Merci à Martin Lessard pour la belle discussion: pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux qui est l’origine de la publication de ce billet

 

Michel Foucault La communication sur Internet nécessite un appareillage complexe : un ordinateur, un Fournisseur d’Accès Internet (FAI), des logiciels et des personnes désireuses d’échanger quelques mots. Ce n’est certes pas la première fois que pour parler à un autre un équipement est nécessaire. La lettre, le télégraphe, le téléphone, la C.B. ont permis de s’adresser à un autre en son absence. Les portables, aujourd’hui, font de la capacité à être absent une compétence rare et précieuse. Les progrès de la communication, présentée comme toujours plus fiable, plus conforme au réel, ont accompagné toute la seconde moitié du vingtième siècle. Internet a repris différents aspects des solutions trouvées à l’absence de l’autre, et en a inventé de nouvelles.

A la lettre et au télégraphe, Internet reprend le texte, au téléphone les réseaux et la voix, à la C.B. la communication à plusieurs. On peut définir l’Internet comme un ensemble de réseaux de toutes tailles (mail, FTP, 3W, Usenet), interconnectées par un protocole de communication permettant l’échange et le partage d’informations et de fichiers. [1] L’utilisation de l’ordinateur et plus précisément l’interconnexion de milliers de machines a créé quelque chose de particulier que l’on désigne du nom de cyberspace. Le cyberespace est le versant psychologique de l’Internet.

Ce cyberspace a vite été perçu comme un nouvel espace. A conquérir pour les uns, à maîtriser pour les autres, il a pendant quelques temps été présenté comme un nouveau far-west, avec l’imaginaire correspondant. C’est un espace qui a ceci de particulier qu’il invite à revenir sur l’espace tel qu’on le vit et perçoit habituellement : il le subvertit. Avec Internet, la saisie de l’espace dans lequel nous vivons devient rapidement problématique dès que l’on tente de le qualifier car on sent bien que les notions de quotidien, de banal, de réel ne peuvent plus être suffisantes à discriminer notre espace et celui de ‘l’Internet car des gens vont réellement, quotidiennement et banalement sur Internet.

Dans une conférence donnée au Cercle d’études architecturales en mars 1967, M. Foucault a abordé avec une acuité remarquable la question de l’espace : « L’époque actuelle serait peut-être plutôt l’époque de l’espace. Nous sommes à l’époque du simultané, nous sommes à l’époque de la juxtaposition, à l’époque du proche et du lointain, du côte à côte, du dispersé. Nous sommes à un moment où le monde s’éprouve, je crois, moins comme une grande vie qui se développerait à travers le temps que comme un réseau qui relie des points et qui entrecroise son écheveau »

Foucault attire l’attention sur ceci : On ne vit pas dans un espace vierge. On vit, on naît, on meurt dans un espace froissé, raturé, troué, aplani, avec des régions friables molles, pénétrables, et d’autres dures, étanches, inconnaissables. On vit, on naît, on meurt dans un espace de dégradé de couleurs (l’obscur, le clair, le clair-obscur), de textures (des espaces polis, glacés, lisses, rugueux,), de qualité (des espaces friables mous pénétrables ou inabordables, cassants, impénétrables.

Cet espace a une histoire. Ainsi, en Occident, la conception de l’espace a basculé avec Galilée dont la notion d’infini fait que « le lieu d’une chose n’était plus qu’un point dans son mouvement, tout comme le repos d’une chose n’était que son mouvement indéfiniment ralenti » L’occident passe ainsi de la localisation du Moyen Age à l’étendue. Aujourd’hui, l’espace de nos sociétés serait celui de l’emplacement, c’est-à-dire à un espace de «  relations de voisinage entre points ou éléments »

