Je serais le 22 Avril 2010 à Tours pour parler les matières numériques à du personnel de l’éducation nationale. Il s’agit principalement de CPE et de professeurs. La commande est de parler “des jeux vidéo et des réseaux sociaux”. Le thème est large, et l’un ou l’autre nécessiterait le double des deux heures qui me sont imparties.

J’ai donc décidé de suivre la déja vieille règle de Guy Kawasaki du 10/20/30. Une présentation en 10 slides  pendant 20 minutes avec des fontes de 30. Cela laisse tout le reste du temps pour discuter, c’est à dire approfondir, confronter, opposer, accorder…

Mon objectif est de faire sentir a quel point il est nécessaire d’utiliser les matières numériques dans le formation des élèves.Les enfants ne naissent pas avec un savoir-faire et un savoir-être numériques. Ils doivent l’apprendre, et il serait éminemment souhaitable qu’ils l’apprennent à l’école.

En France, nous sommes encore dans une situation de transition. L’école sent bien que cette chose qui a tout changé va la changer elle même et comme toute institution, elle redoute le changement. Elle a donc mis en place des logiques propriétaires qui coûtent une fortune au contribuable si l’on pense qu’il existe déjà des outils open-source ou des services gratuits qui font la même chose en mieux ! Mais ce n’est pas qu’une question d’argent, sinon les choses seraient simples : c’est une question d’idéologie et de pouvoir. Toute l’organisation de la classe est basée sur le professeur qui est en position centrale. Toute l’organisation de l’Internet est basé sur la réticularité. Comment mélanger les deux ?

 

Voici les points que je traiterai. Dites-moi ce que vous en pensez.

 

<Origine> Internet n’est pas né de la volonté des miliaires américains de se doter d’un réseau de communication résistant à une attaque nucléaire. Internet est un effet de la senredipidté. Il ne pouvait pas ne pas exister puisque dans les années 1960 les américains disposaient de la technique et de la théorie. Mais il est aussi un effet du hasard du mélange des communautés de scientifiques, hackers et des courants de la contre-culture. Internet devait exister mais nul ne pouvait prévoir la forme qu’il prendrait. Ce mouvement est encore actuel : personne n’a prévu l’avénement des blogues, ni celui des réseaux sociaux .

 

<BIG> un million de vidéos sont vues par jour sur Youtube; Wikipédia compte plus de 13 millions d’articles; 3 millions de messages par jour sur Twitter; mille million de commentaires sur Facebook…. Pour un réseau qui est né en 1969 avec ARPANET c’est une croissance plus que soutenue.

 

<Caractéristiques> L’ubiquitié, la multitude, la textualité et la temporalité sont les caractéristiques de l’Internet. Le cyberespace fonctionne d’une manière particulière : tous les objets sont reliables les uns aux autres, ce qui fait que nous pouvons tous être voisins. Etre “loin” n’a plus de sens. Ce qui importe, c’est d’être lié. Et nous sommes liés a beaucoup d’autres objets, qu’il s’agisse d’objets numériques où encore d’autres hommes. Avec le web 2.0, le pluriel est devenu multitudes. L’internet est un espace d’écriture. Toute opération ayant lieu sur le réseau donne lieu à une écriture. Toute action se double de l’écriture d’un code. Internet est le royaume de la textualité. Le temps y fonctionne de façon particulière : il s’accélère avec les dispositifs dits instantannés comme les bavardoirs, Twitter, ou les dispositifs commerciaux : le délai entre le désir et sa satisfaction, entre la question et la réponse se réduit. Mais il peut aussi se dilater avec tous les dispositifs de conservation qui font de l’Internet des lieux de mémoire individuels et collectifs.

 

<Les réseaux sociaux> Le site de réseau social est une des formes prédominante de l’Internet. Les sites de réseaux sociaux émergent avec sixdegree.com en 1997 et commencent à avoir l’importance qu’on leur connait avec Facebook (2006) Un site de réseau social est un dispositif permettant à chacun de se présenter (profil), de présenter ses “amis” et de circuler dans le réseau des amis. Ils ont grandement contribué recomposer les territoires du privé et du public.

