombre des dispositifs du Web 2.0. Dans un cas comme dans l’autre, en effet, la profusion des Foire aux Questions, des Conseils d’Utilisation, des Request for Comment et aux Tutoriaux sont autant des guides écrits pour faciliter la formation des utilisateurs. Ceux ci sont encouragés à “s’exercer eux même” tout comme le professe l’ancien ratio studorium et dans les usages du web comme dans les collèges jésuites la figure du maitre n’est plus centrale.  Dans un comme dans l’autre, le coté mica, convivial et conciliant est mis en avant. Dans un cas comme dans l’autre, l’oralité est privilégiée et les flames wars équivalents modernes des disputaniones d’antan. Enfin, dans un cas comme dans l’autre, ce qui fait autorité, c’est la maitrise que l’on acquiert peu à peu par l’usage des outils. Le “faire par soi-même”, et “l’exercice de soi” chers au jésuites se retrouve dans les usages du réseau par lequel on encourage chacun à s’exercer en fonction de son niveau de connaissance.

Mais on retrouve également la position “protestante” : les guides sont là, disponibles et ouverts, mais ils peuvent aussi nécessiter une interprétation. Une maxime linuxienne l’illustre parfaitement : “si nous ne comprenez pas ce message, alors c’est que le problème auquel vous vous attaquez dépasse trop largement vos compétences. “ Le “lurk more” de anonymous peut également s’entendre dans ce sens. Les machines renvoient parfois des messages abscons dont nous devons deviner le sens. Il y aussi tous ces messages d’alertes qui nous promettent mille morts si nous ne faisons pas la bonne mise à jour ou si nous osons ouvrir ce fichier. Patrick Flichy avait remarqué cette éthique protestante à l’œuvre dans les communauté d’apprentissage dans l’Imaginaire d’Internet

La religion de nos machines
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