Ces espaces, qui s’individualisent peu à peu avec la construction de la notion d’intimité, tapissent et colorent l’espace réel de qualités, rêveries, valeurs etc. Ces espaces peuvent être internes, comme dans l’espace imaginaire ou dans les oppositions espace privé –public, espace de la famille et espace social, espace de travail et espace de loisir, articulations dont Foucault note qu’elles tendent à devenir de moins en moins nettes. Ils peuvent être externes, et parmi eux, certains sont particuliers: ce sont les utopies et les hétérotopies. On les reconnaît du fait qu’ils ont « la curieuse propriété d’être en rapport avec tous les autres emplacements, mais sur un mode tel qu’ils suspendent, neutralisent ou inversent l’ensemble des rapports qui se trouvent, par eux, désignés, reflétés ou réfléchis »

L’utopie est un espace irréel, c’est une image inversée ou parfaite de la société réelle. L’hétérotopie est un espace réel, un « contre-emplacement » ou « sorte d’utopie réalisée » ; c’est un lieu ou les rapports sociaux semblent se précipiter dans l’espace réel. L’expérience du miroir réaliserait ainsi une utopie, puisque le miroir est « un lieu sans lieu. Dans le miroir, je me vois là où je ne suis pas, dans un espace irréel qui s’ouvre virtuellement derrière la surface, je suis là-bas, là ou je ne suis pas » Mais c’est aussi une hétérotopie, dans la mesure ou « c’est à partir du miroir que je me découvre absent à la place ou je suis puisque je me vois là-bas. A partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l’autre coté de la glace, je reviens vers moi et je recommence à porter mes yeux vers moi-même et à me reconstituer là où je suis »

Ces hétérotopies sont organisées selon six principes.

Premier principe. Les hétérotopies sont une constante des sociétés humaines. Foucault distingue là les hétérotopies de crise et les hétérotopies de déviation. Les hétérotopie de crise sont des espaces réservés aux membres de la société qui se trouvent en crise par rapport aux règles de la société dans laquelle ils vivent (femmes en couche, adolescents, vieillards par exemple). Le service militaire et le voyage de noce en sont deux exemples où la sexualité, et particulièrement la sexualité de la première fois, est renvoyée à un ailleurs. Les hétérotopies de déviation concernent sont les lieux ont sont compartimentés les individus déviants d’une société (les fous, les vieillards). On voit que des chevauchements sont possibles puisque la même hétérotopie (l’hospice pour les vieux) peut être une hétérotopie de crise et de déviation.

Second principe. Les hétérotopies peuvent avoir un fonctionnement variable en fonction du temps. Ainsi en est il du cimetière dont l’emplacement dans la cité– de central puis périphérique, sacré puis profane – suit représentations que l’on se fait du corps mort. Peu important tant que l’on croyait à la résurrection, le tombeau devient de plus en plus investi et de plus en plus individualisé au fur et à mesure que l’athéisme progresse. Il devient la marque d’une angoisse existentielle car il est finalement « la seule trace de notre existence parmi le monde et parmi les mots. »

Troisième principe. Les hétérotopies peuvent juxtaposer plusieurs espaces incompatibles. Ainsi en est du cinéma qui ancêtre plusieurs espaces : la boîte de la salle ou fond duquel est projeté sur le plat de l’écran une image en deux dimension qui est perçue comme un espace a trois dimensions ; ou encore de ces jardins orientaux, microcosme d’un monde macroscopique.

Quatrième principe. Les hétérotopies sont liées au temps, soit qu’elles l’accumulent, comme dans les musées et bibliothèques soit qu’elles le dilapident dans le futile, le passager ou l’arbitraire. Qu’elles soient chroniques ou éternitaires, la distinction n’est pas absolue et Foucault note que le futile du village de vacances de Djerba peut rejoindre la solennité du Musée car dans l’un comme dans l’autre, « c’est toute l’histoire de l’humanité qui remonte à sa source comme dans une sorte de grand savoir immédiat. »

Cinquième principe. Les hétérotopies sont isolées et pénétrables, c’est à dire que l’on y accède en fonction de certaines règles, voire de certains rituels. Elles peuvent être facilement accessible, mais l’espace qu’elles dessinent en exclut d’autres, comme dans ces chambres d’hôte des maisons d’Amérique du Sud ouvertes à tout visiteur mais fermées au cœur de la maison ; elles sont ouvertes, mais sur l’extérieur de sorte que son occupant de passage se trouve comme enfermé dehors

