Lilian Mahoukou  et Emmanuel Gadenne ont publié 15 façons de dire non aux twitters snob. Pour les auteurs, dans l’idéal serait la réciprocité et celui qui ne répond pas à cette exigence serait un twitter snob.

Comment définir le twitter snob ? C’est simple, il a énormément de followers et très peu de followings. A l’image du spammer, il pratique donc la communication unidirectionnelle à direction des foules.

 

En somme, le twitter snob est celui qui ne suit pas les règles de la conversation du Web 2.0 : partage, réciprocité, convivialité. Comme cela a été noté dans les commentaires par Enkerli, il y a sans aucun doute d’autres usages possibles dans twitter. Cela dépend de ce que l’on veut faire de twitter.

 

La netiquette ou la politesse des foules

La politesse est d’abord une façon d’entrer en contact avec l’autre en minimisant les risques fantasmatiques liés à toute rencontre. Les rôles sont connus de chacun et au prix d’une petite perte d’authenticité, la rencontre devient moins angoissante. La politesse structure le lien social en assignant de façon forte les rôles de chacun. Elle est "domestication des guerriers" (Ellias) : au Japon, la Bushido naît de la pacification du pays sous le shogunat Tokugawa. En Europe, les chevaliers ont aussi été amnenés peu a peu à brûler leur énergie dans une noblesse de cour plutôt que sur des champs de bataille.

Toute rencontre et toute séparation sont crisogènes. Elle peuvent mettre en danger notre identité, en mettant en jeu des angoisses et des angoisses de séparation, de séduction ou d’agression. C’est pour cela que ces moments sont particulièrement encadrés par les règles de politesse. De la même façon, la façon dont un homme et une femme se rencontrent est tout aussi surveillée par le corps social

Si toutes les cultures ont inventé leurs formes de politesse, toutes reposent sur quatre axes fondamentaux : la sociabilité, l’équilibre, le respect d’autrui et le respect de soi (Dominique Picard). A chacun de ces axes correspond un grand prinipe : constitutif pour la sociabilité, régulateur pour l’équilibre, relationnel pour le respect d’autrui et déterminant pour le respect de soi.

La sociablitité est "leprincipe constitutif du savoir-vivre". Elle est ce au nom de quoi nous acceptions de mettre des règles et des valeurs communes au dessus de nos désirs individuels. L’équilibre est ce qui nous permet d’ancrer les relations sociales dans un système d’échanges et de réciprocités. C’est à ce niveau que se règlent les tendances contradictoires entre les besoins d’égalité, de hiérarchie, de territorialité et de contact des uns et des autres. Le respect d’autrui : tact, déférence, réserve, discrétion. Enfin, le respect de soi . On voit que les axes sont opposables deux a deux : la sociabilité avec l’exigence de mettre en second plan sa propre personne s’oppose a l’équilibre tandis que le respect d’autrui est opposable au respect de soi.

La proposition de Lilian Mahoukou  et Emmanuel Gadenne met l’accent sur le principe d’équilibre qui est mis en position d’idéal : chacun devrait suivre ceux qui le suivent, et chacun devrait participer aux discussions. Dans l'analyse des groupes sociauxW, une telle disposition correspond à ce que l’on appelle une cliqueW, c’est à dire un sous-groupe à l’intérieur du groupe où chaque membre du sous-groupe est en lien avec tous les autres membres du sous-groupe. Il est assez évident que twitterville comporte de telles cliques, et que ce sont des noyaux dans lesquels la circulation de l’information est considérablement accélérée.

Tous les objets techniques ont été des occasions d’invention ou de rénégociation des règles de politesse : dans les transports en commun, en voiture, dans l’ascenseur, nous avons du inventer des façons d’être ensemble. Cette rénégociation a pris le nom de netiquetteW dans l’Internet. La netiquette n’est pas le seul document régulant les relations que nous avons avec les autres. Les Requests For Comment et le Jargon File ont également ce rôle. La première RFC a été postée par Stephen Crocker en Avril 1969 sous la forme d’une "Demande de Commentaire" principalement parce que son statut d’étudiant ne lui aurait pas permis de faire passer ses idées. Le Jargon File (1981) a été une réponse à l’augmentation du nombre d’internautes et a la nécessité de leur faire prendre connaissance de la langue du lieu.

Politesse des foulesTwitter est un excellent laboratoire d’étude sociale. Comme les autres espaces de l’Internet, c’est un espace social, et nous avons a y construire les règles de tact et de bon usage qui nous permettent de vivre les uns avec les autres. Du fait de sa croissance démographique, et de l’espèce d’urgence qui y règne, ces règles ont du être construire rapidement. Elles reprennent les codes anciens : par exemple, il est malvenu de "flooder" ses followers, c’est à dire à dire d’envoyer une trop grande quantité de messages. C’est le principe de respect d’autrui qui oblige au tact et au respect des limites d’autrui. Le RT (retweet) est a la fois une preuve de tact : on reprend la parole de l’autre et la citation est signalée par les lettre RT, mais aussi un signe d’empathie : on est accole son nom au sien, on met ses idées dans ses mots. C’est enfin un pouvoir, car c’est donner de la redondance a une information et donc la faire sortir du bouillonnement des multitudes.

Des outils permettent de négociations autour du principe d”équilbre : de la vient la fureur du classement qui s’est emparé de Twitter. Ils rendent possible l’identification rapide de la position de chacun sur le réseau, et donc les rapports de force, de soumission et de domination. Enfin la distinction a laquelle beaucoup de nous aspirent si l’on en croit le succès des outils de ranking correspond au respect de soi.

Il y a aussi une sorte de règle implicite à Twitter qui doit retenir l’attention : le tutoiement y est généralisé. C’est un des signes de la forte inclinaison du web pour le lissage des distinctions. D’une certaine façon, cela se comprend : il est plus facile de d’aggréger de grandes quantités en se basant sur les plus petits dénominateurs communs, c’est-à-dire en invitant chacun a se défaire de ce qui le distingue des autres. Ce mouvement est aussi celui de tous les systèmes totalitaires : tous, de la révolution française à la révolution chinoise, s’attaquent à la langue et tentent de la modifier. Aussi, certains mots sont bannis (la seconde personne du pluriel), mais aussi des gestes, des usages (fêter la nouvelle année est contre-révolutionnaire), ou encore le port de certaines couleurs. Tous les systèmes totalitaires savent que modifier la langue c’est modifier les choses. Cette pente douce vers la foule n’est elle pas aussi une inclinaison vers Little Brother ?

  

La politesse des foules
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