 

<Ce que Internet change> . La dématérialisation des documents fait disparaitre la notion d’original, et donc aussi celle d’auteur. La question de la possession se pose tout autrement que ce qui est déterminant est l’accès au fichier. Avant le réseau, posséder signifiant “mettre la main sur”. Mais quelle mains étendons nous le le réseau. ? Cela pose la question des représentation (de soi et des autres) mise en jeu sur l’Internet. L’internet change la façon dont le savoir est stocké, distribué et produit. les bibliothèques et les laboratoires étaient les institutions qui jouaient ce rôle. Il faut maintenant ajouter le réseau Internet qui non seulement un espace de dépôt mais un espace ou la production de savoirs a pris de nouvelles formes.

Territoire, monnaie, écriture… tout les changements qui annonçaient les révolutions du bassin fertile vers – 3300 ans avant J.-C.  sont à nouveau réunis sur l’Internet. Faire le pari que nous sommes dans une révolution majeure n’est pas trop risqué.

 

<Les exigences de travail psychique> Etre sur le réseau suscite un travail psychique autour de la représentation de soi et des autres.  La représentation de soi implique la construction de signes auxquels on va s’identifier : ce sont les adresses email, les pseudo, les images de profils qui sont toujours liés à des éléments préconscients ou inconscients. C’est ensuite la production d’un discours qui a fonction de légendarisation. Le travail porte aussi sur les autres, la place qu’on leur donne ou celles qu’ils occupent, parfois de force. Les mouvements d’investissement/désinvestissement, et d’idéalisation/désidéalisation jouent beaucoup à ce niveau.

 

<L’internet comme terrain vague> L’internet est comme un terrain vague. Les tentatives de l’organiser en un espace cohérant, réglé, stratégiques sont nombreuses et même aussi anciennes que son existence. Mais cela a toujours été aussi une place du désordre, de la disruption, de la contestation. Le vague donne un peu d’espace pour pouvoir produire autre chose. On s’y réinvente au travers des jeux d’identité que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les jeux vidéo. On s’y retrouve. On s’y perd. C’est un espace qui fonctionne comme un moratoire et dans lequel les règles de la société de l’espace physique ne sont plus tout à fait le même

 

<Matières à penser> L’internet est une des formes que peut prendre le numérique, nouvelle matière à penser de l’humanité après le tissu et le papier. De la même manière que nous pouvons avoir un rapport intime au tissu et au papier, nous avons un rapport intime au numérique. Peut être même est il plus important dans ce cas : sur Internet, nous sommes faits de bits, alors que nous ne sommes jamais faits de papier ou de tissu. Les matières numériques sont des matières à penser car elles ouvrent sur des médiations

Le programme vous semble-t-il en thème ? Y a-il- une partie à développer ? Faudrait-il supprimer un ou plusieurs points ? Quelles sont choses que des enseignants ont besoin de savoir dans le cadre de leur travail ?

Demain a Tours

Une pensée sur “Demain a Tours

  • 18 avril 2010 à 16:21
    Permalien

    Ouf! Ça fait beaucoup, pour du 10/20/30! Surtout qu’ils seront peut-être pas très réceptifs.
    Le point sur la serendipité me semble important à faire, en général, mais si tu te retrouves avec des gens qui croient que le ‘Net a environ quinze ans, tu vas avoir du boulot pour leur expliquer tout ça.
    Dématérialisation et travail psychique, ça risque de correspondre à ce qu’ils attendent de toi, alors ils vont «avoir la tête à ça». Si jamais t’as quelques personnes qui comprennent déjà bien le ‘Net, ils vont pas s’embêter. Et ça fait un peu penser aux travaux sur le cellulaire alors les gens peuvent avoir l’impression d’avoir une base de compréhension. Même si elle est fausse, ça veut quand même dire qu’ils partent avec toi plutôt que de se concentrer sur le meuporg, la violence, le fait qu’Internet rend les élèves dissipés…
    Pour le reste, t’auras peut-être l’occasion d’approfondir certaines questions avec des gens que tu rencontres là-bas (même si c’est pas trop français comme façon de procéder: le ‘Net entre parfois dans un changemeent de dynamique sociale).
    Une bonne façon de rendre possible le dialogue, c’est de planter une idée un peu complexe qui «explosera» plus tard et leur donner accès à une ressource en-ligne facilement mémorisable. «Leroux nous avait parlé d’un truc fascinant au sujet des réseaux sociaux sur Internet et le lien était sur social.fr…» Mais, s’ils doivent se souvenir de l’adresse, faut pas que ça soit le plat de résistance dans ton truc. Ça, ils vont croire l’avoir bien compris. Mais si t’attises la curiosité de ceux qui ont déjà un intérêt pour la question, tu peux même aider ces gens à se construire un réseau personnel d’apprentissage.

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