Sixième principe. Les hétérotopies ont une fonction par rapport à l’espace restant. Elles ont pour rôle de « créer un espace d’illusion qui dénonce encore plus illusoire encore tout l’espace réel, tous les emplacements à l’intérieur desquels la vie humaine est cloisonnée » Ou, réalisant une utopie, elles compensent notre mode en créant « un autre espace, un autre espace réel, aussi parfais, aussi méticuleux, aussi bien arrangé que le notre est désordonné, mal agencé et brouillon »

 

Internet est un espace. C’est, si l’on prête attention aux mots, un espace plat, sans profondeur : on va sur tel site, les fichiers se trouvent sur tel serveur ftp. Il est double – et là nous rejoignons M. CIVIN qui en appelait à Janus pour rendre compte des aspects contradictoires du réseau avec une face positive et une face négative. Cette dualité, nous la voyons à l’œuvre non pas dans les qualités que l’on peut lui trouver, qui somme toute sont fonction des normes et valeurs d’une société à une époque, mais dans son épaisseur même Il est réel : les machines interconnectées, les fichiers qui s’y échangent existent – et il est aussi ce que nos perceptions et nos représentations produisent : ce que l’on appelle cyberspace.

Internet est un espace autre. On le sent dès l’instant où l’on tente de le qualifier. Le mot « virtuel » qui vient rapidement, n’est pas satisfaisant si l’on a en tête les relations qui se nouent sur le réseau, qui vont de l’amour à la haine, avec toute la gamme d’émotions possibles. Pour qui a vécu l’attente anxieuse d’un mail, la jubilation de voir son équipe gagner une partie lors d’un jeu, l’excitation à la lecture de certaines pages, éprouvé un plaisir esthétique à la vision d’un beau mouvement tactique, la sensation de retrouver un groupe sur certains forums de discussion, celui-là, assurément, trouvera le mot « virtuel » insatisfaisant.

Internet impose de réfléchir sur que ce nous appelions jusque là sans trop y penser « la réalité ». En cela, il est une hétérotopie car il désigne, reflète, réfléchit – pour rester dans les mots de Foucault – les rapports que nous avons avec les choses, avec le temps, avec les gens. La notion d’hétérotopie est là précieuse pour qui veut comprendre le fonctionnement d’Internet. Elle permet de saisir le miroir qu’Internet nous tend, de prendre en compte et de dépasser ses aspects antinomiques : Internet carrefour de création ou appendice des perversions ? Espace de liberté ou d’oppression ? De rencontre de l’autre ou trajectoire des narcissismes ?

Internet réalise tout à la fois l’utopie d’une communauté égalitaire et soucieuse d’échanger ses connaissances, et ses limites : pour y participer, il faut posséder un ordinateur, avoir accès à Internet, et savoir lire, ce qui exclut pas mal de monde. Les espaces s’y juxtaposent et les limites entre ce qui relève de la sphère privée et ce qui relève du travail ou du travail et du plaisir tendent à s’effacer. Ainsi, dans les start-up, on dormait au travail, et on travaillait à la maison, puisque ce n’était pas du travail mais que l’on participait à une aventure exaltante. Les divers procès opposant employeurs et employés pour savoir si les premiers pouvaient lire les mails des second ou encore si l’on pouvait recevoir des mails privés au bureau montrent également que les limites privé – public ont été floutées. . Les blogs, journaux intimes qui s’extimisent sur le réseau en sont un autre exemple.

