Le 5 octobre 1957, Pascal peut se rassurer : les cieux ne sont plus silencieux. Ils sont habités par un « compagnon de route », une boule d’acier brillante et pressée qui fait le tour de la terre en 98 minutes. Elle diffuse grâce à ses 4 antennes une série de bips qui feront sa signature. Les soviétiques, qui profitent ainsi directement des travaux des scientifiques nazis qui avaient permis la construction des V2, annoncent fièrement leur souhait de mettre en place des vols interplanétaires.

Avec ses 58 centimètres de diamètre et ses 83,6 Kg de métal, Spoutnik ébranle les USA qui voient dans cette « nouvelle lune »1 une image de leur retard technologique. Les projets les plus ambitieux des américains prévoyaient de mettre en orbite un objet d’un poids 8 fois inférieur à celui de Spoutnik. Un mois plus tard, les soviétiques mettent en orbite la chienne Laika avec Spoutnik 2. Premier être vivant dans l’espace, Laïka sera aussi la première martyre de la conquête spatiale : elle mourra lorsque le satellite se désintégrera lors de sa rentrée sur terre. Spoutnik 2 est six fois plus lourd que son prédécesseur et sera visible de New-York, suscitant à la fois de l’admiration et de l’effroi. On spécule sur les intentions des soviétiques et certains vont jusqu’à imaginer que le Politburo souhaite envoyer une bombe H lors de la prochaine éclipse de lune. L’explosion, affirment alors quelques experts, serait alors visible de la terre et aurait l’apparence d’un feu d’artifice. En décembre 1957, les américains lancent enfin leur premier satellite artificiel, mais la fusée Vanguard qui le propulse explose au décollage. Il faudra attendre le 1er février 1958 pour voir le premier succès américain avec la fusée Explorer, mais le succès n’est que partiel : l’objet mis en orbite est encore plus petit que le premier satellite soviétique. Le 12 avril 1961, le vol orbital du cosmonaute soviétique Youri Gargarine est vécu par les américains comme un nouvel affront.

Pour combler leur retard, le président Eisenhower crée le 7 février 1958 dans le cadre du Departement of Defence, l’Advanced Research Projects Agency (ARPA)2 et lui donne comme mission d’imaginer et d’explorer de nouveaux objets techniques et de mettre en place des prototypes ou éprouver leur faisabilité. L’ARPA est sous la responsabilité du Secrétariat de la Défense et jouera un rôle clé dans la course à l’espace qui sera impulsée par John Fitzgerald Kennedy. La puissance économique de l’ARPA est phénoménale : les sommes allouées variaient entre 500.000 et plusieurs millions de dollars. Cela signifie que lorsqu’un laboratoire de recherche est financé par l’ARPA, son budget était multiplié par quarante ! Aujourd’hui encore, l’ARPA travaille sur des projets qui ont des accents de science-fiction : dans leurs laboratoires, des programmes de recherche sur l’hybridation de scarabées avec des caméras espion côtoient des programmes d’amélioration des fonctions cognitives ou de capacités physiques3

 

Ces quelques bips seront le cri de naissance du réseau Internet

  1. NewYork Times du 6 octobre 1957 []
  2. The Advanced Research Projects Agency, 1958-1974. (pas de date). . Retrouvé Avril 17, 2009, de http://tinyurl.com/d4amn5 []
  3. L’ARPA a été ensuite remplacée par la Defense Advanced Research Projects Agency en 1972 : http://www.darpa.mil []
Bips et bits
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