http://www.lakegarda.biz/images/spagetti.jpgLe terme copypasta désigne le fait de (copy) et coller (paste) encore et encore. Un bout de texte ou une image est ainsi copié et collé n’importe ou et n’importe quand. Le copy pasta est un des procédés massivement utilisé sur /b/. Ce n’est cependant pas une invention de 4chan. On peut voir dans les  miaou des meowers un précurseur du copypasta. En 1996, des usenautes ont utilisé le mot meow dans tous leurs messages. La Meow flame est inventée et la meow war qui s’en suivra mettra à genoux Usenet pendant une année.  

Le Urban dictionnary donne une autre signification au copypasta : il s’agit d’un portion de code que quelqu’un colle pour s’éviter le labeur de l’écriture d’un meilleur code. Le programme fonctionne mais le code ressemble à des spaghettis : un ensemble d’instructions dont il est impossible de suivre le fil

Il s’agit donc d’une expression péjorative. Ceux qui utilisent le copypasta sont sensés être incapables de former une pensée structurée, cohérant, organisée et lisible par les autres. Leur pensée est semblable à celle de pâtes que l’on aurait trop fait cuire : un amalgame collant, peu appétissant et finalement indigeste.

C’est une interprétation que l’on a naturellement tendance à suivre. Nous avons en effet tendance à penser que l’original est supérieur à la copie. Cette façon de penser tient pour une grande part à notre formation scolaire qui a fait de la copie une faute grave. Il s’agit en fait d’une conception qui est très liée à notre sphère culturelle. D’autres cultures et d’autres époques ont eu un rapport à la copie et à l’original très différent.

 

Au IIIe siècle av. J.-C. la dynastie Quin unifie la Chine. Elle détruit la quasi-totalité des œuvres écrites du pays. La dynastie Han qui lui succède tente de rétablir la tradition écrite et fait graver les textes sur des blocs de pierre afin de leur offrir une meilleur protection. En effet, les chinois écrivaient sur des lattes de bambou reliées par des cordelettes ce qui les rendaient facile à détruire. Parfois, les cordelettes se défaisaient, et le texte avec. Avec le nouveau système d’inscription, le texte ne craignait plus ni le feu, ni le désordre. Mais ce dispositif d’écriture eut une conséquence qui allait plus loin que la simple protection et conservation des textes. Comme les textes n’étaient pas facilement transportables, les lettrés prirent l’habitude de se rendre auprès d’eux et d’en faire des copies en décalquant les inscriptions gravées sur la pierre.

Ainsi copié, le texte ne subit pas d’altération. La copie détruite, il est toujours possible de revenir au texte gravé. Chaque génération a disposé de la même copie, ce qui en a facilité l’étude. Mais d’un autre coté, la pérennité des textes leur donnait une autorité qui rendait difficile l’innovation.et la contestations. Les textes étaient gravés aussi bien dans la pierre que dans les écrits.

Il ne faut pas voir dans le copypasta l’œuvre de quelques écervelés. Le processus figure plutôt la vieille alternative entre la création et la destruction. L’innovation est en soi porteuse de chaos parce qu’elle remet en cause l’ordre établi. Mais la répétition à l’identique est aussi un moyen sûr de faire obstacle à toute nouveauté. Laisser l’une et l’autre aller au bout de leurs logiques c’est aller vers le désordre ou la sclérose, c’est à dire tourner le dos à la créativité.

Le copypasta réintroduit de la permanence dans un monde changeant . Il est rappel à l’autorité, à l’ordre, à la chose même. Que ce rappel se fasse dans le chaos ne doit pas troubler. Du point du vue du copypasta, le chaos c’est bien plutôt ces discussions qui n’en finissent pas, qui vont dans tous les sens, et qui sautent d’un sujet à l’autre. A ces mutations, le copypasta rappelle l’autorité du même.