Il n’y a guère qu’au principe relevant de la diachronie qu’Internet ne répond pas, et ce sans doute du fait que le réseau est si jeune que l’on manque de recul. Mais pour ce qui est du reste, on trouve sans peine des illustrations qu’elles soient locales ou générales. L’hétérotopie de crise, dont Foucault semblait déplorer qu’elle était dans nos sociétés en déclin trouve avec Internet une seconde jeunesse. Car où, si ce n’est dans ce nulle part, dans ce non lieu, les adolescents d’aujourd’hui rencontrent il la chose sexuelle ? Ils le font sous son aspect le plus brutal et parfois même le plus pervers ce qui n’est pas alors sans provoquer quelques traumatismes. Ils peuvent le faire aussi sous un aspect plus tempéré, dans les chats ou avec les messageries instantanées avec lesquels ils se découvrent des audaces qu’ils ne se connaissaient pas lorsque le corps de l’autre s’éclipse. Il est un autre aspect du réseau, que l’on groupe généralement assez rapidement sous le terme de communautarisme mais qui nous semble relever de l’hétérotopie de déviance. On serait même tenté de faire d’Internet l’hétérotopie de déviance par excellence. Les perversions sexuelles n’y trouvent elle pas un lieu ou se réfugier et où s’afficher ? Ca en est à un tel point que non seulement le réseau s’est inventé sa propre délinquance  avec les hackers, les trolls, les virus, les spammers, mais qu’il contribue à modifier la notion de délinquance elle même… Ainsi, sur les serveurs de jeu FPS anglophones, lorsqu’un joueur a éliminé tous les joueurs de l’équipe adverse, il peut être fier de dire : « i rape them all [2] »

[Sans aller jusqu’aux aspects les plus pervers ou délictuels du réseau qui font régulièrement la une des journaux, on peut remarquer que là aussi, les minorités tendent à se regrouper. Mieux encore, il n’est pas, sur Internet, un intérêt, une idée, un désir, un idéal, qui ne se cherche un correspondant, un alter-égo]

La juxtaposition des espaces est la texture même d’Internet : sur une même page, on peut trouver des liens vers des serveurs ftp, des chats, ou d’autres pages hypertexte. A cet espace se superpose celui du cyberspace, qui est l’espace psychique correspondant à Internet, la représentation que l’on se construit du réseau. Internet mélange les espaces, les subverti,même, à tel point que nos constructions habituelles vacillent. Ainsi, le bureau est le point de départ de tout internaute. C’est de là qu’il lance des applications qui sont autant de fenêtres sur d’autres mondes : un traitement de texte, un jeu, un logiciel de dessin ne provoquent pas les même rêveries. D’autres mondes : le monde interne de l’internaute, mais tout aussi bien celui d’autres internautes qu’il croisera. D’autres mondes : c’est aussi ce que l’on appelle réalité qui devient un autre monde. Car si la fenêtre lumineuse de mon écran est mon bureau, si de là je manipule des fichiers bien réels, comment appeler l’objet sur lequel repose mon ordinateur ?

Qui s’est initié à Internet par le haut débit et sa connexion permanente ignore tout du petit rituel qui précédait la connexion : le démarrage de la machine, le double clic pour ouvrir la connexion Internet, la nerveuse mélodie du modem qui compose le numéro du Fournisseur d’Accès à Internet, le crachouillis , les deux bips finaux, le silence et enfin l’icône signalant la connexion. Mais même pour qui est connecté, il est encore un système de droits qui limitent son accès à certaines ressources, quand ce n’est pas simplement l’ignorance qui lui font méconnaître des aspects du réseau. Ainsi, on peut être à la fois dedans, et dehors et l’on peut faire varier les combinaisons et les mettre en abîme en y intégrant l’espace réel.

