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Nos attitudes envers les ordinateurs se partagent en deux positions distinctes. La première est sous tendue par une recherche de contact, et la seconde est sous tendue par le désir d’interaction.

 

 

Parler la langue-mère.

La première position vise à établir avec la machine un contact immédiat, direct et  profond. Pour cela, il faut se débarrasser de tous les faux langages et parler la langue de la machine. Aux riches interfaces graphiques, on préférera la beauté austère de la ligne de commandeW  et l’on tentera d’utiliser un langage qui se rapproche le plus possible du langage machine. L’idéal serait d’atteindre le cœur du processeur et de coder directement en langage machineW. L’imaginaire qui sous tend cette position est celui du dévoilement et du dépouillement: il faut aller au-delà des apparences du monde sensible. Il faut se débarrasser des contingences et de cette contingence première qu’est le corps. Il faut se réduire jusqu’à n’être plus qu’un symbole comme les symboles que l’on manipule sur l’écran. Le code serait  alors la langue première qu’il faut atteindre pour être au plus près de la vérité des choses.

 

Médiations.

D’autres ont un rapport à la machine moins im-médiat. Ils ne cherchent aucunement à pénétrer les secrets de la machine mais au contraire à les contourner.  Cette position est moins sous tendue par des désirs de pénétration que d’interaction. Le plaisir est celui de voir un effet de ses actions malgré le saut dans l’inconnu que constitue la machine.

Ces médiations sont réalisées dans une opération aussi banales et quotidiennes qu’envoyer un mail. Dans cette opération en effet, on assiste à la disparition du mail et à sa réapparition dans la boite “courriels envoyés” La recherche est ici celle de la bonne distance. Le clavier et les différents périphériques sont les outils de cette recherche. Ici, l’utilisateur a besoin d’interface riches pour traduire ses actions à la machine. Le plaisir éprouvé est celui d’une maitrise des outils et du constat de leur efficacité

 

 Résumons : Agir avec et agir sur

Tantôt ce qui prime, c’est l’’être avec [G. Lombard, 2006), c’est d’être entouré, c’est d’être immergé. Tantôt, c’est plutôt l’agir sur, de maitriser, d’interagir qui est préférentiellement investi.

Ce qui est ainsi activé, c’est la figuration de schèmes tels que les entend Serge Tisseron, c’est à dire “des opérations psychiques étroitement tributaires des activités sensori-motrices primitives” Ces schèmes sont de deux types : les schèmes d’enveloppe et les schèmes de transformation. Les premiers correspondent à l’inclusion d’une forme à l’intérieur d’une autre et les seconds aux opérations d’union et de désunion. 

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Ces deux attitudes envers les machines correspondent à deux fantasmatiques distinctes. La première est celle de la fusion avec la mère dont une des figures est le fantasme de peau commune décrit par Didier Anzieu. L’enveloppement numérique permet de rejouer les premiers enveloppement maternels. Les fantasmes de retour dans le sein maternel et de fusion narcissique trouvent des voies d’expression à la fois grâce la négation des différences et des limites que le numérique peut offrir

La seconde est celle de la maitrise de l’interaction, c’est à dire in fine la maitrise des enjeux de la séparation. Ce qui est en jeu ici c’est moins l’indistinction que l’interaction entre le Soi et l’environnement. Les interactions avec l’environnement numérique mettront en effet préférentiellement des fonctions du Moi-Peau. Il s’agira par exemple de l’utiliser comme contenant en lui confiant des contenus important comme des photos. Ou encore, l’utilisation des filtres d’un réseau social servira à des opérations de discrimination et d’isolation des objets internes.

Deux attitudes envers les ordinateurs
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