 

L’internet entre pierre et papier

L’Europe a exploré d’autres dispositifs de conservation de l’écriture que les Han. Le savoir a été collecté et collecté dans des scriptorium où travaillaient des moines copistes. Malgré l’attention portée a la copie, des coquilles se glissaient inévitablement dans le processus de production. Le texte glissait s’éloignait peut à peu de texte d’origine.  Le mouvement de la connaissance  a suivi et s’est peu à peu donné de l’importance sur le sujet producteur de connaissance. Nous sommes les héritiers de cette tradition : nous avons tous appris a l’école qu’il est mal de copier sur son voisin et qu’il faut compter sur soi-même.

Cette logique est mise en défaut dans les mondes numériques puisque la copie y est un des processus clés. Contrairement à ce qui se passe dans le monde analogique, la copie y est en tout point comparable à l’original; elle ne pose donc plus les problèmes de dégradation et est en cela similaire aux empreintes que les Han ont laissé. Mais les mondes numériques savent aussi avoir la délicatesse du papier : les traces peuvent s’effacer, elles n’ont pas la rigidité de la chose gravée une fois pour toute.

 

Le copy pasta comme compulsion de répétition

On peut voir dans le copypasta l’œuvre de la compulsion de répétition c’est-à-dire la tendance des appareils psychiques individuels et collectifs à répéter. Dans la conception freudienne classique, la répétition vient en place de la remémoration, c’est-à-dire  que c’est une élaboration beaucoup moins riche puisque le matériel psychique est présenté à nouveau sans aucune modification. De ce point de vue, le copypasta est un procédé disruptif. Il vient rompre des équilibres et des articulations, il empêche, il sature.

 

Le copy pasta comme position subjective.

Le copypasta peut aussi signaler une certaine position subjective. Ce n’est pas la personne qui parle, mais quelque chose qui la parle. La parole individuelle, avec ce que cela signifie comme rapport à l’autre comme différent,  n’est plus investie. L’individu se fait porte-parole d’un discours qui le traverse.

Le copypasta comme discours commun.

Dans un endroit comme /b/, l’auteur a disparu puisque tout le monde a la même identité : anonymous. Le copypasta fait faire un pas de plus : ce sont les discours qui s’homogénéisent. Le copypasta est une colle sociale : c’est un processus qui permet de partager les même les même pensées.

 

Le copypasta comme tyrannie de l’idéal.

Le fait de pouvoir faire une copie en tout point conforme au modèle ouvre sur la position idéologiques. René Kaës décrit par ce terme une position dans laquelle la certitude absolue règne. La position idéologique ne tolère aucune transformation, elle est “impérative, soupçonneuse, elle n’admet aucune différence, aucune altérité et prononce des interdits de pensée (…) Elle est sous-tendue par des angoisses d’anéantissement imminent et par des fantasmes grandioses de type paranoïaque. Elle est aussi une mesure défensive contre les moments chaotiques’

Le copypasta comme multiplication du semblable

Freud (1900) a mis en évidence comment dans le rêve la matière psychique est remaniée par des mécanismes inconscients; il s’agit principalement de : la condensation, le déplacement, la diffraction et la multiplication du semblable. Ce dernier mécanisme inconscient permet d’exprimer des rapports temporels en rapports spatiaux. Le copypasta est un analogon dans le cyberespace de la multiplication du semblble dans l’espace du rêve

copypasta
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4 pesnées sur “copypasta

  • 19 février 2010 à 14:05
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    quelle partie de “lurk more” tu ne comprends pas?

  • 20 février 2010 à 15:16
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    Pour ma part je préfère les pastas tout court ! :)

  • 23 février 2010 à 22:14
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    A vrai dire, je ne comprends pas ta question, sage. Le lurk more de anon n’est pas vraiment une invention. Déjà sur Usenet, les anciens disaient RTFM.

  • 15 août 2010 à 10:58
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    Je ne connaissais pas le terme copypasta. Cet article est bien développé et je n’aurai pas imaginé que l’on pouvait tirer autant de conclusions sur un tel anglicisme.

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