L’Internet se prêtre particulièrement à être une sorte de dépôt du temps. Les pages qui y sont déposées, les objets qui s’y trouvent, ne vieillissent pas. Ils existent ou pas et ne connaissent pas d’autre état. Exister, c’est avoir une adresse sur le réseau, être joignable (cf. la fameuse erreur 404). A coté de cet Internet qui se présente comme atemporel et encyclopédique, dépôt du savoir humain, on trouve des lieux de l’éphémère. Ce sont les chats, ou une discussion n’est gardée en mémoire que pendant quelques minutes. La course du temps, son caractère absolu, le chatteur en fait l’épreuve lorsque, Sisyphe numérique, il tente de remonter le fil de la discussion tandis que les autres chatteurs déversent sans discontinuer leurs flots de mots. Bientôt, il renonce et apprend à répondre dans l’instant, ou à ne pas répondre. Il est une autre hétérotopie qui a la particularité supplémentaire de s’exporter dans ces espaces que l’on appellera, faute d’un meilleur terme pour l’instant, l’espace ordinaire. Il s’agit des flash mob c’est-à-dire d’un attroupement soudain et éphémère d’un grand nombre de personnes qui font quelque chose d’absurde ou de grotesque dans un espace public. La première a eu lieu en Juin 2003, à New York où 150 personnes se rassemblent devant un tapis persan et expliquent au vendeur qu’ils cherchent un « tapis de l’amour » pour leur loft. Le phénomène s’est ensuite étendu à d’autres villes américaines puis européennes. A Rome, en juillet de la même année, plusieurs centaines de personnes demandent dans un magasin un livre inexistant, en Août, deux cent londoniens s’extasient devant la marchandise d’un magasin de canapés, à Paris, dans le hall du Louvre, une centaine de personne s’écroulent sur le marbre. Le scénario est toujours le même : apparition soudaine, action étrange et disparition. Elle emprunte beaucoup à l’imaginaire des jeux vidéos. Sur Internet, ou lors d’une partie solo, lorsque le personnage dirigé par le joueur meurt, il réapparaît à des spawn points, littéralement lieux de ponte. Voir un ou plusieurs personnages apparaître à un de ces points a toujours quelque chose de grotesque. Les flash mob réalisent cet imaginaire : la réalité semble précipiter d’un seul coup un groupe et le réabsorber ensuite tout aussi magiquement. Le grotesque, ici perçu, là réalisé, vient de la filière anale qui apparaissent dans les thèmes d’apparition – disparition, de ponte ou encore dans les connotations du mot « mob » : populace, mafia.

Curieux effet de retour de l’Internet ou l’on se découvre comme déchet, merde, pondu par une réalité sociale qui est de plus en plus dure, apparaissant au gré d’on ne sait quel désir, pour se livrer à un pantomime de relations sociales où le sens se cherche désespérément, avant d’être englouti, réabsorbé – on pense à redéployé, recyclé […] tous les mots de la « gestion humaine » qui ne servent qu’a masquer la casse que précisément toute gestion de l’humain ne manque pas de provoquer. Voila ce qu’Internet et ses utopies réalisées compensent tout en ayant une fonction d’illusion dénonçant l’espace ordinaire.

 

[1] La définition du Federal Networking Council est la suivante : Internet correspond au système d’information global qui  est logiquement  interconnecté par un espace d’adresses uniques basées sur le protocole IP (Internet Protocol) ou ses extensions ultérieures  supporte les communications utilisant le protocole TCP/IP ou ses extensions ou suites ultérieures et /ou autres protocoles compatibles IP fournit, utilise, ou rend accessible, de façon privée ou publique, des services de haut niveau basés sur la communication et faisant appel a l’infrastructure décrite ci dessus

[2]Je les ai tous violés.

Internet, une heterotopie
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6 pesnées sur “Internet, une heterotopie

  • 13 janvier 2009 à 18:08
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    J’imagine que c’est une déformation professionnelle que de me remercier d’être un élément déclencheur ;-) C’est la blogosphère qui vient de s’enrichir d’un autre profond billet.

    Je ne maîtrise pas assez Foucault pour répondre adéquatement et je dois dire que je me bats encore avec Sloterdijk ( http://www.petersloterdijk.net )pour saisir toutes les ramifications de sa théories des sphères/bulles — théorie qui m’inspire beaucoup et qui pourrait être la synthèse de la métaphore des villes, hinterland, utopie, hétérotopie et autres frontières.

    je retiens entre mille choses, que les “mobs” sont des phénomènes révélateur qu’Internet “existe” dans “l’espace ordinaire”–et n’est pas une chimère hors-la-vie –.

    Ou un miroir de l’humanité. Ce qui s’y reflète n’est pas autre chose…

  • 13 janvier 2009 à 21:46
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    Si tu te bats avec Sloterdjick, quelque soit l’issue du combat, Foucault est largement a ta portée :-) ! c’est vrai que sa théorie des sphère parle a tout internaute.

    Non ce n’est pas par déformation professionnelle que je te remercie. Un des aspects intéressants de la blogsophère est cette émulation à penser. Il y a bien sur un envers : parfois, les billets des autres sont trop nombreux, et l’on a l’impression d’être submergé. Sans parler des atteintes narcissiques ! Mais il y a aussi les bons aspects : la conversation qui commence (?) sur twitter, cascade de twitt en twitt, rebondi sur un blog, en appelle un autre. Ce sont ces mouvements qui m’intéressent et me séduisent. Le passage d’un dispositif d’écriture a un autre est a suivre soigneusement à mon avis. C’est comme quand on passe de notepad a un traitement de texte pour écrire un texte, ou lorsque qu’un enfant en thérapie passe du dessin à la parole pour finir la séance en jouant. Chaque contenant/dispositif d’écriture prédispose des éléments et force nos pensées. On peut faire de ce forçage un élément créatif : voir l’OLiPo par ex. On peut aussi s’y perdre. Mais c’est le jeu !

  • 13 janvier 2009 à 23:36
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    Les mouvements de messages sont parfois difficiles à suivre et je crois que cela donne une grande place à la sérendipité comme nouvel élément de transmission du savoir (?). Olivier Erztscheid en avait beaucoup parlé il y un certain temps.

    C’est une forme de prise sur le chaos. On dirait que, comme au milieu d’une forêt, partout où se repose notre regard, on rencontre infailliblement un arbre: sur le web, la sérendipité nous amène régulièrement des oasis de savoir hallucinant! On peut effectivement s’y perdre. Il faut relire Borges…

  • 13 janvier 2009 à 23:50
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    “Forme de prise sur le chaos” C’est tout à fait ça ! La formule me parle beaucoup !

    Olivier Erztscheid a de très belles idées. J’espère qu’il pourra me donner a temps son texte pour Mondes Numériques !

    Mondes Numériques, le projet : http://groups.google.fr/group/mondes-numeriques?pli=1

  • 3 mars 2009 à 12:11
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    Je suis très heureux d’entendre la blogosphère française bruisser des mêmes rumeurs qui agitent au même moment le monde anglo-saxon des sciences sociales. Haro sur l’idée de “natifs du numérique” ! D’ailleurs, nos étudiants ne se servent-ils pas (beaucuoup) moins bien d’Internet que nous-mêmes ?!

    Trois remarques suivent, mais je n’en dirai pas plus sur le fond, car ni touriste ni natif, je préfère sur Internet les espaces “à mots de passe”, dont les espaces publics attenants sont à la fois plus clairsemés et plus denses – ni “contenu éditorial”, ni “spontanés”.

    – Sur l’hétérotopie, je voudrais signaler un article “accadémique” de Samuel Bordreuil – auteur dont on trouvera aussi ici et là, au gré de notre “ami” google, d’autres excellents textes sur la toile:
    http://reseaux.e-revues.com/article.jsp?articleId=8911

    – Dans un sens très proche de celui d'”hétérotopie”, je défends moi-même l’usage d’un vieux terme que je trouve très productif, celui de cosmopolitisme:
    http://manuel.boutet.free.fr/Publis.html

    – Et pour prolonger l’allusion à la “merde” à la fin du billet, il me semblerait à propos d’explorer les “machines désirantes” décrite par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans “L’anti-oedipe”. Mais, en écrivant cela, je réalise qu’il s’agit peut-être d’une référence délicate à manier pour les psychologues ?

    Manuel.

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